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FLUOMAN

   Antoine "Fluoman" Tricon est à Paris né en 1952. Il passe sa jeunesse à Marseille, suivant son père agent maritime, puis s'installe dans la ville de Chartres au début des 80's pour y rester jusqu'en 2000. Dans les 70's, à ses débuts artistiques, avec sa femme Catherine, il fait des sérigraphies politiques, que le couple colle sur les bus qui passent pour ensuite prendre ses jambes à son cou. Après des études d'arts plastiques à Toulouse et à Lyon, il devient professeur et découvre le reggae. Il guète la moindre sortie de 7'' jamaicains, la moindre photo de chanteur ou musicien qu'il reproduit sur la toile en utilisant de l'acrylique fluorescent, d'où son nom d'artiste. Cette technique permet à chacune de ses oeuvres, tout étant unique, d'être déclinée en infinies versions. Tel un riddim qui au gré d'interprétations et mixes connaît une multitude de variations, Fluoman offre différente vision d'un même tableau et ce en fonction de la nature et de l'inclinaison de son éclairage. En effet, chaque peinture réagit à la lumière ultra-violets (noir) faisant ainsi ressortir des contrastes invisibles à l'oeil nu. Converti au Rastafari dans les 80's, il placera le reggae (plus que Rasta) et l'Afrique au coeur de toute son oeuvre.

 

  Fluoman participa à l'effervescence du reggae en France dès les 70's. Il fut un des pionniers de la culture Rasta dans l'héxagone. Fréquentant l'underground reggae, il rencontre José Jourdain qui avec son frère ouvre en 1979 la première boutique spécialisée reggae à Paris, Blue Heaven, dans la galerie des Champs Elysée. Dans le même temps, José Jourdain lance son label Jah live et fait appel à Fluoman pour qu'il lui dessine non seulement le logo mais également plusieurs pochettes des productions vinyles du label tel pour Beware de Yabby You et Come Zion side happiness de King Sounds en 1981, les compilations Ital observer style et Rock on sorties en 1983. Il signe également les jackettes de Lion Rock de Culture sorti sur DiscAZ, de Harder then the best une compilation Island de Burning Spear (suite à sa rencontre avec Chris Blackwell dans les couloirs de Radio France) et sur ce même label la pochette du maxi Cocaine in my brain de Dillinger, ainsi que celle du premier maxi de Steel Pulse Burn them. Le label Jah Live organisa également des concerts à Paris avec des Jamaïcains qui, pour la plupart, venaient en France pour la première fois. Au cours de ces concerts, Culture au Bataclan, The Congos pour la sortie de Heart of the Congos, Ras Michael ou encore Lone Ranger, Fluoman exposait ses toiles en décors de scène, le back drop, qu'il éclairait pendant les prestations des artistes. Il nomma ce principe d'éclairage en live Sound System Fluo ou Fluo System, principe qui donnera naissance au court métrage Fluo System réalisé en 1981 montrant les possibilités de mixage de lumière sur ces toiles.

 

En 1979, Bob Marley, à Paris, reçoit un T-shirt avec le portrait de Son HIM Haile Sellasie des mains de Fluoman. Impressioné par le talent de du peintre, il l'invite en Jamaïque pour qu'il peigne un mur d'une nouvelle pièce qu'il fait construire à Tuff Gong au 56 Hope road, Kingston. Il s'envole pour la Jamaïque l'été suivant, et après avoir été accueilli par Aston ''Familyman'' Barrett (bassite de Marley) car Bob Marley absent, il reste un mois et demi dans la propriété du Gong, dormant et mangeant au pied de la fresque dont il eu le privilège d'être autorisé à réaliser. Composée d'un portait de Son HIM, de Marcus Garvey, de Marley et de visages africains cette oeuvre malheureusement n'existe plus aujourd'hui. Durant ce mois et demi, le regrèté Joseph Hill, lead vocal de Culture, son ami depuis sa venu en France, lui confie la réalisation d'un portait de Ras Tafari de sa maison. Au cours de ce séjour il rencontre Mortimer Planno (mentor de Bob Marley) qui, convaincu du désir de connaître Rasta  de Fluoman promet de lui ''envoyer'' en France un guide spirituel. Ce dernier se manifestera deux ans plus tard en la personne de Ras Michael.

 

Entre 1980 et 1990 il voyage régulièrement en Afrique. Une valise pleine de peinture, il sillonne les villages de l’Afrique de l’Ouest en donnant une dimension fluo à de nombreuses scènes de la vie quotidienne. En 1983, Fluoman participe au salon de la jeune peinture Convergence au Grand Palais à Paris en y accrochant une peinture de 10m sur 7m. Cette même année, il expose au Musée de Chartres avec l'artiste africain Babatundé O Banjok. Cette exposition Afrika, Afrika, Afrika fut marquée par un vernissage musical en présence d’un sound system parisien. Son amour de l’Afrique conduit le peintre à militer contre l’Apartheid en rejoignant le Comité des Artistes du Monde Contre l’Apartheid orchestré par l’UNESCO. L'idée consiste à monter une exposition itinérante qui sera donnée à l'Afrique du Sud le jour où cette dernière aura mis fin à l'Apartheid. A cette même époque, il tourne avec les Wailers (sans Bob Marley bien évidemment!) et participe à Paris à un hommage au Dub poet Michael Smith (assassiné le 17 août 1983 : battu et lapidé à mort devant le siège du JLP à l’âge de 28 ans, il avait interpellé la veille dans un meeting un membre du gouvernement Seaga). C'est également durant cette période qu'il se rapproche de Thomas Sankara. Figure emblématique de la lutte africaine, le président burkinabais Thomas Sankara appréciant tout particulièrement le travail de Fluoman, lui propose de venir s'installer dans son pays. Malheureusement, l'assassinat de Sankara quelques temps après, le 15 octobre 1987, met fin ainsi aux rêves africains de l'artiste.

Cette même année, il réalise l’affiche du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESCAPO).

 

Après une exposition que lui consacre à nouveau le Musée de Chartres en 1989, Fluoman se fait beaucoup moins présent dans les 90's de la scène artistique et reggae, continuant occasionnellement à travailler avec différents artistes tel Tonton David, Manu Dibango, Jo Corbeau, le Militant Band ou le groupe français de rythm and blues jamaicain Jim Murple Memorial. Pour autant, au travers de ses toiles il explore les possibilités de la peinture dorée donnant naissance à sa période sa période éthiopienne, ses oeuvres époustouflantes se rapprochant de l'art copte.

 

En 2001, il revient à Marseille où il réalisa des toiles illustrant sa vision fluo du littoral phocéen. Son amour du football et de l’Olympique de Marseille l’a poussé à collaborer avec le club de supporters Marseille Trop puissant. On peut toujours admirer deux peintures murales dans les travées du stade vélodrome ainsi que drapeaux et grandes voiles déployés lors des matchs.

