rastafari

liveth !

  • Facebook Long Shadow
  • SoundCloud Long Shadow
 

Coronation Day

  Le 2 novembre est une date importante dans le calendrier Rastafari. En effet, c'est à cette date, en 1930, qu'eu lieu le couronnement, à Addis Abeba, de Sa Majesté Hailé Sélassié (né le 23 Juillet 1892 à Harrar, de Yeshi Emabet Ali et Ras Makonnen), ainsi que de l'Impératrice Mennen (mariée à Tafari Makonnen depuis le 31 juillet 1911).

 

  L'Empereur, le 111ème d'Ethiopie, avait acquis le titre de Negusa Negast (Roi des rois) dès le 3 avril 1930, au lendemain de la mort de l'Impératrice Zaoditou, une fille de Ménélik II (mort en 1913) qui régnait depuis le 2 octobre 1916, avec, à ses côtés Tafari Makonnen, nouvellement Ras, Régent et Prince héritier de l'Empire. Deux ans avant son couronnement, Tafari (Qui sera craint) avait acquis le titre de Negus de Gondar le 7 octobre 1928, ce qui avait fait de lui le personnage le plus important de l'Empire après la Reine des Rois, au détriment des vieux aristocrates de l'époque de Ménélik, opposés à la modernisation du pays.

  Sept mois furent nécessaires à la préparation de "l'événement le plus marquant de l'histoire éthiopienne "(1), période pendant laquelle Addis Abeba connut de grands travaux de nettoyage et de peinture. Le monde entier, notamment les "partenaires" de la SDN, fut convié à cette cérémonie : le maréchal Franchet d'Espérey pour la France, le Duc de Gloucester pour le Royaume-Uni (fils du roi George V), le Prince d'Udine pour l'Italie (petit-neveu du roi Victor-Emmanuel), des représentants américains, japonais, hollandais, belges, suédois, égyptiens, allemands, turcs, grecs et polonais répondirent à l'appel.

  Lors d'un cérémonial très bien préparé, Hailé Sélassié 1er fut couronné dans la Cathédrale Saint-Georges d'Addis Abeba. Roi des rois d'Ethiopie , Seigneur des seigneurs , Lion conquérant de la tribu de Juda, lumière de ce monde et Elu de Dieu, Il était aussi défenseur de la foi et de l'Eglise éthiopienne. Le serment qu'il prononça marqua une nouveauté : il jura de maintenir les lois qu'il aurait promulguées "après les avoir soumises, de son plein gré, au Conseil, pour avis " (2), preuve d'un arbitraire moins grand dans l'exercice du pouvoir.

  Ceci fut confirmé par la promulgation, le 2 novembre 1931, de la première constitution éthiopienne, créant deux assemblées de notables qui avaient pour rôle de discuter les lois avant leur promulgation par l'Empereur. Ce texte n'instaurait pas un régime représentatif de la population, démocratique, mais constituait un premier jalon. Sa Majesté voulait que le peuple apprenne ce qu'est le régime représentatif, afin qu'il puisse un jour en arriver à prendre part au gouvernement du pays. 

  Le peuple éthiopien est, à cette époque, majoritairement rural et analphabète. Aussi un des buts essentiels d'Hailé Sélassié était-il de "favoriser la création d'écoles dans lesquelles seraient données un enseignement séculier et spirituel, et dans lesquelles l'Evangile serait enseigné " (paroles prononcées lors du serment du couronnement). Une autre innovation résidait dans le fait que l'Impératrice Mennen, Queen Omega, fut couronnée à la fin de la cérémonie religieuse, dans la cathédrale Qiddus Guiyorguis (Saint-Georges), où elle reçut la bague de diamants des souveraines.

 

 Cet évènement va être l'ultime catalyseur, l'ingrédient manquant dans la naissance du mouvement Rastafari. Dans les années 1930 la Jamaïque, et le reste des Caraïbes d'ailleurs, connait une vague de révoltes et de grèves, provoquant l'envoi d'une commission parlementaire anglaise (la Jamaïque jusqu'en 1962 fait partie de l'Empire coloniale britanique). La conclusion du Moyne Report qui en résulte est sans appel : les salaires des pauvres n'ont pas augmenté depuis la période immédiate post-émancipation (1838). En cent ans, la condition matérielle de la population noire n'a pas bougée d'un iota, ce qui pousse beaucoup de jamïquains à l'émigration pour Cuba, les Etats-Unis, l'Amérique centrale et vers d'autres îles de l'archipel antillais.

 

 Un climat social difficile, tendu et inégalitaire ; la présence de Marcus Mosiah Garvey, de retour des USA, père de l'UNIA (Universal Negro Improvement Association) et de la revue Negro World, son rôle d'organisateur, d'agitateur et de prédicateur ; l'abondance de discours pronocésau coins des rue de Kingston par des orateurs noirs religieusement inspirés -aussi bien les prises de paroles que leurs protagonistes, sont autant de facteurs à l'origine du mouvement.

  Très croyants (3), beaucoup de gens en se référant à certains passages bibliques, vont voir la preuve qu'Hailé Sélassié I est la réincarnation du Christ ou du moins l'incarnation d'un nouveau messie, le Rédempteur noir venu délivrer d'Egypte les enfants d'Israel : "Et je pleurais beaucoup de ce que personne ne fût trouvé digne d'ouvrir le Livre ni de le regarder. Et l'un des veillards me dit : Ne pleure point; voici le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, il a le pouvoir d'ouvrir le Livre et ses sept sceaux." (Apocalypse V, 2-5).

  Un autre passage rappelle la réalité que vit l'Ethiopie face à la puissance italienne (l'Italie envahit l'Ethiopie en 1935 pour capituler en 41 ; capitulation non seulement symbole de la toute puissance de l'Empereur éthiopien, mais aussi synonime d'espoir de tout un peuple noir à qui la preuve est donné qu'il est possible de combatre et vaincre l'oppression blanche!) : "Et je vis la bête et les Rois de la terre et leurs armées rassemblées pour faire la guerres à celui qui monte le cheval et à son armée "(Apocalypse XIX,19). Tous ces signes étaient compris comme conférent à Selassié la puissance de la Divinité.

 

Le couronnement du jeune Roi chrétien avec son titre biblique est donc plus qu'une occasion séculière. Pour les chômeurs, les pauvres de la Jamaïque et les Garveyites, ceci vient comme un révélation de Dieu car on se souvient de la prophécie de Marcus Garvey qu'il aurait prononcé en 1916 (4) : "Regardez vers l'Afrique. Un roi noir sera couronné. Il sera le rédempteur ". Un Roi noir venant d'être couroné en Afrique, la délivrance ne devait plus tarder. Chez ces gens profondément religieux, mais aussi supersticieux, prêts à s'abandonner à des fantasmes messianiques et miraculeux, l'idée se répendit rapidement que Hailé Sélassié I était vraiment un Dieu desendu sur terre pour délivrer et conduir les enfants noirs d'Israel hors de Babylone, c'est-à-dire loin de l'opression des blancs.

  Plusieurs individus, disciples ou personalités afférents au garveyisme allaient par la suite organiser les premières communautés et édifier les bases du courant Rastafari : Leonard Percival Howell (concidéré comme le Premier Rasta), Ferdinand Rickett, Vernal Davis, Paul Earlington, Robert Hinds, Archibald Dunkley, Joseph Nathaniel Hibbert... Mais ceci est une autre histoire...

 

 

 

 

 

 

_________

Notes :

(1) Paul Henze, Histoire de l'Ethiopie, Paris, éditions Moulins du Pont/Les Nouvelles d'Addis, 2004.

(2) Gontran de Juniac, Le dernier Roi des Rois. L'Ethiopie de Haïlé Sélassié, Paris, L'Harmattan, 1994 (1ère éd. 1979). De Juniac cite dans son ouvrage Pétridès, Le Livre d'or de la dynastie salomonienne ( Plon, 1964) que je nous n'avons pu consulter mais qui nous semblait juste de citer.

(3) Dans le prolongement du Great Revival (Réveil religieux) des années 1860, une multitude de sectes et de shismes para-chrétiens  étaient apparus: ces cultes revivaliste combinent des éléments hérités des traditions africaines et de la religion protestante ( Kumina, Pukumina, Culte Bongo, le Myalisme). Le détournement de la religion officielle se se conçoit comme une nécessité de s'affranchir, comme une arme anticolonialiste qui provoqua la plupart des révoltes jamaïquaines telles celles de Sam Sharp en 1831 et de Paul Bogles à Morant Bay en 1865 ( ces deux Héros de l'histoire jamïquaine étaient deux prêtre baptiste). Le caurant Rastafari s'inscrit dans cette même perspective...

