african POSTman

Kyssi Wète meets Rootsblogreggae.

30/11/2017

 À la veille de son concert au FGO Barbara dans le 18ème arrondissement parisien (infos concert), ROOTSBLOGREGGAE est allé à la rencontre de Kyssi Wète. Auteur-compositeur-interprète-producteur, l’artiste a depuis ses premiers accords plaqués il y a maintenant 15 ans, jeté son dévolu sur le reggae.

Parisien d’origine congolaise, André Wète débute la guitare à l’Université. « En première année d’économie et science de l’éducation à Paris, je me suis fait des amis étudiants dont deux frères : un jouait de la basse et l’autre de la guitare. On a formé un groupe comme ça pour le plaisir. Je ne connaissais rien à la musique. Je me suis mis alors à la guitare. À l’époque, j’habitais dans le neuvième. Des amis du coin ce sont greffés au groupe et on a commencé à jouer ensemble. »
En parfait autodidacte, après la six cordes, Wète, comme on le surnommait, se met derrière le piano. Il apprend à chanter, à écrire la musique, l’art de l’arrangement et la musique assistée par ordinateur. Tout en poursuivant ses études, il fait une série de concerts avec des amis et autres musiciens confirmés. 

Une maîtrise de sciences économiques et une seconde en sciences de l’éducation en poche, attiré invariablement par la musique, il fait un virage à 90º, et décide d’en vivre. En 2007, il prend pour nom de scène Kyssi Wète - « Kyssi c’est juste pour la sonorité, il n’y a aucune signification » - et se met à composer ce qui constituera Ce que tu me donnes, son premier album qui sortira trois ans plus tard. « Dès que j’ai commencé la guitare j’ai joué du reggae. Je ne peux pas l’expliquer, c’est comme ça. Pourtant, j’écoutais vraiment beaucoup de styles différents. Du reggae évidemment mais aussi du rock, de la pop, de la soul, du blues, de la chanson française, de la musique africaine... Plus précisément en reggae j’écoutais le légendaire Marley, Peter Tosh, Bunny Wailer, Culture, et aussi Aswad, UB 40 ou Steel Pulse. Dès que je prenais la guitare pour composer, le reggae venait naturellement (...) Dès le début j’ai joué des morceaux originaux, je ne fais pas de reprises. Avant même devenir professionnel, avec le groupe on ne jouait que nos compositions. Chacun apportait ses connaissances, ses influences. Cette façon de faire m’a beaucoup servi pour la suite. »

 En quelque mois, il écrit plusieurs morceaux, s’entoure d’amis musiciens avec qui il part sur les routes présenter son répertoire. « Finalement Kyssi Wète est devenu le nom du groupe. C’est un groupe d’amis, une famille presque. Tu le sais on a chacun nos vies, des obligations : si un musicien ne peut pas jouer, il en appelle un autre pour le remplacer. » Après avoir bien fait tourner « et tirer dans tous les sens » le set sur scène fin 2009, en 2010 toute la troupe s’enferme un matin au studio Davout et en ressort le soir-même avec dix-huit titres qui composeront Ce que tu me donnes enregistré en prise directe et mixé par l’ingénieur britannique Dereck Février (Twinkle Brothers, Clinton Fearon...).
Ce premier album établit les bases de la musique de Kyssi Wète : du roots soigné et bien balancé, chanté principalement en français mais aussi en anglais et en lingala (langue du Congo) ; un reggae faisant de l’œil à la soul, la pop et les influences africaines d’André. « Je ne peux pas me cacher derrière mon identité. Je suis français d’origine africaine, alors tu retrouves dans ma musique différentes influences mais la base est reggae. » Les textes composés par le chanteur sont à l’image de l’artiste : réfléchis, posés, fins et lumineux. « L’écriture des textes me vient en regardant le monde qui m’entoure. Je suis connecté à mon environnement et je vois les problèmes, l’injustice mais aussi l’amour entre les gens. Je regarde, je prends ma plume et l’inspiration me vient, clac ! » Wète jongle avec les mots, joue avec les rimes et propose une poésie bien ficelée, un propos souvent social comme Dans les rues de nos villes ou Billet chic, billet choc, parfois amoureux comme dans Femmes du monde, Joueur de mots ou l’excellent Fleurs au mille couleurs (proposé ici en deux versions).

 

L’album dans les bacs, le groupe reprend le chemin de la scène. En septembre 2017, André a l’opportunité de s’envoler pour le Canada. Après une nouvelle série de concerts et un très bon accueil du public pour Ce que tu me donnes, il décide de s’y installer. Durant cette période, entrecoupée de d’aller-retour pour l’Hexagone, il poursuit les concerts à travers tout le pays (Montréal, Toronto...) et travaille à de nouvelles compositions.

« Au bout de quatre ans, j’ai eu le sentiment d’avoir fait mon temps là-bas, d’avoir fait le tour. Je suis donc rentré en France. J’ai enregistré mon deuxième album, toujours au studio Davout. Une grande partie des musiciens du premier album a joué pour le second. Mon guitariste n’était pas disponible à ce moment là alors j’ai fait appelle à Kubix. » À nouveau mixé par Février, De quoi tu as peur ! sort en Juin 2016 et se compose de treize titres, et trois versions dub, ce qui n’est pas sans déplaire. 

Le groupe y développe un reggae chaloupé et chaleureux aux influences africaines évidentes réellement plus présentes que dans le précédent opus.
La voix fine et claire de Wète sublime des textes conscients ancrés une nouvelle fois dans la réalité du quotidien à l’image du titre d’ouverture qui donne son nom à l’album. « Je ne me lève pas le matin, en me disant j’ai un message dans ce sens à faire passer ou je vais parler de ci, de cela. C’est le quotidien qui me m’inspire. Sur ma route je croise des gens, je rencontre des situations qui m’interpellent, des choses qui me dépassent, ou pas d’ailleurs (...) Le moteur de ma musique, ce qui me fait avancer, ce sont les rencontres, les échanges, le partage. On reste humain avec chacun nos qualités et nos défauts, nous ne pouvons pas tous nous apprécier mais on se doit de nous supporter. Il faut que l’on puisse vivre les uns à côté des autres dans le respect, la paix et l’amour. »
Si la pensée rasta est absente des textes de Kyssi Wète, elle ne lui est pas pour autant indifférente, loin de là. « Je suis chrétien mais j’adhère à la philosophie rastafarienne. Pour moi ce mouvement est fédérateur et va bien au-delà de toutes les religions qu’elles soient chrétienne, musulmane ou juive ou boudhiste même car c’est un mouvement humain, né de la dure réalité vécue par des hommes et des femmes. »

Parce que c’est sur scène que Kyssi Wète se sent le mieux, c’est avec une énorme envie de partager sa musique avec le public que Kyssi Wète s’apprête à s’installer au FGO* Barbara pour un concert qui vient clôturer une tournée débutée en juin 2016. « C’est la scène qui a fait ce que je suis, concert après concert, rencontre après rencontre. Je m’y sens bien, j’y suis libre. »
Si vous avez êtes dans les parages, ne manquez pas l’occasion demain soir de passer un excellent moment. Pour les moins chanceux - et les autres, jetez-vous les yeux fermés sur les deux excellents albums de Kyssi Wète, opus qui trouverons aisément leur place dans les discothèques les plus exigeantes et les plus pointues !

>>> Concert de Kyssi Wète demain vendredi 1er décembre au FGO BARBARA.
 

 

*pour les curieux : FGO pour Fleury Goutte d’Or.
 

Please reload

  • Facebook Long Shadow
  • Instagram
  • SoundCloud Long Shadow
0