 

Diagnostiquée quatre mois auparavant à un stade avancé, une tumeur au cerveau terrasse Fluoman le 23 novembre 2005 à l'âge de 53 ans, laissant derrière lui une femme, un fils d'une vingtaine d'année, Elijah saxophoniste dans le groupe Reggae Africabliz'e et plus de 500 toiles. Avide de peinture, refusant tout implication dans le business du milieu de l'art allant jusqu'à rejeter des propostions d'exposition à New York, Fluoman, militant, passioné et talentueux, a manqué la renommée internationale. A la mauvaise compagnie de celle qu'il appelait Babylone, il préféra la solitude de son atelier où lorqu'il travaillait rugissaient ses disques jamaïcains.

 

 Son style "limunieux" a survécu à sa disparition : K-Lee*, un artiste touche à tout  (il est aussi animatur du Podcast CONSCIOUSNESS) et collectionneur de musique yardie, pratique du même procédé. Proche de l'artiste à la fin de sa vie, K-Lee s'est laissé véritablement envahir par la technique de Fluo et l'applique avec un talent fou à la quasi totalité de son travail pictural. Comme pour son Maître, la musique jamaïcaine, l'Afrique, Rastafari sont pour lui autant de messages que des toiles hautes en couleur que les néons de lumière noire déclinent à l'infini. 

K-Lee est à notre connaissance l'unique artiste à se revendiquer de "l'Ecole Fluoman". Un superbe travail à retrouver et à soutenir sur la page de l'artiste :

K-Lee Consciousness

*

"Tout comme il faisait des versions en jouant sur la lumière, il faisait aussi des versions graphiques en déclinant une image par la reproduction à l'infini. Par exemple, le portrait de Sélassié I qui illustre la pochette de Jo Corbeau est repris sur la pochette de Bob Wasa par projection sur la toile, je crois qu'il utilisait également la photocopie afin de synthétiser un sujet..."  David 'Gadget' Delamare


Entre 1996 et 2001, K-lee et David 'GadJet' Delamare animèrent sur une radio locale émettant à Dreux près de Chartres, l'émission  DUBWISE qui diffusait 2h par semaine de Reggae, Rocksteady, Roots, Dub, Dancehall, Stepper ou encore New Roots .  FLUOMAN participa à plusieurs de ces sessions au cours desquelles il faisait profiter les auditeurs de ses raretés musicales. Il pris part égalment aux Special Jo Corbeau et Bob Wasa pour qui il illustra plusieurs albums.

 
 

Mo'Kalamity

Quelques jours avant la sortie de son dernier opus, Freedom of soul, RBR est allé à la rencontre de MO'KALAMITY.

 

Interview : Eoto Kouao Jah 

 

Sans montage @ Paris 08/10/2013.

 

Haile Maskel

Avec un père Rastaman très respecté à Trenchtown surnommé Lion, de surcroit percussionniste, et une mère fréquentant aciduement l'église Pocomonia (Poco-baptist) où elle chantait, la vie de  Micheal G.Ashley, qui nait le 14 juiiet 1952 à Kingston, ne pouvait rimer qu'avec musique et Rastafari. Avant tout bassiste mais également auteur, compositeur, chanteur et arrangeur, Ashley débute sa carrière sous le nom de Mikey Ras Starr puis Haile Maskel (nom de baptème qu'il reçu en 1972 par l'Ethiopian Othodox Church), Jah Mango ou encore Moonlight lover.


Après des débuts chez Coxsone et Duke Reid, il intègre le Soul Tone Sound System de Prince Chapa Chapa.  Il rejoint ensuite Light of Saba mené par Cedric Im. Brook. A la demande de l'Institute of Jamaica, il part avec le groupe représenter la musique jamaicaine à Cuba devant un public de Fidel ! '' La première prestation était à Santiago, nous y avons joué et, man, c'était complètement fou ! Je n'avais jamais vu autant de monde de toute ma vie, l'équivalent de trois stades de football, de football américain ! Tout l'équipement sonore était russe. Ce fut l'un des meilleurs moments de ma vie'' [in booklet' Fire & Rain, Makasound 2008]. 


Avec l'appui de son pére musicien de renom, il enregistre tout d'abord à Chanel One où il tient la basse pour King Tubby, Little Roy Linval, Thompson, Johnny Clarke, The Itals, Jimmy London, Augsutus Pablo ou bien Hugh Mundel. Il apparaît e sur des productions de Tommy Cowan  , Lee 'Scratch' Perry. Il sera de l'aventure des Aggrovators sans pour autant être toujours crédité! Ami de Peter Tosh, Tapper Zuki ou bien encore de Marley, il ne sort son premier titre  Got to say love qu'en 1975, que  le Gong lui même produit. Il enregistre en 1979 l'album Fire and Rain (produit par Bob Marley) qui ne sort que 30 ans plus tard sur Makasound, opus agrémenté de titres antérieurs comme son tout premier jet cité plus haut.
Après avoir jouer avec les plus grands noms (Bob Marley, Peter Tosh, Ras Mickeal, Judy Mowat, Sly and Robbie, Israel Vibration, Jacob Miller, Gideon Jah Rubbal, Winston McAnuff...) dans des studios aussi mythiques que Randy's, Black Ark,  Aquarius ou Harry J, Haile Maskel part s'installer à Santa Cruz en Californie à la fin des 70's. Il y fonde The Rastafarians qui sort en 1981, l'album migistral Orthodox enregistré et mixé au studio Fane's. En 2009, le label Makasound ressortait ces 10 morceaux fabuleux, roots à souhait et  emprunts  de mysticisme et religiosité. 


Depuis sa Californie d'adoption, Haile Maskel est resté actif jusqu'à aujourd'hui sortant quelques opus : Let's make it en 1985, Clap your hand  au début des 90's et son dernier Papa Africa en 2004. 

 

ROOTSBLOGREGGAE vous invite à rencontrer cet artiste si méconnu au travers l'INTEGRALITE de l'interview que mena le journaliste Ben Perrone en décembre 2009, dont une partie seulement a été publiée dans Reggae Vibes Magazine #10 Février/Mars 2010. 

Que Ben soit ici vivement remercié. 
Toute notre reconnaissance également pour son apport iconographique.

 

Haile Maskel, vous êtes un bassiste de talent, mais vous jouez également de la guitare, du clavier, des percussions… D’où vous vient cette passion pour la musique?
C’est simplement que j’aime la musique, ma mère et son église. Ma mère me faisait chanter chaque jour à l'église quand j'étais jeune.  Dans ma famille, tout le monde chante et joue de la guitare, du banjo, de la batterie, de la flûte… Même du côté de mon père. Tous les membres de ma famille jouent d’un instrument et chantent, mais aucun n’envisage ça comme une possibilité de carrière. Je suis le premier à le faire.