(4) La datation de cette prophétie s'avére des plus incertaines : 1916, 1927 ou bien 1929...Il existe une controverse quant à l'origine de cette prophétie. Certains historiens du mouvement Rastafari l'attribuent au révérend James Morriss Webb, un garveyiste (qui aurait annoncé la "grande nouvelle" au cours d'un meeting, en 1924) auteur du livre A black man will be the coming King, Proven by biblical history (1919).Certains écrits protorastas semblent anticiper l'avènement de Ras Tafari : Royal parchment sroll of bklack supremacy du révérend Fitz Balintine Pettersburgh (1926) et The Holy Piby de Robert  Atlhyi Rogers '1924), fondateur de l'Afro-Athlican Constructive Gaathlyi Church. cette "Bible de l'homme noir" est introduite en Jamaïque en 1925 par le révérend Charles F.Goodridge et Grâce Jenkins Garrisson (The Hamitic Church). Ces textes constituent les prolégomènes du mouvement Rastafari (Boris Lutanie, Introduction au mouvement rastafari, L'esprit frappeur, Paris, 2000).

Earthday

Le 23 juillet 1892, à Egessa Gourou, district d'Errer, dans la province de Harrar, Woizero Yeshimabet met au monde un fils appelé Lij Tafari Makonnen. Tafari est l'arrière-petit-fils de Sahle Sélassié de Shewa et le fils de Ras Makonnen, conseiller principal de l'Empereur Ménélik II (1844-1913), fils de Johannès IV et vainqueur des troupes italiennes à la bataille d'Adoua le 1er mars 1896, date symbole de la naissance du premier état-nation africain. Il serait le 225ème successeur de la lignée de Salomon, roi d'Israël, et de Makeda, Reine de Saba, dynastie qui aurait vu le jour il y a trois mille ans. A sa descendance serait due la création du Royaume d'origine sabéenne qui eut, pour centre, la ville d'Axoum, et s'étendit de la mer rouge aux confins du Soudan.

 

 En Ethiopie il est usage que la mère donne au nouveau né son nom usuel. Ce "nom de mère" ou "nom d'amour" peut exprimer les sentiments que l'accouchée a éprouvé au moment de la délivrance, ou le souvenir qu'elle garde de sa grossesse : formuler des voeux pour l'enfant, présager de son caractère ou de son destin, le confier à Dieu ou à des Saints. Woizero Yeshimabet appelle son fils Tafari, signifiant "Il sera craint". Mais ce nom est resté secret jusqu'au jour du baptême qui eût lieu quarante jours après la naissance. Il revient ainsi à la mère le choix du vocable gardien de l'identité de l'individu. Seule la mère a le privilège de connaître son nom jusqu'au moment où l'enfant entre dans la communauté chrétienne. Il se crée ainsi entre la mère et l'enfant un nouveau lien exclusif qui selon les termes du diplomate Gontran de Juniac (auteur de Le dernier Roi des Rois, Ed. L'Harmattan) ne relèverait seulement de la magie que si l'on nie le pouvoir des mots et des mystères.

 

 Il a treize ans en 1905, lorsque son oncle Ménélik II, impressionné par ses capacités intellectuelles, lui donne rapidement des responsabilités en lui confiant out d'abord la gouvernance  de Sidamo et des provinces de Harer. Il suit une politique progressiste, visant à casser le pouvoir féodal de la noblesse locale en augmentant l'autorité du gouvernement. En 1911, il se marie à Woïzero Menen Asfaw, fille de Jantirar Asfaw d'Ambassel  et petite-fille maternelle du Ras Mikael du Wollo et arrière-petite-fille de  Menelik II. Le futur Empereur Hailé Sélassié et l'Impératrice Menen auront six enfants : La Princesse Tenagnework, le Prince couronné Asfaw Wossen, la Princesse Tsehay, la Princesse Zenebeworq, le Prince Makonnen duc de Harrar, et le Prince Sahle Sélassié [il avait également une fille d'un ancien mariage, la Princesse Romaneworq].

 

 Sa volonté de fer, sa passion pour l’étude (il a été élève des missionnaires français) l’aident à surmonter les difficultés que lui suscite son cousin Lidj Iyassou. Né le 3 février 1898 à Tanta dans le Warra-Himeno, fils du Ras Mikael et de Chawaregga (fille de Menelik), Lidj Iyassou monte sur le trône à la mort de Ménélik II en 1913. Voyant en Zaoditou, née le 29 avril 1876 à Anouari et fille aînée de Ménélik et de Woizero Abitchouune , une menace pour l'exercice de son pouvoir, il la contraint à l'exil avec son mari. En 1914, on songe à le faire couronner mais le Fetha-Nagast (la Justice des Rois) ne le permet pas, puisqu'il n'a pas atteint 18 ans. Pendant la première guerre mondiale, Iyassou invite à Harar, Mazhar Bey le consul général de Turquie, à s'installer à Addis Abeba. Cela révèle un penchant du prince éthiopien pour la Turquie. D'autre part, Iyassou avait eu un précepteur allemand et son compagnon le plus intime, Tessema Echeté, était germanophone, d'où le rapprochement d'Iyassou avec la Triplice.

Il se marie d'abord avec Romanework Mengesha, la petite fille de Empereur Yohannes IV et nièce de Taïtu, ensuite il épouse  Seble Wongel Hailu, petite fille du Negus Tekle Haymanot du Godjam. Il semblerait cependant que Iyassou ait eu au moins 13 maîtresses et un nombre incertain d'enfants, tous prétendants au trône. Sa seule fille légitime est Imebet-Hoi Alem Tsehai Iyasu, née de la relation avec sa seconde femme. Lidj Iyassou est aussi très proche de l'Islam. Un certain nombre de ses maîtresses étaient musulmanes... Ceci contrarie énormément la noblesse du Shoa et surtout l'Église Orthodoxe Éthiopienne, craignant que le pays ne se convertisse. Une crainte renforcée lorsque Fitaourari Tekla Hawariat entendit Iyassou dire: "Si je ne fais pas de ce pays un pays musulman, je ne suis pas Iyassou !". A côté de son engouement pour le vin, la musique, les femmes et l'Islam les historiens actuels veulent reconnaître en lui un souverain moderne qui tenta d'introduire des innovations politiques et administratives d'avant-garde. Cette tentative de réhabilitation met à l'actif d'Iyassou : l'attriubtion aux jeunes intellectuels de responsabilités jusque-là réservées aux vétérans; l'opposition à la politique des zones d'influence, notamment à l'accord Tripartite de 1908 et à celui du 9 mars 1906; sa politique anticolonialiste que concrétisent l'assistance au mouvement indépendantiste du Mullah Mohammed Abdullé Hassan et son rapprochement avec les balabbat somali et afar; la volonté de donner à ses sujets musulmans le droit de se sentir membres à part entière de l'unité éthiopienne dans la diversité des confessions religieuses.

 

 Grâce à un coup d'état, le 27 septembre 1916, Zaoditou détrône, avec l'aide du clergé et de l'aristocratie, Lidj Iyassou et reçoit le titre de Negiste Negest (Reine des Rois). Elle est secondée dans sa tâche par le jeune Ras Tafari Makonnen, nommé prince régent et héritier du trône. Le couronnement de Zaoditou a lieu le 11 février 1917.

 

 Le début de son règne est marqué par la guerre avec Iyassou. Finalement capturé après 5 années par le Dejazmach Gugsa Araya, Zaouditou demande à ce qu'on le garde dans le palais, mais le Ras Tafari et le Fitaourari Hapte Gyorgis s'y oppposent fermement. Elle abandonne et réserve à Iyassou un traitement de faveur en le gardant à Sellale. Sa mort sera annoncée en mars 1936. 

 

 Considérant que "l’Éthiopie a reçu l’évangile du Christ en même temps que les nations d’Occident", le prince héritier plaide à Genève, en 1923, la cause de son pays. Il y déclare que "si les hasards de la géographie et de l’histoire l’ont isolé du monde occidental pendant des siècles, il est cependant sensible à ses valeurs et entend remplir les mêmes devoirs à l’égard de la communauté internationale". Il obtient ainsi l’admission de l’Éthiopie à la Société des Nations et décide d’y abolir l’esclavage en 1924. En se rendant à Rome, Paris et Londres, il devient le premier dirigeant éthiopien à se rendre à l'étranger. Alors que l'Ethiopie connait de grandes évolutions, un fossé se creuse entre Zaoditou et Tafari. En effet, soutenue par l'église elle était une conservatrice et favorisait la préservation des traditions éthiopiennes. Alors que le Ras Tafari, aidé par les jeunes nobles, préfére la modernisation du pays et explique la nécessité de s'ouvrir au monde. Ce dernier qui contrôle une grande partie du gouvernement éthiopien reçoit le titre de Negus (Roi) le 7 octobre 1928. En 1930, le mari de Zaoditou Gugsa Welle lance une rébellion contre Tafari Mekonnen dans l'espoir de l'écarter définitivement de sa place de régent , mais il se fait battre et tuer à la bataille de Anchem le 31 mars 1930 contre l'armée moderne du Negus. Deux jours plus tard, le 2 avril 1930, Zaoditou meurt pour des raisons encore incertaines.

