Le 30 mai 2011, sous l'impulsion de l'association
GET UP, le documentaire LE PREMIER RASTA était - pour la première fois en terre nantaise, présenté au cinéma Le Concorde, en présence de sa réalisatrice, Hélène Lee, qui s'est laissé entrainé au jeu des questions/réponses! Au milieu d'une salle comble, SISTAVIE a saisi sa chance pour interpeler à plusieurs reprises la réalisatrice. Sistavie nous a contacté et envoyé spontanément un petit compte rendu de cette rencontre... ses impressions.
"SISTAVIE : En tant que femme comment situez vous la femme dans le mouvement et que pensez vous de la relation de séducteur qu’Howell entretenais avec les femmes ?
HELENE LEE : Il y avait beaucoup de femmes au Pinacle. La femme était omniprésente. D’ailleurs il se disait en ville, « si tu veux trouver une femme tu vas au Pinacle mais attention en échange, tu devras travailler la terre »...
Elle rappela aussi l’importance des femmes dans le mouvement Nyahbinghi. S’agissant de la relation d’Howel avec les femmes, elle expliqua que les années d’oppression avaient rendu les hommes résignés [elle mime le dos courbé]. Le combat d’Howel pour réhabiliter leur identité lui avait donné assurance, prestance, charisme tel que toutes les femmes étaient séduites.
Je me souvient alors du passage du livre dans lequel Hélène Lee explique que l’herbe sacrée est répandue sur l’ile mais que l’establishment fait passer des lois anti-ganja dès que l’herbe tombe au maint« des gens dangereux » en l’occurrence le mouvement rasta.
SISTAVIE : Vous expliquez dans le film que la ganja est le prétexte pour détruire la communauté du Pinacle alors que « L’herbe dite sacrée » était largement répandue. Pourquoi ce revirement ?
H L : La plante importée par les migrants hindous avait un usage très cérémonial et qu’elle était tout à fait acceptée. Les strates en vue de la société jamaicaine en faisaient commerce sauf que sauf que… il faillait éliminer la communauté du Pinacle car Howell poussait le peuple à la désobéissance civique (ne plus payer d’impots, etc…) et avec son autosuffisance le Pinacle se dérobait à la loi.
SISTAVIE :Vous évoquez peu GARVEY dans le film, plus dans le livre ils avaient la même ambition commune, lutter contre les discriminations et le joug colonial et ils ont subi le même acharnement judiciaire. Qu’est ce qui les différencie ?
H L : La vie de Garvey qui était plus matérialiste. Howell avait une ambition moins liée à la politique mais plus spirituelle. Si l'on fait référence à la proximité symbolique et rituelle de l’idéologie Rasta et de l’hindouisme, c’est bien Howell qui en est à l’origine.
Hors micro, je m’approche d’Hélène Lee et l'interpelle une dernière fois... Vous avez recomposé le parcours d’Howell au travers des témoignages et des archives historiques de l’époque. Avez-vous trouvé des discordances dans les témoignages. ???
H L : Non, je les connais bien tous ces gens , ils sont authentiques.
... et moi de lui dire oui, ils sont comme vous. Elle me regarde avec bienveillance . Elle a un sourire très très chaleureux.
Le livre et le film d’Hélene Lee sont des documents incontestablement très riches sur le mouvement Rastafari et son origine d’un point de vue historique, politique et sociologique. Je m’attendais à trouver dans le film, davantage sur le message de générosité de partage si cher aux Rastas. Puis j’ai compris que la générosité et le partage étaient présents dans l’énergie qu’Hélène a mis à vivre et écrire et créer son livre et son documentaire qui sont de véritables actes d’amour.
En définitive Le Premier Rasta est avant tout l’histoire d’un lien fort entre Hélène Lee et sa quête spirituelle et tous les gens qui apprécient l’œuvre d’Hélène LEE sont dans ce même mouvement.
Certes le film manque d’infos sur le quotidien de Howell, le quotidien du Pinacle, les rites. mais Helène a fait l’objet de critiques dures.
En sortant de la projection, je marche dans la rue et je me dis : « Ok! Howell a élaboré le mode de vie et de pensée qui nourrira la culture Reggae le tout véhiculé dans le monde par Marley! Mais comment a-t-il pu être oublié à ce point?..." »
C'est une très bonne question que nous pose Sistavie!!! Une chose est certaine : tout a été fait pour étouffer et détruire les actions, la pensée de Léonard Percival Howell. Au regard de l'évolution de cette révolution spirituelle et culturelle qu'est le mouvement Rastafari, les humiliations, les souffrances subies par des sufferers qui ne demandaient qu'à vivre et gérer leur vie selon leur conviction, n'ont eu de cesse au contraire de le renforcer et de le faire se propager! Le film d'Hélène Lee est de part son existence même une belle revanche qui apporte un nouveau regard sur les origines du mouvement et redonne ses lettres de noblesse à son instiguateur...
JUIN 2011.