 

Vos parents semblent avoir eu une grande influence sur l’homme que vous êtes devenu. Notamment du point de vue de votre spiritualité. Votre père était un rasta reconnu, pouvez-vous nous en dire plus sur qui il était et ce qu’il vous a transmis?
Tellement de choses que je pourrais en écrire tout un livre. Tout, «Positive!», voilà ce que mon père me disait.  Il m’a enseigné comment me comporter avec les gens, quelle église choisir, notamment l’église Orthodoxe parce que c’est de là d’où nous venons. Il m’a appris que je ne devais rien avoir contre l’homme blanc car je le porte aussi dans mon sang - ma grand-mère étant Irlandaise - alors … Il faut aimer chaque individu sur Terre et respecter chaque personne rencontrée.  Il faut juste être une bonne personne et aider ceux qui souffrent. Ne jamais battre une femme (rires)… Oui, j’ai appris toutes sortes de valeurs de lui… Ne frappe pas une femme, et si tu la frappes, c’est qu’il est temps pour toi de partir. Si elle te rend fou et que tu sens que tu vas la frapper, alors tu dois partir! Toutes mes valeurs, je les ai apprises de mon père, la musique, la culture Rasta, les voyages, le sport, comment m’habiller… Cet homme m’a tout enseigné, tout! Pour moi, Il était l’univers. Il n’y a rien que mon père ne m’ait pas appris. Tous les jours de ma vie, il m’a raconté et expliqué chaque passage de la Bible. Il m’a aussi appris qui était Fidel Castro, Cuba et quel monstre étaient les Etats-Unis.  Et ce bien avant que je connaisse l’existence du livre «The Pale White Horse» et d’autres livres du même genre. Tout ce qui est écrit dans ces livres, mon père me le racontait alors que je n’étais encore qu’un enfant. Il le savait parce qu’il était là et qu’il a toujours parlé de cette élite qui trompe le peuple.

 

Quelle a été votre première expérience en studio d’enregistrement?
C’était la plus énorme, man!  Nous étions une cinquantaine de Rasta à chanter sur la chanson de Ras Michael «Run Come Rally Rally Round».   Bob Marley, The Wailers, The Gaylads, Jacob Miller, Inner Circle, Kiddus I…  Je suis certains qu’ils se souviennent de cette session… Une cinquantaine de Rasta, tous chantaient “Run Come Rally Rally Round”, tout ce monde au Randy’s Studio. On se demandait: «Mais comment diable est-ce qu’on va réussir à faire tenir toutes ces personnes dans le studio?!» et Ras Michael de répondre : “C’est comme ça que ça doit se faire, il nous faut toute la nation Niyabhingi, c’est un hymne!». Et tout le monde a pu se trouver une place… Cinquante Rastas… C’est à ce moment là que tout le monde a découvert “la voix”.  Quand j’ai commencé à chanter, l’ingénieur du son ne cessait de répéter qu’il y avait une voix trop forte. Il pensait que c’était celle de Jacob Miller alors il lui a demandé de s’éloigner de telle manière qu’il a alors pensé que c’était celle de Ras Michael et ce n’était pas lui. Quand il a compris que c’était moi, il m’a mis dans le fond mais ma voix était toujours trop puissante et il a dit “C’est toujours trop fort, mettez le plus au fond encore».  Bob, Jacob Miller et tous les autres se sont retournés vers moi et m’ont dit : “Man, quelle voix!”. Ce fut une expérience passionnante.

 

Vous avez collaboré avec les plus grands noms de la musique jamaïquaine. Quelle est la collaboration qui vous a le plus marquée?
Celle avec Israel Vibration. Quand j’ai enregistré “Same Song”. C’était un nouveau son, un nouveau style de ligne de basse, personne n’avait jamais entendu une ligne de basse sonner comme ça avant. Ils voulaient savoir comment j’avais trouvé une telle ligne de basse. C’est comme un tambour africain.  C’est à ce moment là que Sting est venu pour me trouver, je pense, grâce a cette chanson. Car il a dit qu’il voulait voir le «Congo Bass Player»; le bassiste qui joue comme un percussionniste. Mais je l’ai raté car j’étais parti me recueillir dans les collines au même moment. A mon retour, Tommy est venu me voir et m’a dit “Tu sais qui te recherche? La Police!» et j’ai dit «La Police, mais qu’est-ce que j’ai fait?» et il m’a répondu «Non, pas la police, The Police, le groupe! Sting voulait voir le «Congo Bass Player» mais on ne savait pas où tu étais, on t’a cherché partout»… Une occasion manquée au final…

 

Comment connaissiez-vous Peter Tosh?
Assez bien pour courir avec lui pendant environ trois ans. Nous avions l'habitude de travailler ensemble, de boire plein de Ganja Tea et de manger du poisson à la vapeur tous les matins. Ouais, Peter Tosh est un de mes frères spirituels. Je le connais suffisamment bien pour pouvoir chanter n'importe quelle chanson comme il l’aurait chantée.

 

Et Bob Marley?
Pareil. Mais Bob est vraiment différent de Peter Tosh et de Bunny Wailer. J’ai de bons souvenirs avec tous les deux. Ils étaient comme les grands frères que je n’ai jamais eus. Peter Tosh et Bunny Wailer me guidaient et m’encourageaient dans ma musique.  Bob, lui, m’a beaucoup encouragé aussi, mais il m’a surtout dit des choses qui se sont produites dans ma vie, certaines ne sont pas encore arrivées d’ailleurs, comme aller en Afrique par exemple.  
Bob venait souvent nous rendre visite à moi et à mon père, 22 Alexander Road. On avait l’habitude de marcher jusqu’à Greenwich Farm pour voir un Rasta qui péchait en bord de la mer. Je ne me souviens plus de son nom mais on allait là-bas, tout le temps, pour manger du poisson rôti. 
Quand Bob est mort, cela m’a fait le même effet que si cela avait été mon propre père. C’était comme si tout mon monde s’était écroulé en même temps que Bob disparaissait. J’étais déjà aux Etats-Unis mais toute ma vie a basculé. Je n’aurais jamais pu croire que Bob puisse partir aussi vite, parce qu’il n’était pas prêt. Depuis ce moment là,  je lui parle tous les jours. Je pense à lui tout le temps et à ce que serait ma vie maintenant, si il était toujours là. Ma vie serait totalement différente. Il était comme… Ras Michael était mon premier groupe et tout ça… mais Ras Michael et moi n’avons jamais eu cette connexion que j’ai eu avec Bob.  Ras Michael incarnait plutôt une figure paternelle bien qu’il ne m’ait jamais traité comme tel, mais lui est mon père étaient proches. Bob était comme un grand frère, un professeur et un prophète à la fois. Il me disait toujours qu’il était détendu quand il était avec moi et qu’il aimait ça. C’était cool! Il m’apportait quelque chose et c’était réciproque. Bob m’avait envoyé voir Peter et Bunny pour savoir  si ils accepteraient de revenir jouer avec lui car c’est ce qu’il voulait. C’est comme ça que Peter et moi sommes devenus amis, parce que Bob m’avait missionné pour  l’interroger. Mais je ne lui ai jamais dit que c’était Bob qui m’avait envoyé poser ces questions et il ne l’a jamais su.  Bob ne m’a plus jamais parlé des Wailers. J’étais jeune et je rêvais de voir le groupe se reformer. J’ai tout essayé, TOUT! Ils étaient tous les trois fait pour être ensemble. Ils ont fait de grandes choses pour tout le monde. Ces trois esprits réunis étaient vraiment spéciaux, ils n’auraient jamais dû se séparer. Ils devraient être encore en vie et nous guider… la Trinité, man! Mais l’argent a joué un rôle décisif sur eux sur le fait qu’ils ne sont jamais remis ensemble. Toute cette merde, c’est à cause de l’argent. Ce n’est pas de la faute de Bob, mais de l’argent.