 

 Le 2 novembre 1930 Tafari est couronné Negussa Negast (Roi des Rois) sous le nom de Hailé Selassié signifiant Puissance de la Trinité (nom chrétien qui lui avait été donné à son baptème et qui ne devait être employé qu'à l'église), Empereur d'Ethiopie, Elu de Dieu, avec les titres de Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lion Conquérant de la tribu de Judah.

 Le couronnement du jeune Roi chrétien avec son titre biblique est donc plus qu'une occasion séculière. Pour les chômeurs , les pauvres de la Jamaïque et les  Garveyites, ceci vient comme un révélation de Dieu car on se souvient de la prophécie de Marcus Garvey qu'il aurait prononcé en 1916 (1) :"Regardez vers l'Afrique. Un roi noir sera couronné. Il sera le rédempteur ". Un Roi noir venant d'être couroné en Afrique, la délivrance ne devait plus tarder. Chez ces gens profondément religieux, mais aussi supersticieux, prêts à s'abandonner à des fantasmes messianiques et miraculeux, l'idée se répendit rapidement que Hailé Sélassié I était vraiment un Dieu descendu sur Terre pour délivrer et conduire les enfants noirs d'Israel hors de Babylone, c'est-à-dire loin de l'opression des blancs.  Mais ceci est une autre histoire...

 

_________

Notes :

(1) La datation de cette prophétie s'avére des plus incertaines : 1916, 1927 ou bien 1929. Il existe une controverse quant à l'origine de cette prophétie. Certains historiens du mouvement Rastafari l'attribuent au révérend James Morriss Webb, un garveyiste (qui aurait annoncé la "grande nouvelle" au cours d'un meeting, en 1924) auteur du livre A black man will be the coming King, Proven by biblical history (1919). Certains écrits protorastas semblent anticiper l'avènement de Ras Tafari : Royal parchment sroll of bklack supremacy du révérend Fitz Balintine Pettersburgh (1926) et The Holy Piby de Robert  Atlhyi Rogers '1924), fondateur de l'Afro-Athlican Constructive Gaathlyi Church. cette "Bible de l'homme noir" est introduite en Jamaïque en 1925 par le révérend Charles F.Goodridge et Grâce Jenkins Garrisson (The Hamitic Church). Ces textes constituent les prolégomènes du mouvement Rastafari (Boris Lutanie, Introduction au mouvement rastafari, L'esprit frappeur, Paris, 2000).  

 

Une chronologie : 1010 av. JC - 2007

Rasta is an inborn concept...

 

 Il n'est pas aisé de résumer l'histoire du Mouvement Rastafari par une série (aussi longue soit-elle) de dates juxtaposées. Cette succession chronologique permet toutefois de préciser certaines dates repères, charnières et majeures qui ont marqué le destin de cette communauté. La datation de certains évènements se révèle parfois approximative et sujette à caution.

 

 

1010-970 av. JC : Règne du Roi David.

 

970 - 931 av. JC : Règne du Roi Salomon. Selon la tradition livresque éthiopienne (le Kebra Negast), Haïlé Sélassié s'inscrit dans la légendaire lignée salomonique en étant le 225ème descendant.

 

586 av. JC : Nabuchodonosor s'empare de Jérusalem. Déportation des Judéens à Babylone.

 

500 av. JC : Naissance du royaume d'Axoum.

 

335 : Conversion de l'Ethiopie au christianisme par Ezana, roi d'Axoum .

 

480 : Le christianisme éthiopien adopte le monophysisme et le monachisme copte.

 

640 : L'invasion islamique dans la vallée du Nil isole l'église d'Ethiopie du reste de la chrétienté.

 

4 mai 1494 : Christophe Colomb découvre la Jamaïque.

 

1503-1611 : en à peine un siècle, le peuple Arawak (population originelle de la Jamaïque) subit un terrible génocide. En rupture de main d'oeuvre, les grands empires, à l'instar de l'Espagne, entreprennent la déportation massive de populations africaines vers les Caraïbes.

 

1655 : La Jamaïque passe définitivement sous le joug anglais.

 

1655-1734 : Les nègres marrons résistent au pouvoir colonial.

 

1784 : Introduction de l'éthiopisme en Jamaïque : le pasteur George Liele fonde l'Ethiopian Baptiste Church.

 

1807 : Malgré l'abolition officielle de la traite négrière, l'esclavage perdure en Jamaïque.

 

1816 : Retour en Afrique : Paul Cuffee parvient à rapatrier 38 noirs en Sierra Leone.

 

1831 : Révolte d'esclaves sous la férule de Sam Sharpe.

 

1er août 1838 : Abolition effective de l'esclavage en Jamaïque.

 

1845 : Des travailleurs indiens (Inde) émigrent à la Jamaïque. Ils seraient à l'origine de l'apparition de l' en Jamaïque.

 

1860 : Great Revival - le grand réveil religieux. Ce renouveau religieux se traduit par l'émergence d'une multitude de nouveaux cultes et autres sectes en Jamaïque.

 

1er octobre 1865 : Révolte de Morant Bay dirigée par William Gordon et Paul Bogle.

 

17 août 1887 : Naissance de Marcus Mosiah Garvey, dit le Moïse Noir.

 

1889 : Ménélik II accède au trône en Ethiopie.

 

23 juillet 1892 : Naissance de Tafari Makonnen.

 

1896 : Victoire des guerriers abyssins contre l'armée italienne à la bataille d'Adoua.

 

16 juin 1898 : Naissance de Leonard Percival Howell à May Crawle, considéré comme le fondateur du mouvement Rastafari.

 

1913 : Mort de l'empereur Ménélik II.

 

1914 : Création de l'U.N.I.A (Universal Negro Improvement Association) - Association Universelle pour le Progrès des Noirs .

 

1916 : Selon  certains témoignages, Marcus Mosiah Garvey aurait prononcé les paroles suivantes : "Regardez vers l'Afrique : un roi noir sera couronné. Il sera le rédempteur".

 

1919 : Parution d'un livre considéré comme prophétique : A black man will be the coming king, proven by biblical history du Révérend garveyite James Morriss Webb.

 

1921 : Suite à une marche collective, le prédicateur Alexander Bedward (considéré par certains historiens comme l'un des précurseurs du mouvement Rastafari) est emprisonné.

 

1924 : Publication du livre de Robert Athlyi Rogers The Holy Piby, texte fondateur du mouvement Rastafari.

 

1925 : apogée de l'UNIA.

           : Dans le prolongement épigonal d'Athlyi, Le Révérend Charles F. Goodridge (de la Barbade) et Grace Jenkins Garrison fondent une nouvelle église en Jamaïque : The Hamitic Chuch.

           : Condamné pour fraude fiscale à deux ans de prison, Garvey est incarcéré au pénitencier fédéral d'Atlanta, USA.

 

1926 : Publication en Jamaïque d'un texte proto-rasta, Royal Parchment Scroll of Black Supremacy du Reverend Fitz Balintine Pettersburgh.

 

7 octobre 1928 : Ras Tafari est sacré Négus (Roi).

 

1930 : Ras Tafari est couronné empereur d'Ethiopie et prend le nom d'Haïlé Sélassié Ier. Le Mouvement Rastafari est né.

 

1932 : Howell commence à propager la doctrine Rastafari. Hibbert, Dunkley, Hinds et Howell diffusent La grande nouvelle.

 

1934 : Arrestation de Leonard Howell et de son bras droit Robert Hinds.

 

3 octobre 1935 : Début du conflit italo-éthiopien. Les troupes de Mussolini envahissent l'Ethiopie.

 

7 décembre 1935 : Un article du Jamaica Times évoque l'existence du mouvement Nyabinghi.

 

1935 : Leonard Howell publie, sous le pseudonyme de G. G. Maragh, The Promised Key.

 

1936 : Exil d'Haïlé Sélassié en Grande-Bretagne. Le Négus reçoit un soutien considérable de la part de la diaspora noire.

 

1937 : Création de l'E.W.F. (Ethiopian World Federation Inc).

 

1938 : Grèves et émeutes se multiplient en Jamaïque.

 

10 juin 1940 : Décès de Marcus Garvey à Londres.

 

1940 : Howell fonde l'Ethiopian Salvation Society.

 

1941 : Retour triomphal de l'Empereur en Ethiopie.

 

6 février 1945 : Naissance de Nesta Robert Marley.

 

1949 : Ras Boanerges et ses pairs fondent la Youth Black Faith.

 

1954 : Un vaste raid policier dévaste définitivement la Communauté du Pinnacle, dirigée par Howell. Le mouvement prend cependant de l'ampleur dans plusieurs ghettos de Kingston.

 

1955 : L'Empereur éthiopien accorde une concession territoriale à la diaspora noire : Shashamane dans la vallée de Goba. De nombreuses familles rastas y vivent actuellement.

 

1958 : Prince Emmanuel Charles Edwards convoque la première convention Nyabinghi.

           : Haïlé Sélassié affranchit l'église éthiopienne de la tutelle du patriarcat copte d'Alexandrie. L'Eglise orthodoxe éthiopienne devient autocéphale.

 

1959 : Le révérend Claudius Henry annonce l'heure du rapatriement.

 

1961 : Des chercheurs de l'université des West Indies effectuent un rapport sur le mouvement Rastafari.

          : Première Mission to Africa : une délégation de rastas et d'officiels jamaïcains entreprend une tournée transafricaine pour étudier les possibilités d'un éventuel retour en Afrique.

          : Ras Sam Brown fonde le Black Man's Party et se présente aux élections, en dépit du désaccord de nombreux natty dreads.

 

6 août 1962 : la Jamaïque est officiellement déclarée indépendante.

 

Avril 1963 : événements sanglants de Coral Gardens, s'ensuit une violente répression policière.

 

25 mai 1963 : Création de l'O.U.A. (Organisation de l'Unité Africaine) à Addis-Abeba.

 

1964 : Sur ordre du gouvernement, les camps de Back-O-Wall à Kingston sont rasés par les bulldozers.

 

1965 : Deuxième Mission to Africa .

 

1966 : Grounation Day - visite officielle de Haïlé Sélassié en Jamaïque. Des milliers de rastas se réunissent à l'aéroport de Kingston pour accueillir le Roi des Rois.

           : Après le départ de l?Empereur, les camps de Ras Sam Brown et de Prince Emmanuel sont détruits.

 

1967 : Victoire du J.L.P. (Jamaican Labour Party) aux élections.

 

1968 : Dr Vernon Carrington dit « Prophet Gad » fonde les Douze Tribus d'Israël, une des tendances rastas les plus influentes. Bob Marley s'y joindra en 1969

 

12 septembre 1974 : Révolution en Ethiopie conduisant à la déposition de l'Empereur.

 

27 août 1975 : Date officielle du décès d'Haïlé Sélassié Ier. Le Derg s'installe au pouvoir.

 

1976 : Des aînés nyahbinghi fondent le Haile Selassie I Theocracy Government à Bull Bay -sorte de conseil des anciens.

 

1981 : Décès de Leonard Howell, le premier rasta et de Bob Marley, celui qui aura le plus contribué à la diffusion internationale de l'esprit Rastafari et du Reggae.

 

1983 : Le fils aîné de l'Empereur, le Prince Asfa Wossen fonde en Angleterre une nouvelle organisation rastafarienne : l'I.E.W.F. (Imperial Ethiopian World Federation). [Lors des années 90, l'IEWF se présentera à plusieurs reprises aux élections en Jamaïque]

 

1984 : Les Falashas (juifs noirs d'Ethiopie) émigrent massivement en Israël. Pour certains, les Falashas sont les descendants des Lévites ayant accompagné le déplacement de l'Arche par Ménélik I en Ethiopie.

 

1985 : Handsworth Revolution !. En Angleterre, les forces de l'ordre s'affrontent à la communauté caraïbéenne et aux rastas.

 

1986 : Un rasta du nom d'Enerva Trotman est élu pour la première fois à la chambre parlementaire de la Guyane Anglaise.

 

1992 : De vastes rassemblements rastas fêtent le centenaire de la naissance d'Haïlé Sélassié.

 

14 novembre 1996 : Le Conseil économique et social des Nations Unies reconnaît l'International Rastafarian Development Society comme une organisation non-gouvernementale.

                                   : en décembre de la mêmeannée le sociologue rasta Denis Forsythe est accusé de possession et consommation d', c'est le  début d'une saga juridique. Une  conférence internationale rastafarienne est organisée aux Barbades.

 

1999 : Un jugement sans précédent judiciaire pour les partisans du slogan Legalize it : Inculpé en 1991 pour détention illégale de cannabis, Ras Iyah Ben (de son vrai nom Benny Toves Guerrero est relaxé des charges qui pèsent contre lui. La Cour suprême de Guam (USA) ayant reconnu l'usage sacramentel du cannabis, l'arrestation du prévenu constituant dès lors une violation du premier amendement de la Constitution garantissant la liberté de conscience et de religion.

           : Kaya, le père du seggae mauricien est assassiné dans sa cellule après avoir été arrêté par la police pour possession de ganja.

 

2001 : Décès des elders Ras Pidow et Bongo Time, dépositaires de la mémoire du mouvement

 

2002 : De nombreuses rencontres et conférences internationales visent à l'unification du Mouvement Rastafari.

 

2 novembre 2007 : Inauguration de la première exposition mondiale et  officielle organisée dans un musée national consacrée au Mouvement Rastafari. Discovering Rastafari au Muséum national d’histoire naturelle de Washington, DC se poursuit jusqu'en 2012.

 

Le calendrier éthiopien

Le vendredi 11 septembre 2009  l'Ethiopie entrait dans une nouvelle année, la 2002ème pour être précis. A la différence de notre calendrier dit grégorien, l'Éthiopie se réfère au calendier julien et ainsi n'est entarée dans le 3ème millénaire seulement l'année dernière, évènement qui fut l'occasion de grandes festivités débutées dès le mois de juin précédent...

 

L'Église copte Éthiopienne adopte le calendrier alexandrin qui, basé sur les vieux calendriers phraoniques, prend sa forme définitive au 1er siècle de notre ère. L'année y débute le 1er Thoth (29 août), compte 12 mois de 30 jours et un reliquat de 5 ou 6 jours supplémentaires ces derniers formant un 13éme mini mois. La durée moyenne de l’année étant la même que celle du calendrier grégorien (365,25 jours), c'est au niveau au de la définition du Zéro chronologique que cela se complique ! 

Alors que l’Église d’Éthiopie fait commencer sa chronologie 284 années avant la nôtre, prenant pour début l’ère de Dioclétien (ou des Martyrs de Dioclétien), le calendrier civil éthiopien (celui qui nous intéresse aujourd'hui issu directement de ce premier), prend pour commencement l’ère de Denys le Petit reculant ainsi la naissance du Christ de 7 ou 8 ans par rapport notre Zéro immuable... Dès lors l'année se décline ainsi en commençant le 11 septembre :

 

MEUSKEUREUM : septembre-octobre

TEQEMT : octobre-novembre

HEDAR : novembre-décembre

TAHSAS : décembre-janvier

TER : janvier-février

YEKABIT : février-mars

MEGABIT : mars-avril

MIYAZYA : avril-mai

GENBOT : mai- juin

SENE: juin-juillet

HAMLE : juillet-août

NAHASE : août-septembre

PAGUEMEN : mois de 5 ou 6 jours selon les années bissextiles.

 

Les Douze Tribus d'Israel

Fondée en 1968 par Vernon"Gad"Carrington, les Douze Tribus d'Israël occupent une place singulière au sein de la communauté et du mouvement Rasta. The Twelve Tribes of Israel s'apparentent non seulement à une tendance rastafari parmi les autres, mais il s'agit aussi d'une organisation extrêmement structurée et hiérarchisée.

 

Les Douze Tribus se sont nanties de nombreuses antennes internationales et comptent des milliers de membres. Mais ce qui les distingue le plus significativement des autres appartenances rastafari réside dans son orientation résolument chrétienne. Christianisme Rasta ou Rastafari chrétien, il est difficile de le définir avec certitude. La doctrine élaborée par le "Docteur" Vernon Carrington semble avoir sensiblement évolué au gré des années et des évènements passés. Il convient de lire la Bible "a chapter a day" : à ce rythme là, il vous faudra trois années et demie de lecture attentive et acidues avant d'achever le volumineux ouvrage.