 

Au cours de votre carrière de musicien, on peut vous retrouver sous différents pseudos. Pourquoi avez-vous abandonné celui de Mickey Ras Starr au profit de Haile Maskel ?
Je ne l’ai jamais vraiment abandonné. Depuis que j’ai été baptisé par l’Eglise Orthodoxe, j’ai un autre regard sur la vie. En tant que Mickey Ras Starr, j’étais plus rebelle, comme les Wailers à leurs débuts, un Soul Rebel. Le prêtre de l’Eglise Ethiopienne Orthodoxe m’a conseillé d’utiliser Haile Maskel maintenant. La Puissance du Crucifix. Vous devez dire ce que Haile Maskel signifie en Amharique, la Puissance du Crucifix!

 

Il paraît que votre tout premier nom d’artiste était Mikey Dread! Est-ce vrai?
Oui, c’était mon premier nom, tout le monde me connaissait en tant que Mikey Dread.  Mon père n’aimait vraiment pas ce nom. Un jour, avec mon ami Horsemouth, nous étions au Black Ark Studio et Michael Campbell est venu voir Lee Scratch Perry pour lui annoncer qu’il souhaitait désormais se faire appeler Mikey Dread. Horsemouth voulait littéralement lui cassait la gueule. Il lui a dit «Eh bwoy yu a thief my bredren name!” Il voulait vraiment le tabasser, il a fallu que je l’emmène dehors pour le calmer mais il continuait de se prendre la tête avec Michael Campbell à propos de mon nom. Alors je lui ai dit : “C’est bon man, il peut garder ce nom parce que mon père ne l’a jamais aimé de toute façon!» et j’ai dit à Michael: «C’est bon Dread, ton nom est Mikey Dread, tire-toi maintenant, Mikey Dread At The Control!» J’avais déjà Mickey Ras Starr comme pseudo, alors… Il voulait  s’appeller Mikey Dread et moi Mickey Ras Starr, qui signifie “chef de tous les rasta”... De toutes les étoiles, je suis la plus grande. La plus grande mais aussi la pire.  Yeah! Et c’est là que je me dois de faire mes preuves… je joue de tous les instruments et je peux chanter tout et n’importe quoi. Seuls quelques Jamaïcains peuvent faire ça. L’un d’entre eux est Noel Sewell.  Il peut chanter et jouer de n’importe quel instrument.

 

En 1972, vous partez avec les membres du groupe The Light Of Saba pour Cuba afin de jouer devant Fidel Castro. Pouvez-vous nous dire dans quel contexte cela s’est il produit?
C’est par le biais du Centre Culturel de la Jamaïque, c’était un échange culturel entre nos deux pays. Quand le programme a débuté, ils ont voulu envoyer des gens à Cuba pour représenter la Jamaïque et tout le monde avait peur. Tout le monde avait peur d’y aller. On était les seuls à dire: «ok, on y va!» Nous y sommes donc allés pour représenter la Jamaïque et sa culture. Ils voulaient savoir comment était notre culture et notre musique, nous leur avons montré et c’était super! Quand nous sommes partis de là-bas, nous étions connus sous le nom de The Magical Light of Saba. Avant, on nous appelé plus simplement The Light of Saba. 

 

A la fin des années 70, vous avez quitté l’île de la Jamaïque pour les Etats-Unis, en Californie plus particulièrement. Pourquoi avez-vous quitté votre île?
Parce que j’étais allé à Cuba juste avant, à une époque ou tout devenait politique. Comme quand ils ont tiré sur Bob. Je suis parti pour protéger ma vie. J’ai quitté la Jamaïque pour des raisons politiques parce que j’étais puissant dans le ghetto. J’avais un club de jeunes que je sponsorisais moi-même et avec qui je faisais de la musique. Il y avait quelque chose comme 300 membres dans mon club. Les politiques ont concentré leur force sur moi, ils venaient vers moi et voulaient m’offrir tout un tas de trucs et mon père a dit que je ne devais rien accepter venant de leur part. Et puis ce fut une lutte politique partout où j’allais. Ils ont tabassé le percussionniste de Light of Saba, ils ont cassé ses bras, mais il a pu s’enfuir et il venu me voir avec un papier sur lequel notre nom était tout en haut d’une liste. Ils ont dit que nous étions revenus de Cuba pour diffuser le socialisme, mais nous n’avions pas eu à le diffuser… C’est pourquoi j’ai quitté la Jamaïque, c’est aussi simple que ça.

 

Avec The Rastafarians, vous enregistrez l’album Orthodox qui s’inscrit dans une démarche clairement spirituelle alors qu’au même moment la musique Jamaïquaine évolue dans un tout autre sens. Est-ce que cela n’a pas été trop dur de convaincre le public dans un tel contexte?
Eh bien, oui et non. Quand le Dancehall est arrivé, les plus jeunes étaient en attente de cette musique et les sound systems étaient là, c’est pourquoi il est devenu plus difficile de faire des choses culturelles. Les Deejays ont pris la place. Shabba Ranks était au sommet de son art. Mais je n’ai pas vraiment beaucoup de choses de plus à dire à ce sujet. C’est comme ça… la jeune génération aime le Dancehall et les anciens aiment la culture.

 

Orthodox est un album sur lequel les arrangements sont très riches, on peut y entendre des solos de guitares et de piano à la frontière du Rock Psychédélique. Diriez-vous qu’il s’agit là directement de l’influence du son Californien de cette époque? 
Non (rires). C’est juste moi. J’ai toujours aimé le Rock mais quand j’étais en Jamaïque on ne m’aurait jamais permis d’en jouer. Santa et Chinna me disaient toujours : “Tu essaies d’imiter Jimi Hendrix et sa musique du diable’ et je répondais : “Man, ce n’est pas la musique du diable – c’est juste du son et de l’énergie”. Ils avaient l’habitude de me chambrer là-dessus et ça me blessait beaucoup. Je voulais vraiment être un guitariste comme Hendrix, c’est ce que j’aime… des «screaming» guitares, de l’énergie… J’adore ça! Et j’aime aussi le son du synthétiseur, il me donne la même énergie, quelque chose de totalement nouveau et d’intense. J’aime les sentiments intenses. Et j’ai toujours voulu mettre de l’émotion dans ma musique. 