Particularité : l'organisation se veut ouverte à tous, quelle que soit l'origine raciale et sociale de ceux qui désirent la rejoindre. Dans cette perspective, l'égalité entre les sexes est de rigueur. Chaque membre doit régulièrement verser une cotisation. Ils appartiennent, pour la plupart, à la classe moyenne et certains rastafas se défient parfois de ces "uptown rastas".

D'autre part, le port des dreadlocks, l'alimentation Ital, la consommation de ganja ne sont érigés en dogme, ce sont des options facultatives auxquelles chacun est libre de souscrire. Pour Vernon Carrington (a.k.a Brother Gad ou Prophet Gad), Rastafari "is not a hair doctrine" et lui même ne portait pas de locks.

 

Saisir les tenants et les aboutissants de l'édifice théologique des Douze Tribus n'est pas une mince affaire : références bibliques omniprésentes, ésotérisme chrétien, numérologie et astrologie. Ici pas d'horoscope ni thème astral : l'astrologie zodiacale est jugée "babylonienne". Aux douze signes du Zodiaque sumérien, Prophète Gad a substitué les noms des 12 fils de Jacob : (Ruben, Siméon, Lévi...), chacun représentant une tribu. Chaque appartenance tribale est définie par le mois de naissance. Là encore, Dr Carrington a opté pour un ancien calendrier égyptien commençant par le mois d'avril. En fonction de votre mois de naissance, vous représentez une tribu, impliquant diverses déterminations : couleur symbolique, partie du corps, fonction tribale et un apôtre. Ce réseau d'associations et de correspondances reste, au demeurant, assez sibyllin. Sur ce point, Prophet Gad se montre assez évasif : ce système d'analogies lui serait apparu au cours d'une "vision".

 

Nom tribal |Mois de naissance / Couleur tribale / Partie du corps / Fonction tribale /Apôtre

 

Nephtali | janvier / vert / les genoux / l'amour / Jean

Joseph | février / blanc / les mollets / l'imagination / Barthélemy

Benjamin | mars / noir / les pieds / l'élimination / Simon le Zélote

Ruben | avril / argent / les yeux / la force / André

Siméon | mai / or / les oreilles / la foi / Pierre

Lévi | juin / violet / le nez / la volonté /Matthieu

Juda | juillet / marron / la bouche et le coeur/ la prière /Juda

Issachar | août / jaune / la main / le zèle / Thaddée

Zabulon |septembre / rose / le ventre / l'ordre et la compassion / Jacques fils d'Alphée

Dan | octobre / bleu / le dos / le jugement / Jacques fils de Zébédée

Gad | novembre / rouge / les organes / reproducteur et pouvoir / Philippe

Asher | décembre / gris / les cuisses/ la compréhension / Thomas

 

 

 

Les Boyadjian, photographes à la cours du Négus

Sur cette photographie du début des années 1920, le collier et le ruban de la reine de Saba, rajoutés par Haigaz Boyadjian, sont antérieurs à 1930 — date à laquelle ils ont été modifiés par l'Empereur. Le collier est ici composé d'une alternance de ZM (pour Zawditu et Ménélik), de lions de Juda et de croix de Malte. Sur l'épaule gauche du Ras, on distingue la croix de la Légion d'honneur.

Bédros Boyadjian, Le négus Mikaël, 1915.

Collection Abebe Berhanu, Addis-Abeba.

Portrait du négus Mikaël, en habit d'intérieur, dans son palais de Dessié (province du Wollo).

Tony Boyadjan

Paysan du Sidamo 1960-1970.

Collection Abebe Berhanu, Addis-Abeba.

Paysan du Sidamo (Éthiopie méridionale) se rendant au marché pour vendre son ballot de grains.

Tony Boyadjian (?)

La famille Begachaw

avant 1960.

Collection Abebe Berhanu, Addis-Abeba.

 Au second rang : Ato Begachaw (à droite) et son fils Tesfayé (à gauche). Au centre, Ahadou Sabouré, journaliste et ambassadeur d'Éthiopie à Djibouti ; après avoir été emprisonné par le Derg, il vit aujourd'hui en Californie. Au premier rang : Mme Begachaw (au centre) et Mme Tesfayé (à gauche).

Les Boyadjian, photographes à la cours du Négus

 

L'Hotel de Sully au Jeu de Paume (Paris) accueillait entre le 19 juin et le 2 septembre 2007, une extraordinaire exposition composée d'objets, de textes et de photographies, mettant en relief le destin singulier d'une famille arménienne, les Boyadjian, photographes officiels du Haile Selassie sur plusieurs générations et témoins privilégiés de la vie de la communauté arménienne en Éthiopie au XXe siècle. 

 

  Le docteur Abebe Berhanu, historien éthiopien, professeur à l'Université d'Addis-Abeba et ami proche de la famille Boyadjian, commissaire de cette exposition qui s'inscrivait dans le cadre "d'Arménie mon amie", Année de l'Arménie en France avec le soutien de la Fondation Léa et Napoléon Bullukian, présentait ici des archives inédites, négatifs et tirages d'époque. L'exposition offrait un aperçu de la relation durable entre des communautés issues de deux vastes régions du monde, l'Afrique et le Moyen-Orient, très tôt solidarisées par leur appartenance à des églises chrétiennes monophysites. Elle s'inscrivait dans une double histoire, celle de l'Éthiopie, rare pays d'Afrique à avoir échappé à la colonisation des pays européens, et celle de l'Arménie, une des plus anciennes civilisations au monde. Les persécutions dont ont été victimes les Arméniens à partir de 1909 ont généré une importante diaspora dans les pays d'Europe, mais aussi dans les pays arabes du Proche-Orient jusqu'en Irak, en Afrique, en Amérique et en Asie centrale. Les Arméniens y ont transféré les savoir-faire techniques développés dans l'Empire ottoman et en particulier la photographie, qui n'est pour eux frappée d'aucun interdit religieux, et l'on trouve des photographes arméniens dans le monde entier. Les premiers Arméniens sont arrivés vers 1870, sous le règne de Ménélik II (1844-1913), et leur immigration s'est développée jusqu'au début des années 1930. Avec l'occupation italienne, les Arméniens d'Éthiopie ont commencé à émigrer et, en 1974, au moment de la révolution qui met fin au règne de Son H.I.M. Haile Selassie, l'essentiel de la communauté a quitté le pays. Elle ne compte plus aujourd'hui qu'une centaine de membres.

 

  En Afrique, la photographie est utilisée dès le XIXème siècle mais est restée, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, un outil essentiellement occidental, utilisé par les explorateurs, les chercheurs, les militaires puis les colons européens. Des Italiens comme l'architecte Giacomo Naretti, ou un certain Hénon qui serait l'auteur du plus ancien portrait de Ménélik II, réalisé vers 1888, ont ainsi été les premiers à pratiquer la photographie en Éthiopie. Ce n'est qu'en 1905 qu'un photographe professionnel d'origine arménienne s'installe à Addis-Abeba, la capitale : il s'agit de Bédros Boyadjian qui, un an plus tard, est nommé photographe officiel de la cour impériale par Ménélik II. Lorsque Bédros meurt, en 1928, quasiment ruiné après la chute de Lidj Yasou le successeur de Ménélik en 1916, son fils Haigaz lui succède. Le studio connaît alors une période de prospérité, grâce en particulier à l'usage de la photographie sur les papiers d'identité. Haigaz diversifie les activités du studio en ouvrant un cinéma, qui est détruit lors d'un incendie en 1936, année de sa mort. Son frère cadet, Tony, devenu à la fin des années 1920 le photographe de cour de Ras Tafari, futur empereur Haïle Selassie, reprend l'affaire familiale, assisté de sa sœur Dicky. Le style des portraits officiels réalisés par les Boyadjian varie peu avec les générations. Certains ont même été pris par le père puis retravaillés par l'un des fils ; ces photomontages ont souvent une finalité politique.

 

Simples instantanés de la vie privée, les photographies des membres de la famille Boyadjian ressemblent aux images des albums familiaux de la même époque. Qu'il s'agisse de portraits, dont certains ont été coloriés à la main par Dicky Boyadjian, des mises en scène ou des instantanés (comme ceux des excursions au lac Tana), la famille Boyadjian  n'exhibe aucun signe de son appartenance à la société éthiopienne. À l'instar des Occidentaux vivant alors en Afrique, les vêtements, les accessoires, les attitudes et les codes qui régissent les compositions les assimilent à la bourgeoisie européenne.

Une partie de l'exposition était consacrée aux photographies officielles de la cour et aux reportages sur les déplacements du Négus réalisés par Tony. Le Ras Tafari, couronné empereur sous le nom d'Haile Selassie Ier en 1930, s'est imposé en personnage quasi mythique : descendant de Ménélik II né selon la tradition des amours du roi Salomon et de la reine de Saba —, artisan, à la suite de Ménélik II, de la modernisation de l'Éthiopie, il est devenu à son corps défendant la figure tutélaire du mouvement Rastafari.

 

Les portraits de l'Empereur et de son entourage obéissent aux codes traditionnels de représentation du pouvoir : la pose, le décor, les informations communiquées par l'image sont décidés par les usages et se réfèrent en grande partie à la culture européenne, la photographie étant une technique de représentation "importée". Le recours au photomontage vient renforcer l'image du pouvoir. Sur le portrait réalisé par Haigaz Boyadjian en 1930 à l'occasion du couronnement de l'Empereur, la croix copte qui surmonte la couronne a ainsi été placée de face, de manière à affirmer le soutien d'Hailé Sélassié à la chrétienté. Si le pouvoir n'a pas utilisé ces images à des fins de propagande, certaines, reproduites sur des timbres, des médailles ou des cartes postales, ont néanmoins connu une large diffusion. 

 

  Les deux dernières parties de l'exposition étaient consacrées aux images de la vie de chaque communauté. On y voit des célébrations religieuses arméniennes, mariages et funérailles, des cérémonies officielles comme celle de la consécration des évêques de l'Église éthiopienne en 1947. On y retrouve les images et les poses occidentales de l'époque, auxquelles se plient les Arméniens, mais aussi les Éthiopiens aisés comme ces deux femmes aux coiffures africaines, sans doute voisines des Boyadjian, dont les vêtements dénotent l'influence de la mode occidentale sans s'y conformer. Quelque chose résiste, dans cette image comme dans d'autres, au nivellement de la singularité des personnes prises dans le cadre d'un studio. La beauté hiératique des deux femmes, la rectitude de leurs postures, renvoie également à l'imagerie des fresques et des tissus coptes, à l'Égypte ancienne où l'histoire occidentale de la représentation prend ses sources et stigmatise ainsi la persistance, au travers de la technique la plus sophistiquée de la modernité, de formes plus archaïques.

  

  Enfin, une dizaine de films courts réalisés par Tony Boyadjian complètaient l'exposition. Ils documentaient quelques moments de la vie d'Addis-Abeba, depuis l'enterrement du fils d'Haile Selassie en 1957, aux liesses de la réception de Abebe Bikila, le fameux vainqueur aux pieds nus du marathon aux jeux Olympiques de Rome en 1960, et de Mamo Wolde, autre champion de course à pied, tous deux membres de la garde impériale.

 

  Notez que beaucoup de photos de la famille Boyadjian sont reproduite dans le superbe ouvrage de Denis Gérard Ras Tafari – Haïlé Sélassié : Visages du dernier empereur d’Ethiopie aux éditions L’Archange Minotaure, dans la collection Aux Abyssinies.

 

 

________

REPERES CHRONOLOGIQUES - en italique concerne la diaspora arménienne en Ethiopie.

 

Vers 1875 premiers éléments arméniens à Harar ; Boghos Markarian et Dikran Ebeyan passent du service de l'empereur Yohannès à celui de Ménélik, roi du Choa.

1886 :  le roi du Choa, Ménélik, et Taitu fondent Addis-Abeba

1887 :  Ménélik occupe Harar et en nomme le ras Makonnen gouverneur

           : Sarkis Terzian entre au service du ras Makonnen ; il devient par la suite un important fournisseur d'armes de Ménélik

1888-1891 :  Arthur Rimbaud à Harar

1889 : Ménélik II empereur

1894-1896 : grands massacres d'Arméniens en Turquie ; de nouvelles familles s'installent à Harar où résident une cinquantaine d'Arméniens

1896 : victoire éthiopienne d'Adoua contre les Italiens

1897-1902 : construction du chemin de fer éthiopien de Djibouti à Diré Daoua

1909 : massacres d'Adana.

1913 : date officielle de la mort de Ménélik.

        : ouverture d'un cimetière arménien à Addis-Abeba.

1915  : début du génocide des Arméniens de l'Empire ottoman ; seconde phase de l'immigration arménienne en Éthiopie.

1916 : le successeur de Ménélik, Lidj Yasou, est renversé.

1917 : le chemin de fer éthiopien atteint Addis-Abeba.

1924 : voyage du ras Tafari en Europe et à Jérusalem. l'Éthiopie entre à la Société des Nations.

          : arrivée de la Fanfare royale des Quarante Enfants en Éthiopie.

1930 : couronnement impérial de Hailé Sélassié Ier.

          : inauguration de l'église arménienne d'Addis-Abeba ; la communauté compte environ 1200 membres.

1935 : Mussolini lance ses troupes contre l'Éthiopie.

          : inauguration de l'École nationale arménienne Kévorkoff d'Addis-Abeba.

1936 : début de l'occupation italienne.

1936-1941 : la communauté est affaiblie par de nombreux départs et expulsions ordonnés par les Italiens.

1941 : restauration de Hailé Sélassié sur son trône.

1941-1974 : la communauté retrouve son effectif et connaît une période de prospérité.

1974 :  Hailé Sélassié est renversé par une révolution.

qui confie le pouvoir au Derg (Comité). 

1974-1991 : sous le régime du Derg, les biens des Arméniens sont nationalisés, beaucoup choisissent l'exil (Canada, États-Unis, Europe, Australie).

1991 : fin de la dictature de Mengistu Hailé Mariam.

1991 à nos jours : réduite à une peau de chagrin, la communauté arménienne continue d'exister grâce aux efforts de ses membres pour sauvegarder et faire vivre son patrimoine.

Tony Boyadjian

Portrait de Dicky Boyadjian, colorié par elle-même,13 août 1945.

Collection Abebe Berhanu, Addis-Abeba.

 

Dread talk

"Jus word-sound-paawa, bradda, dat what I-n-I a-deal wit, jus word-sound-paawa"

 

Le langage rasta est aussi appelé Dread talk, I-ance ou encore I-yaric. Il révèle le lien entre culture rasta proprement dite, l'identité tiers-mondiste et l'histoire africaine. Ils ont ainsi élaboré un langage afin de se rendre indépendants et refuser la mainmise britannique sur le peuple jamaïcain, de réinterpréter l'héritage reçu et d'affirmer leur culture. 

 

 

  Il est bien évident que le dread talk n'a pas vu le jour à une date précise : elle résulte d'une longue et lente évolution, depuis le XVIIIème siècle jusqu'à nos jours, d'un mélange d'anglais et de créole. En effet, au XVIIIème siècle, la Jamaïque est une colonie britannique très prospère, la couronne d'Angleterre revendiquant même l'île comme le "joyau de l'Empire". Les propriétaires terriens anglophones et les esclaves africains (qui accéderont par la suite à un statut de travailleurs) créèrent ainsi une culture unique mêlant leurs deux univers comme en témoigne certains textes de l'époque qui relatent des événements festifs communs comme le Jonkonnu, croyances communes afro-chrétiennes.

 

Durant l'entre-deux guerres, la Jamaïque, auparavant prospère, connait une instabilité sociale. Le début du siècle a vu se transformer les esclaves en une classe ouvrière affranchie. Sans terre et/ou sans emplois, bon nombre d'entre eux partent travailler sur des chantiers comme celui du canal de Panama ou construire des routes. D'autres migrent vers les villes du pays, principalement Montego Bay, Kingston ou Mandeville. En quelques années seulement, la population va y être multipliée par 3. Les infrastructures de ces agglomérations n'étant pas suffisantes, vont ainsi émerger des ghettos, véritables enclaves urbaines où se concentre l'agitation politique et sociale. Ces terrains propices à soutenir des initiatives sociales locales deviennent les champs d'actions de leaders syndicaux comme Alexander Bustamante (fondateur en 1943 du Jamaican Labour Party), d'activistes politiques à l’instar de Norman Manley (père en 1938 du People National Party), de Pan-africanistes tel Marcus Garvey et de promoteurs du Rastafari tel Leonard Percival Howell. Mettant en commun leurs forces, tous s'unissent autour d'un même but : combattre et bouter hors de l'île le colonisateur britannique. Ils se livraient à de longs discours, chacun prenant la parole à une tribune devant une foule chaque jour encore un peu plus grandissante. Le langage de chaque acteur s'enrichissait de celle des autres pour combattre l'ennemi commun, le colonisateur  anglais. De nombreux contestataires, pour la plupart issus de la rue, teintèrent leurs discours de termes argotiques crus et abruptes. Les Rastas apportaient notamment au discours une richesse allégorique tirée de la Bible ainsi qu'une manière solennelle d'exposer leurs arguments. Naturellement, toute cette culture en construction était essentiellement orale, prenant et déformant l'anglais selon les usages acquis dans les champs de coton et sur les marchés ruraux depuis trois siècles.