 

Est-ce que la façon de jouer du Reggae est la même en Jamaïque qu’en Californie?
Je pense que MON Reggae, celui que je joue en Californie sonne comme le Jamaïcain... avec un supplément de mélodies. Grâce à la guitare, j’ai plus de mélodies que la plupart des Jamaïcains. J’utilise des mélodies pour peaufiner l’orchestration autour du Reggae. Mon Reggae, je l’aime avec tout un tas de mélodies qui coulent à travers la chanson. C’est du Reggae sophistiqué. Ce n’est pas du Reggae Californien, mais juste Haile Maskel. Si j’étais en Jamaïque, en Afrique ou Japon, il serait le même.

 

Bien qu’il y ait encore un public pour le Reggae Roots, la Jamaïque n’en produit quasiment plus. Le public est donc résigné à se contenter des rééditions d’albums enregistrés à son âge d’or. Selon vous est-il encore possible aujourd’hui de produire un Reggae Roots et authentique?
Oui, c’est possible.  Mais pourquoi voulez-vous revenir à ces âges sombres alors que nous sommes dans une période éclairée? Je dis NON. Nous pouvons l’enregistrer mais pourquoi? Nous avons besoin de progresser. Bob voulait que la musique progresse et je le rejoins sur cet avis. Il ne voulait pas que nous revenions à cette sombre période où 16 musiciens jouaient sur un seul micro, une seule piste! Non! Arrête s’il te plait!  Nous pouvons enregistrer un Reggae authentique, de la musique Roots, mais la méthode d’enregistrement sera différente. Parce que nos connaissances se sont développées, la musique doit elle aussi progresser. Je ne vois pas pourquoi je devrais revenir en arrière. Ce n’est pas constructif. J’ai besoin d’aller de l’avant et de continuer à avancer. De toute manière, tous ces vieux morceaux de Reggae… Tu ne peux même pas entendre le batteur, ni la puissance de la basse. Ecoute la plupart des titres Studio One, Tu n’entendras jamais le batteur nettement, le son n’est pas propre réellement. C’est impossible à gérer. Tout est beaucoup mieux maintenant.  Amélioration de la vie, amélioration dans tous les domaines. Nous respectons tous ces vieux enregistrements, mais nous ne pouvons pas continuer travailler de cette façon. J’ai évolué et je vais de l’avant.

Beaucoup d’artistes Jamaïquains ayant collaborés avec le label Makasound semblent s’inscrire dans une collaboration sur le long terme. Winston McAnuff a sorti plusieurs albums depuis, Kiddus I vient tout juste de sortir l’album «Green For Life», idem pour Linval Thompson. Peut-on espérer la même chose pour vous? 
Plusieurs albums avec Makasound? Je ne sais pas. Je veux dire, Makasound et moi n’avons pas de projet en cours pour le moment. Et ils sont les seuls à faire quelques choses pour moi… Alors, je ne sais vraiment pas… «Fire & Rain» et «Orthodox» étaient les deux seuls albums que Makasound voulait. Tout dépend de Makasound, mais je ne sais pas ce qu’ils veulent faire ou si ils veulent travailler avec moi encore un peu. Parce qu’ils veulent du vieux Reggae et la majorité de mon reggae est moderne. Je n’ai plus de vieux Reggae à leur donner, alors je ne sais pas ce qu’ils vont encore pouvoir faire pour moi, ni combien de temps notre relation va encore durer, à moins que Makasound accepte de prendre le Reggae que je fais aujourd’hui. Ces morceaux sont aussi bons que ceux que je composais à l’âge de 19 ans. De toute manière, je les ai tous écrit à l’âge de 19 ans mais je les ai enregistrés là dernièrement. Ma musique est intemporelle. Toutes mes chansons suivent les progressions, au début je faisais du Jazz et puis j’ai évolué en même temps que les époques, les années 80, 90,… Je fais du Reggae cool, romantique, doux et sophistiqué. C’est ce que je veux.

 

Comptez-vous venir présenter votre musique au public sur les scènes françaises?
Oui!
 
Ben Péronne
Décembre 2009.

 

ALTON ELLIS, Mister Rocksteady

Revenir sur la carrière d'Alton Nehemiah Ellis en quelques paragraphes est une tâche plus que délicate... Pensez-donc, pendant plus de quarante ans, sa voix inimitable, nourrie au R&B et à la Soul US, a enthousiasmé des centaines de milliers d'amateurs de musique jamaïcaine dans le monde entier, enregistrant d'innombrables classique Ska, Soul, RockSteady et Reggae.

 

Né le 1er Septembre 1940 à Kingston, Jamaïque, Alton grandi au coeur de Trenchtown, où il a essuyé les bancs de la Ebeneezer Boys' Town, excellant à la fois dans la musique et le sport, notamment le cricket, le tennis de table et la boxe. C'est avec la danse qu'il se rapproche du monde de la musique en participant à des concours locaux, mais le chant prend au fur et à mesure le pas sur ses jambes (!) en particulier après avoir impressionner ses amis étudiants lors d'un concert au cour duquel il reprend une sélection de morceaux de Mario Lanza tirés de la bande son du film The Student Prince. Après avoir terminé ses études en 1955, Ellis trouve du travail comme ouvrier sur un chantier à Stony Hill. Encouragé par ses collègues de travail, il auditionne pour le célèbre concours Vere John's Opportunity Hour, mais intimidés par la concurrence, dont Jackie Edwards, Owen Gray et Lascelles Perkins, il se retire du concours. Il lui faudra 2 ans pour se décider à prendre la voie de la musique, relancé par l'ambition de son ami Eddie Parkins, avec qui il forme le duo Alton & Eddy. Il compose durant cette période une ballade plaintive au sujet d'une certaine Muriel, titre faisant rapidement partie du répertoire du tout jeune duo. Interprétant le morceau lors d'une audition pour le principal producteur local, Clement 'Coxsone' Dodd, ce dernier s'empresse de les faire enregistrer au Federal Studio et sort leur premier 7'' sur son tout récent label Worldisc. Le titre cartonne dans les charts locaux, nous sommes en 1959 !
Après quelques temps passé sous l'aile de Dodd, période pendant laquelle sortent My heaven, Lullaby angel, I Know it all, I’m never gonna cry et Yours, Alton & Eddy enregistrent une poignée de titres pour Vincent Chin de Randy’s. Alors que le duo remporte le premier du concours de talents A star is born, Perkins quitte l'île pour les USA. A Kingston, Alton se fait embaucher dans une imprimerie locale dont il est licencié après quelques mois, son employeur voyant d'un mauvais oeil sa passion et son ambition pour la musique. A cette période, notre chanteur enregistre quelques rares morceaux tel Now and fore ever pour Prince Buster ou encore Sands of the sea pour Mike Shadad.