 

Aujourd'hui encore, le patois Rasta n'est que très faiblement formalisé à l'écrit. Il ne faut pas l'assimiler au patois jamaïcain : alors que le premier utilise un dialecte spécifique, le second découle de racines africaines. Evidemment, les deux approches se mélangent et s'influent mutuellement, notamment parce qu'une large majorité de la jeunesse jamaïcaine ne se définit pas comme Rasta mais adopte certains codes de la communauté qui, stricto sensu, représente 10% de la population de l'île. Les inventions linguistiques issues du monde Rasta se retrouvent naturellement dans le Reggae, ce qui explique également leurs influences.

 

Les Rastas emploient un très grand nombre de références bibliques, au propre comme au figuré. Ils aiment introduire ou conclure une discussion à l'aide de formules incantatoires, ressemblant à des psaumes. Cette tradition dérive en partie des habitudes pris par les petits jamaïcains dans les églises presbytériennes, où la messe s'accompagne de chants (type gospels) et de prières enflammées. Pour les Rastas, il s'agit presque toujours de rappeler leur croyance en Jah, ce qui peut donner quelque chose comme ça : "I n I a go satta fi Haile Selassie, His Imperial Majesty, king of king, Lion of Judah, Jah Rastafari ! ".

Le patois Rasta comporte de nombreux mots qui proviennent des croyances ou des dogmes Rastas, l'ensemble étant un univers symbolique qu'ils appellent culture de manière générale, synonyme aussi de Rastafari. Il est important de noter que le terme rastafarisme n'est absolument pas d'origine Rasta mais occidentale. Ils n'utilisent aucun mot ayant pour suffixe le "ism" qui qualifie les idéologies, considérant que toute idéologie est un vecteur de domination et d'impérialisme, choses qu'ils refusent.

 

Il y a bien sûr les mots propres à la culture Rasta, comme Jah (Son HIM Haile Selassie). On trouve des termes qui ont évolué de l'anglais colonisateur : ces mots sont en fait des déformations orales dans la prononciation des mots anglais comme "brethren" qui signifie "brother", décliné également en brethren, breda ou bredren. Assez déroutante est l'inversion des formes pronominales, le nominatif (we par exemple) étant utilisé pour l'accusatif (us) et inversement. Ce qui donne pour exemple "dance with we lady" au lieu de "dance with us lady" ou encore "me gwaan dance with you" au lieu de "I'm going to dance with you". Les formes nominatives sont utilisées de façon redondante (" I " devient "I and I"). La caractéristique linguistique prépondérante est d'ailleurs la domination du nominatif " I " dans tous les modes d'expression du patois Rasta. Les Rastas privilégient " I " plutôt que tous les autres pronoms (you, he, she, they, etc...) parce qu'ils considèrent que ces pronoms sont générateurs de divisions, tandis que l'expression typique I and I est facteur d'union, solidarisant les hommes entre eux sous la bienveillance de Jah. Littéralement cela se traduit en français par "je et je" ce qui pour nous ne signifie rien, mais correspond à l'idée de "Jah et moi". Pour dire "tu" (you), un Rasta aura tendance à dire "I and I brethren". Cette domination du " I " se répercute à tous les niveaux du langage Rasta, ainsi pour qualifier Jah qui est le plus grand, "The Most High", ils utiliseront la formule "The most I ". Cette manie se traduit par des modifications apportées aux mots en général au niveau du préfixe. Les exemples sont nombreux, citons entre autres "Inity" pour unity, "Idren" pour children, "Irie Ites" pour higher heights ou israëlite, ou encore "Iman" pour human. Le " I " se retrouve parfois en milieu de mot comme dans "Tri-I-nity" pour Trinity.

 

 La cuisine Rasta dite Ital  pour vital, fournit énormément de mots au patois Rasta. Beaucoup de Rastas sont végétariens et insistent sur la nourriture naturelle (Ital food), fruits, légumes et graines. Callalo désigne une plante originaire d'Afrique, sorte d'épinard. Cerasee est une plante sauvage grimpante qui donne un fruit orangé dont les feuilles sont utilisées en infusion comme laxatif, contre les maux d'estomac. Cho cho est une sorte de courge pulpeuse qui se cuisine et se mange comme tel. Sans oublier le Ackee, fruit national en Jamaïque, ni  l'aloe, ou sinkle Bible, qui permet d'apaiser les brûlures et les irritations. Certaines interdictions, comme la consommation de porc ou d'alcool, dérivent d'une interprétation de la Bible et une partie des Rastas respectent les tabous issus de l'Ancien Testament, comme celui de dormir avec une femme lorsqu'elle a ses règles. Cette restriction se reporte dans la culture populaire jamaïcaine, où les insultes les plus violentes comportent une référence à la menstruation, comme Blood clot ! (caillot de sang),  Ras clot ! ou Bumba clot !.

L'univers lié à l' est un autre champ sémantique très développé. Les Rastas ont autant de mots pour désigner l'Arbre de vie et le matériel utilisé pour le consommer, que les Eskimos pour la neige : ganja, sinsemilia, marijuana, collie , weed, collie weed, herb, lambsbread, spliff, kaya, ishence, chalice (pipe à eau), cutchie (pipe en terre).

 

Des formules types, liées à la vie urbaine et au style de vie des Rude Boys, servent à qualifier des personnes ou des situations. "Johnny too bad"est un type peu recommandable, pas forcément violent mais un peu escroc. Un "quashie" est un imbécile. Un type capricieux ou tatillon est "fenky-fenky". Un baratineur se fera traiter de "ginnal". Tous méritent d'être traînés dans la "putta-putta" (la boue). Ces termes forment un héritage du ghetto, dans ce qu'il a de pire (la violence, la pauvreté, l'exclusion) et de meilleur (l'humour, la solidarité).

 

Dans le patois Rasta, les verbes sont souvent omis, ce qui donne "I a rasta" au lieu de "I am a rasta". Les raccourcis anglais sont encore plus raccourcis : "want to" donne "wanna" en anglais parlé et "waan" en patois Rasta ou encore "gwaan" au lieu de "going to". Le tout se décline d'une infinité de manière, le Reggae encourageant une invention perpétuelle de mots et de formules pour accompagner les riddims et trouver de nouvelles sonorités.

 

Le langage Rasta c'est établit et construit dans un souci de créer une rupture avec le colonnisateur britanique. Pour les Rastas, le langage est un lieu de lutte politique et de transformation personnelle où les mots sont les armes. L'anglais étant associé à la mise en esclavage, "enslavement", du peuple africain, sa grammaire, sa phonologie et sa sémantique ne sont pas considérés comme venant du coeur, "heartical", c'est-à-dire comme étant capables d'exprimer la conscience et la culture africaines. Au cours du XXème siècle, la structure phonologique des mots anglais fut scindée et cassée en phonèmes pour exposer l'opposition entre les sons et la signification des mots. Ces morceaux furent ensuite ré-assemblés pour donner de nouveaux mots appelés up-full sounds.Transformer les mots de Babylon en mots Rastas, "heartical words", est un processus continu correspondant à une décolonisation des mots, des idées, des actions et des comportements. Cette attitude complète la démarche créole consistant notamment à omettre le début, le milieu ou la fin d'un mot (par exemple "workin'" pour "working"). Notez que le mot Babylon est une réutilisation du terme biblique utilisé pour qualifier un système autoritaire, répressif ou la société occidentale capitaliste. Par extension, Babylon est également utilisé pour évoquer un corp armé, la police, le Vatican ou l'église catholique. Ce terme fait référence à la cité déchue de Babylon dont l'histoire est racontée dans la Bible.

 

Une autre caractéristique du patois Rasta consiste à remplacer une partie d'un mot par son contraire afin de rendre l'idée exprimée positive et non plus négative. Ainsi, le préfixe [de] dans le mot "dedicate" (prononcé [dead-i-cate]) fut éliminé à cause de sa similarité sonore et signifiante avec le son de contenu dans les mots anglais "death" ou "destruction". Le préfixe [de] fut remplacé par un son qui signifie l'inverse., en l'occurrence [live] : "dedicate" devient "livicate" [live-i-cate]. Dans le mot "understand", le son [un] fut de la même façon remplacé par le son [o] de "over". "Understand" devient ainsi "overstand" (ou parfois "o-stand") pour montrer que tous les locuteurs d'une langue sont égaux et que, par conséquent, aucun d'entre eux ne peut être placé en dessous des autres (under = en dessous). Le son [up] dans le mot "oppression" fut remplacé par [down], comme dans "downpression" ou "down-press-I", car peu de gens sont promus, "pushed up", économiquement ou socialement tandis que beaucoup d'autres sont déchus, "pushed down". L'oppression consiste justement à rabaisser le peuple, ce que "downpression" rend mieux - phonétiquement et par l'analyse du mot-valise - que "oppression". Le son [con] contenu dans les mots comme "conscious" [kon-scious] ou "control" [kon-trol] est proscrit car il est assimilé au [k] du mot créole kunni, qui signifie intelligent. Le suffixe [con]/[kon] est ainsi remplacé par le suffixe [I], ce qui donne "Itrol" et "Iscious". D'une façon similaire, le suffixe [dom] fut retiré du mot "wisdom" à cause de sa proximité phonétique avec le mot "dumb" (idiot), car on ne peut pas être intelligent et idiot à la fois (wise/dumb). On remplace ce suffixe par [mom], "wismom" puisque [mom] signifie homme en créole (wis-mom = wise man). La refonte de termes anglais permet aux Rastas de lier les sons reconstruits, les up-full sounds, à des évènements historiques et à des logiques culturelles. Le mot "duppy" ou "dupe", par exemple, est d'origine africaine. Il fait référence à un système social dans lequel l'identité est composée de plusieurs âmes. Chaque être est doté d'un esprit unique, son âme, "duppy soul", et d'une personnalité d'accompagnement, "shadow spirit", qui incarne le système social de différenciation du bien et du mal. Lorsqu'une personne meurt, un esprit voyage vers un autre monde tandis qu'une ombre se tapit derrière l'esprit. Grâce à une série de rituels, l'ombre est dispersée sous la terre, donnant aux vivants l'assurance qu'elle ne sera pas utilisée à mauvais escient. Dans les religions populaires des Caraïbes (Pocomania, Revival, Kumina), cette ombre "shadow spirit" communique au cours des transes extatiques avec un ensemble de divinités afro-chrétiennes.

 

Beaucoup de mots ont été déformés afin de créer des néologismes riches de sens. Pour n'en citer qu'un, Peter Tosh ne disait pas "politics" mais "poly-tricks" (qui signifie multiple coups/frappes), il ne parlait pas de  "system" mais de "shitstem"...

 

Enfin, le patois Rasta a su s'imprégner, assimiler et s'approprier des cultures et influences qui sommes toutes semblaient étrangères et extérieures à la communauté. Prenons pour exemple l'image du karaté dans le cinéma. Les films de Bruce Lee et consorts eurent une influence majeure sur le langage, connaissant un très grand succès en Jamaïque dans les 60's et 70's. Les rastas s'identifièrent aux héros et recyclèrent leurs mimiques, leurs cris, leurs attitudes, affirmant vouloir pratiquer une forme de kung-fu verbal qui permettrait d'abattre Babylon. Les mouvements migratoires (les communautés jamaïcaines installées ici et là dans le monde [notamment en Angleterre] poursuit le travail de dissémination et d'influence linguistique), les échanges sociaux, les influences musicales et des cultures contemporaines ont non seulement étoffés et font évoluer le langage Rasta, mais aussi ont permis aux idiomes Rastas de s'intégrer dans les langues occidentales. La grande force du patois Rasta a été d'avoir donné envie à des millions de locuteurs dans le monde de comprendre et d'utiliser ce langage par le biais du Reggae. Ce succès est adéniablement dû à l'immense popularité de Bob Marley, dont les fans ont toujours voulu comprendre les textes et le message, ce qui les ont amenné à découvrir le parler Rasta et ses spécificités. Si pour les anglophones, il est des plus difficiles dans son accès et sa compréhension, il n'y a qu'à constater le sous-titrage systématique en anglais de reportage et films où interviennent des Rastas, pour nous francophones, c'est pour une première approche peine perdue sans pour autant être inaccessible.

 

Webzine francophone consacré exclusivement à Rasta, Mäbräq (tonnerre, foudre, éclair, en Amharic, langue nationale d'Ethiopie),  a connu une vie hélas trop éphémère en ne parraisant qu'une année, en  2006, à raison d'un par mois.

 

Ce journal en ligne francophone se donnait pour objectif la traduction  de discours de HIM Haile Selassie I, de Marcus Garvey ; la publication  de témoignages, d'interviews et de reasonings de Frères et Soeurs Rastas. Vous y trouviez des informations  à propos de la livity Rastafari ; de l'Ethiopie, de l'amharique ; de l'Afrique et des héros noirs ; de l'activité et d'évênements et de tous sujets participant à l'édification de la Nation Rastafari dans le monde.

 

ROOTSBLOGREGGAE vous propose de retrouver l'intégralité de la publication au format pdf. En cliquant sur chacune des couvertures vous accéderez au document. Nous vous invitons à diffuser et disribuer Mäbräq GRATUITEMENT ET SEULEMENT GRATUITEMENT !

 

Le Palais du Jubilée

Le Palais du Jubilée

 

  Le 12 septembre 1974, Son H.I.M. Hailé Selassié I encadré de membre du Derg descend les marches de sa résidence, le Palais du Jubilée, pour s’engouffrer dans une Coccinelle Volkswagen blanche. C’est l'une des dernières photos qui sera prise du souverain vivant. Ce comité militaire prosoviétique mené par Mengistu mis fin à près de 50 ans de règne du dernier Roi des Rois éthiopien par une révolution débutée en juillet (le Derg se forme le 5). Par un communiqué le décès d’Hailé Selassié est annoncé le 27 août 1975, officiellement de mort naturelle mais c’est étouffé dans son lit qu’il fut aidé à rendre l’âme. Le corps inhumé  sous le bureau de Mengistu, ce n’est que depuis novembre 2000 que le Négus repose près de l’Impératrice Menem, son épouse disparu en 1962, sous le nef de la Cathédrale de la Trinité à Addis Abeba.

 

  Depuis l’arrestation de Ras Tafari Makonem, son palais est resté tel qu’il le quitta ce 12 septembre, et n’a connu aucune spoliation et/ou transformation. Pour la première fois, la journaliste Gwénaelle Lenoir et le photographe Pascal Maître ont pu pour le magazine GEO visiter, s’imprégner et capturer derrière un objectif les quelques 200 pièces de ce "Versailles éthiopien" (dixit Géo). Le numéro 342 du mois d’août 2007 consacre ainsi un magnifique article, à la frontière du porte folio, à cette expérience unique et extraordinaire.

  Outre le sujet traité, l’intérêt de se penchez sur ce reportage est son caractère totalement inédit, puisque jamais n’avaient été publiées de photos de l’intérieur du Palais du Jubilée  depuis le dépôt de l’empereur éthiopien.Tout en revenant succinctement sur la vie de S.I.M., G. Lenoir nous fait partager les souvenirs de Mariam Senna Asfan Wossen et Behode Mariam Makonem, petite-fille et petit-fils de Hailé Selassié, de Ahmad Tsadik, agent de chemin de fer et contemporain de l’empereur, et de Gima Wolde Giorgis, ancien président de la Chambre des députés sous Son H.I.M. aujourd’hui Président de la République éthiopienne. Les clichés de P. Maître illustrant l’article sont tout simplement magnifiques et pleins d’émotion.

  Une multitude de femmes de ménage, de techniciens, de jardiniers et de mécaniciens s’affèrent quotidiennement à garder la résidence royale comme elle l’était au départ de son occupant. Uniformes à la mode britanique et couvre chef assortis, soulier, extenseur et vélo d'appartement, Linousines et calèches sont prets à reprendre du service. Des lions brodés, sculptés, peints, naturalisés ou bien vivants semble guéter l'apparistion du souverain à l'angle d'un couloir, à la porte de son bureau ou dans les jardins d'une résidence qu'il fit construir au début des 60's.

 

   Nous ne pouvons que vous inciter à dégoter le magazine  pour découvrir par vous même ces photos exceptionnelles d'un lieu où le temps est suspendu depuis ce 12 septembre1974 et ne reprendra qu'a l'impossible retour de son souverain d'occupant... Et l'autorisation donnée par le gouvernement à la réalisation d'un musée dans une partie du monument n'y changera rien... enfin il faut l'espérer ! Time will tell...

 
 

© 2005 - 2016  ROOTSBLOGREGGAE