 

Ellis se trouve un nouveau partenaire en la personne du talentueux John Holt, avec qui il retourne au Randy's Studio et enregistre pour Chin un nombre conséquent de morceaux dont l'excellent Rum Bumper, Ska beat ou Mouth a massie. Alors que son partenariat avec Holt s'avére de courte durée, déterminé à rester dans la musique, Alton forme alors un groupe vocal composé à ses prémices de son frère Leslie, de Noël 'Scully' Simms, Baby G et Ronnie - deux de ses amis. Ils sont bientôt rejoint par Lloyd Charmers et Winston Jarrett. The Flames commencent alors une relation très fructueuse avec le producteur Arthur Duke Reid de Tresure Isle qui débouche sur la sortie d'une série de bons titres anti rude-boy (voyous de l'époque semant violence et terreur dans les rues et lors des soirées) dont en 1962 Dance crasher, puis Don’t Trouble People, Cry Tough, Blessings Of Love et The Preacher, morceaux tous composés par Ellis.


En 1966, le Ska tent à évoluer vers un nouveau style dont Alton Ellis va être à l'origine du nom par le biais d'un titre enregistré cette même année. Un soir en studio, lors d’une session l'absence du bassiste oblige une certain Jackie Mittoo à jouer la ligne de basse lui-même. Sa main gauche ne pouvant pas suivre le rythme effréné du Ska, Mitto adapte donc un rythme plus lent au clavier, son instrument de prédilection. Présent ce soir là, Alton enregistre pour Duke Reid sur cette rythmique Get steady, Rock Steady, sorti sur le très rare label yardie Trojan (à ne pas cofondre avec l'homologue UK au casque grec antique, l'empreinte de Trojan JA étant deux taureaux face à face surmontés d'une couronne que la maison britanique repris sur ses premiers pressage entre 1967/68) donnant son nom à cette nouvelle mode, titre considéré comme le premier RockSteady.


Fermement établi comme l'un des chanteurs les plus populaires de l'île, Alton se retrouve malgré lui au milieu d'une véritable guerre que se livrent Reid et Coxsone à son sujet. Si Dodd lui assure une tournée en Grande-Bretagne avec les Soul Vendors, Ken Boothe et Owen Gray et une série d'enregistrements avec Mad, Mad une magnifique version de Let Him Try de Rosco Gordon, le hit I Am Just A Guy et son plus gros succès international I’m Still In Love [rythme sur lequel Althea & Donna vont faire le planétaire Uptown Top Ranking], ces deux derniers lui ayant été inspiré par la femme de sa vie Pearl à qui d'ailleurs il consacrera la chanson Pearl (!!!) en 1969, il commet l'exploit d'enregistrer pour le Duke foultitude de classiques tels All My Tears (Come Rolling), Why Birds Follow Spring, superbe interprétation du néanmoins sublime Ain’t That Lovin’ You (For More Reasons Than One) de Johnny Taylor, Willow tree ou encore La la means I love you avec The Flames sur le rare label ducal Supersonics sortent également Girl I’ve Got A Date, qui à la fin de 1966 connait un grand succès se retrouvant en tête des charts de la radio nationale, Duke Of Earl [cover d'un titre néo-Doo Wop de Gene Chandler de 1962].

Si c'est sur le label Coxsone que parait en 1967 son premier album Alton Ellis Sings Rock & Soul, le chanteur ne reste pas bien longtemps dans l'écurie de Studio One en retournant l'année suivante vers Treasure Isle avec The Flames. En peu de temps il enregistre plusieurs hit originaux dont Oowee Baby, I love you, How can I et I can’t stand it along une cover de My Willow Tree de Chuck Jackson. Reid lui organise une séries de concerts à New-York. Seulement il doit en mars mettre fin à cette mini tournée et repartir d'urgence pour la Jamaïque, sa mère venant de décéder.


Il repart sur les routes, et après trois semaines de tournée entre Nassau et Freeport aux Bahamas, rentre à Kinstong et met la main à la production assisté du trompettiste légendaire, le regretté Johnny 'Dizzy' Moore. De cette collaboration nait My time is the right time et The message. Durant cette même année 68, Alton travaille avec le producteur M.C. Bough qui, comme Reid est un ancien policier. Si moins expérimenté que le duc, il n'en reste pas moins que cet énigmatique producteur dans la carrière d'Alton presse trois titres de bonne facture que sont I can’t stand it, Tonight (aka Feeling Inside) et Give Me Your Love (avec Davis Isaacs).


Jusqu'à la fin de 1968, Ellis continue d'enregistrer avec les frères énemis Dodd et Reid, sans que l'apparition d'une nouvelle forme musicale appelée Reggae n'influe en rien sur sa popularité. Sort au début 1969 son deuxième album, sous la houlette de Coxsone, The Best Of Alton Ellis, sur lequel on retrouve un bonne partie de ses enregistrements contemporains pour Studio One avec notamment sa superbe version de Tyrone Davis Can I change my mind. Régulièrement en studio, enregistrant également pour Reid Breaking up sorti sur Supersonic, il part au printemps pour une tournée de 4 mois au Canada avec Jo Jo Bennett & The Fugitives, essuyant les Clubs, endroits où se retrouvent les communautés des West Indies diffusant les dernières nouveautés yardies et/ou recevant nombre de formations de passage ou installées dans le pays.

 

Alton reprend en 1970 le chemin des studios à la fois pour le Duke et Coxsone, session qui débouchent l'année suivante sur la parution de son troisième opus Sundy coming. Sur Treasue Isle il sort en duo avec Phyllis Dillon Remember That Sunday, la sublime cover de Junior Walker and The All Stars What Does It Take (To Win Your Love) ou encore You’ve Made Me So Very Happy un classique de Brenda Holloway. Sans jamais réserver l'exclusivité à ses deux producteurs fétiches, il collabore avec d'autres acteurs de Kingston : entre Prince Buster, Phil Pratt et autre Sid Bucknor, pendant que Winston Riley presse I’ll Be Waiting, It’s Your Thing et Soul Groove, . En Rasta et panafricain convaincu, avec l'avènement du Reggae, Alton va dès le début des 70's progressivement oublié sa facette romantique pour des textes plus engagés à l'image du très populaire Back to Africa et de (Lord) Deliver us produits par Lloyd Daley.


Au fil des années, tout en continuant à se produire régulièrement en live de part le monde, Alton se fait moins présent en studio. Il contribue à l'organisation des populaires Rock Steady Gala, show annuel ayant lieu au Hammersmith Palais de la Eastern Bank Holidays de Londres. En 1994, après plus de trente ans de carrière, sa contribution considérable pour la musique jamaïcaine est officiellement récompensée par le gouvernement jamaïcain qui lui décerne l'Ordre du Mérite (Order of Distinction) au cours des cérémonies du National Heroes Day [à titre posthume Bob Marley reçut ce même honneur en 1981].

Toujours actif les années qui suivent cette distinction, en 2006 Alton Ellis est intronisé et invité d'honneur des International Reggae & World Music Awards, cérémonie tenue à New-York à l'Apollo Theater de Harlem. Un peu plus d'un an plus tard, il lui est diagnostiqué un cancer des glandes lymphatiques. Après une chimiothérapie au cours de l'été 2007, il semblait avoir vaincu la maladie. Malheureusement, le 1er août 2008 au légendaire 100 Club, après avoir effectué plus de la moitié de son set, le chanteur s'effondre sur scène. Immédiatement conduit à l'hôpital, Alton ne parvient pas à se remettre de ce dernier malaise. En septembre, il est admis au Hammersmith Hospital de Londres pour reprendre un ultime et vain combat. Dans la nuit du vendredi 11 octobre 2008, Alton Ellis s'en va entouré de sa famille et d'amis laissant orphelins des milliers de fans, dont ROOTSBLOGREGGAE , et un héritage musical colossal rarement égalé. Alton Nehemiah 'Mr Soul' 'Mr RockSteady' Ellis, entré pour l'éternité au Panthéon de la musique Jamaïcaine, demeurera incontestablement le plus grand chanteur jamaïcain des 60's...

Alton Ellis and The Soul Vendors à Studio One.

Lloyd Brevett - Rolando Alphonso - Johnny Dizzy Moore - ?

                           Ernest Ranglin

Lloyd Knibbs - Alton Ellis - Jackie Mittoo - Ken Boothe

Liz Mc Comb

A l'occasion de la sortie de son album Brassland, nous vous proposons une rencontre avec l'immense Liz Mc Comb. Un document qui revient de loin...
Liz Mc Comb nous a reçu une première fois en novembre. Après une heure d'entretien fabuleux, l'enregistrement n'avait pas fonctionné!!! Max Nordez de iWelcom s'est proposé de poser à nouveau une poignée de questions que RBR aurait préparé.


Nous vous proposons cet entretien improbable, enregistré au coeur de Paris en novembre 2013, dans un taxi.

 

Big Up to Max! Give thanks to Liz Mc Comb


Itw : Max Nordez / Montage : RBR

 

 
 

Nicodrum & Friends

A l'occasion de la sortie de son premier album Back to fundehchan, pour RBR, Eoto Kouo Jah est allé à la rencontre du percussionniste Nicodrum.

 

Large Up to Nico !

 

Interview sans montage @ Paris 10/06/2014.

CD 12.00€

The Mystic Revelation of Rastafari

Né à Bito dans les montagnes au-dessus de Bull Bay en 1926, Oswald "Count Ossie" William dès son plus jeune age ne s'intéresse qu'à la musique faisant déjà parti de la fanfare locale des scouts où il joue du tambour et du fifre. Quand sa mère decide au début des 40's de partir pour le quartier de Rockfort, Kingston Est, il rejoint un autre marching Band de scouts, le Saint saviour Call Troop. Passioné par le tambour, Count Ossie est très rapidement attiré par les discussions des Rastas de Salt Lane, Kingston Ouest. Cette nouvelle génération de Rasta est différente de la première. En effet, quand au début des 30's, les précurseurs du mouvement tels Leonard Percival Howell, Joseph Nathaniel ou encore Hibbert se mirent à vouer un culte à Ras Tafari, la Jamaïque était dans un état d'ébulition au niveau spirituel et de nombreux cultes à connotation africaine pullulaient depuis l'émancipation en 1834. Le tambour n'avait concrètement pas sa place dans l'univers symbolique des premiers Rastas du Pinnacle de Howell, qui se contentraient, comme de nombreux cultes revivalistes, à perpétuer des hymnes Ethiopianistes  ou des chants tirés du psautier Sankey Hymnal, détournés au profit de Ras Tafari. Si cette première génération de Rastas comptait en majorité des femmes et des anciens combattants, la seconde se voit constituée principalement de jeunes des campagnes repoussés vers les ghettos naissant de Kingston Ouest depuis la crise et l'exode rural. Pour la plupart, ils n'ont pas connu les discours de Garvey, mais ils vivent au contact de leurs ainés (les Elders véritables maitres d'oeuvre de la révélation de Ras Tafari) et de toutes les mouvances culturelles du ghetto. Ainsi à partir de la fin des 40's, dans le camp de Salt lane que le jeune Oswald Williams, alors agé d'à peine 20 ans, commençe à penser à ce que pourrait être une musique typiquement  Rasta.
Au côté des Rastas de Salt Lane, on retrouve la communauté Burru (descendante d'une caste d'anciens esclaves qui tambourinaient pour rythmer le labeur des esclaves ouvriers) également repoussée vers les ghettos depuis le début du siècle. Les gens du Burru n'avaient pour ainsi dire pas de religion à eux, et les Rastas n'avaient pas de musique. En quelques années, les deux groupes fusionnèrent progressivement, échangeant et mixant leurs pratiques, et les gens du Burru disparurent quasiment en tant que groupe social. C'est à l'écoute d'un maitre Burru Brother Job, qui deviendra son propre maitre, que Count Ossie constate que les racines africaines ont survécu, et sont encore intactes en Jamaïque grâce à la communauté du Burru. A partir de ce moment il decide de ne plus se consacrer qu'aux tambours. 
   Si le rythme Kumina a également inspiré de nombreux batteurs Rastas dont Count Ossie, il ne prit jamais la même importance que le Burru, probablement du fait que les pratiques Kumina était très proches de l'Obeah et donc occultes. C'est donc autour de 3 tambours Burru que le Nyabinghi va naître: le tambour basse, le fundeh, et le repeater, le tambour basse et le fundeh formant les fondations rythmiques sur lesquelles le repeater brode ses envolés.
A force d'écouter Brother Job sans pouvoir s'entrainer sur autre chose que des boites de conserve, Count Ossie se met à rêver d'un tambour, le sien. Quand il eu pris la décision d'en acquérir un, il s'adressa directement au maitre de Brother JOB, l'un des plus grand batteur Burru, également rasta : Watto King. Ce dernier était un homme très respecté. De nombreux jeunes Rastas se rassemblaient autour de lui pour apprendre des rythmes, qu'ils partaient diffuser dans les autres ghettos quand ils les avaient assimilés. Si cette diffusion s'accompagne souvent d'une déformation et d'une accélération du rythme, Count Ossie, lui, reste ancré dans un vieux rythme Burru, et souhaite par sa musique, exacerber les capacités de "reasoning". Il cherchait à transformer une musique populaire en un moyen d'expression d'une foi mystique. Pour se faire, il calle son rythme sur la cadence d'un coeur au repos et institua des assemblées de méditation, les Grounations (littéralement "prise au sol") comme moments de raisonnement privilégiés.
Ayant trouvé sa voie, et déçu du tournant trop mystique que prennent la plupart des jeunes Rastas de Kingston Ouest, c'est dans les collines de Wareika à l'Est, qu'il part s'installer avec ses frères, et dévoile à Noël 1949, lors d'un Grounation, le rythme Nyabinghi. A partir de de ce moment, de plus en plus de jeunes viennent assister au Grounation de Count Ossie, et ce n'est plus un simple batteur que l'on vient voir de tout Kingston, mais un maître du tambour Rasta, un Nyahbingi man. En 1951 le terrible cyclone Charlie détruit totalement le camp de Count ossie, et c'est à Adastrada Road non loin de là, que les frères établirent leur nouveau campement, qui devient un lieu légendaire. 
Dès le début des 50's, Count Ossie se démarque par son style et son élégance dans le jeu. Il est de plus en plus souvent invité à des manifestations artistiques où on l'écoute plus qu'on ne danse, tant son style entraine le raisonnement. Cette ouverture amène un nouveau public aux Grounations du dimanche : les Jazzmen, élèves de l'Alpha School, fascinés par le message Rasta et ce nouveau rythme qui remonte des racines même de l'Afrique. De cet établissement sort parmi tant d'autres le tromboniste Don Drummond. l'instrumentaliste le plus célèbre de Jamaïque fondateur des Skatalites. Ce dernier va ouvrir les portes du show business à Ossie et ses batteurs en les emmenant quelques fois jouer avec lui sur des scènes branchées de Kingston, ne s'appelant pas encore Mystic Revelation of Rastafari. Lors de leurs représentations, on annonçait généralement "tambours africains" et leur philosophie Rasta  n'étaient pas mise en avant comme dans les Grounations, même si tout le monde savait de qui et de quoi il sagisait, tant l'idéologie Rastafari faisait son chemin dans toutes les couches de la société jamaïcaine, malgré les discriminations persistentes. C'est grâce à une danseuse Reine de la Rhumba, Marguerita Mahfood, jamaïcaine blanche d'origine syrienne , que Count Ossie et ses batteurs se firent connaître et reconnaître en tant que groupe, avec un style et une philosophie propres. Marguerita (maitresse de Drummond qui la tuera quelques années plus tard dans un excés de follie) était réellement fan de Count Ossie et ne pouvait plus se passer de lui et de son groupe pour ses représentations. Sa popularité étant énorme, elle ouvrit très largement les portes de la Jamaïque bien pensante au Nyabinghi, qui dépassant le cadre du cercle Rasta, se mua en une véritable influence musicale.

Au tout début des 60's naît le Ska, propulsé par des hommes comme Harry Moodie ou Prince Buster qui utilisent les influences Blues, Jazz, Callipso et Nyahbingi, très présentes à l'époque pour créer ce nouveau rythme. Count Ossie va poser de nombreuses fois ses tambours pour les sections rythmiques des musiciens de Jazz. En 1961, accompagné de jeunes chanteurs de son entourage, les Folkes Brothers, Ossie va sortir son premier tube Oh Carolina produit par Prince Buster qui devient rapidement un hit mais surtout un classique. Cette même année est cruciale pour les Rastas : après plusieurs décennies de persécution, le gouvernement jamaïcain décide sous l'impulsion de Mortimer Planno, Rasta de l'ouest de Kingston et mentor de Marley, et surtout après le rapport de l'université de Mona -rendu par Smith, Augier et Nettlford en 1960, d'organiser une mission en Afrique. 7 personnes partent, dont 3 Rastas et des membres de l'UNIA et de l'EWF (Ethiopian World Federation). Parmi les rastas on retrouve Mortimer Planno bien sur, mais aussi deux proches de Count Ossie, Brother Filmore et Douglas Mack, démontrant ainsi l'importance que prennent les Rastas de Wareika, plus tolérants, et plus centrés sur l'éducation que les Rastas de l'Est. Le grand moment de ce voyage fut la visite en Ethiopie où ils rencontrèrent sa majesté Haile Selassie I, qu'ils honnoreront au son du Nyabinghi, cinq ans plus tard, lors de sa visite en jamaïque le 23 juillet 1966.

Durant les 60's, la formation de Count Ossie enregistre quelques 7'' et acceuille de plus en plus de musiciens, ainsi que des danseuses. La formation compte alors jusqu'à une vingtaine de membres et devient un lieu d'expression, un centre d'expérimentation, où sur la base des tambours burrus viennent se mélanger des instruments à cordes et à vent apportant une impulsion résolument moderne à une musique pourtant ancestrale. A la fin de cette décénie, les musiciens de Count Ossie fusionnent avec les Mystics, la section de cuivre de Cedric "Im" Brooks, pour devenir les Mystic Revelation of Rastafari. Depuis la venue de Haile selassie I en 1966, la Jamaïque a bien changé et l'idéologie Rastafari est en vogue. Les Mystics Revelation sont souvent invités à se produire pour les célébrations officielles lors des visites des chefs d'état. Le groupe sera également récompensé deux fois au Carifesta, mais gardera toujours son tempo de départ, le Nyabinghi, malgré l'arrivée du Rock Steady puis du Reggae. D'ailleurs de nombreux artistes Reggae Rastas, honnoreront le Nyahbingi, comme étant le rythme Rasta par excellence, tout au long de l'évolution du Reggae tels Bunny Wailers avec Wanted children, Bob Marley et Rastaman Chant, Delroy Washigton sur Chant, Max Romeo, Mutabaruka, Buju Banton...

Durant les 70's, fort de son aura, Count ossie achète un terrain à Wareika et y fonde un centre communautaire, comprenant une école et une bibliothèque. Les Mystic Revelation ne se produiset que dans quelques concerts et privilégient surtout le développement du centre de Glasspole Road, ce qui aura permis aux frères de rester à l'écart des violences politiques. Count Ossie sera également  invité de nombreuses fois aux USA, dans des universités curieuses de ce personnage partie intégrante de l'histoire du mouvement, et de sa musique relatant les survivances africaines, les influences jazz, et mettant en avant la puissance de l'idéologie Rastafari. Il y organise des ateliers musicaux et culturels où passent de nombreux grands musiciens contemporains. En 1972, les Mystic Revelation of Rastafari enregistrent le premier véritable album de Nyahbingi jamaïcain  Grounation, qui est suivit en 1975 par Tales of Mozambique, en hommage à l'indépendance du Mozambique. Le 18 octobre 1976, Oswald Williams se tue au volant de son camion alors qu'il raccompagnait des musiciens après un concert. Brother Sam a repris le flambeau  avec le fils du Count, Time.

 

Rod Anton

A l'occasion de la sortie de son deuxième album Wevolution, Pour RBR, Eoto Kouo Jah est allé à la rencontre du chanteur Rod Anton sans les Ligerians...

 

Un entretien tout en simplicité, à l'image de l'artiste...

 

Big Up to Rod Anton & Iwelcom

 

Interview : Eoto Kouao Jah

Sans montage @ Paris 25/05/2014.

 
 

I&I Livity

A l'occasion de la sortie de leur premier album, EVOLUTION (Khanti Records), Rootsblogreggae est allé à la rencontre de I AND I LIVITY et été reçu chaleureusement par deux des huit membres du groupe de passage à Paris : son leader et chanteur, Simon, et son guitariste Sylvain.

 

Interview : Jahgreg

Sans montage @ Paris, 16 octobre 2014.

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