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Ras Tafari – Haïlé Sélassié : Visages du dernier empereur d’Ethiopie de Denis Gérard

18/05/2007

 Denis Gérard vit en Éthiopie où il a réuni une importante collection de photographies. En collaboration avec Richard Pankhurst, il publie en 1997 Ethiopia Photographed - Historic Photographs of the Country and Its People Taken Between 1867 and 1935 aux éditions Kegan Paul International. Annoncé pour le mois d'octobre, c'est en ce début décembre que  paraît son dernier ouvrage Ras Tafari – Haïlé Sélassié : Visages du dernier empereur d’Éthiopie aux éditions L’Archange Minotaure, dans la collection Aux Abyssinies.

 

Préfacé par Jean-Christophe Rufin à qui l'on doit l'extraordinaire roman L'Abyssin que je vous conseille de dévorer, et introduit par l’historien éthiopien Bahru Zawde, spécialiste de l'Éthiopie contemporaine, l'ouvrage regroupe plus de 260 photographies d'archives - en grande partie inédites, déroulant ainsi le fabuleux règne du jeune Tafari devenu Roi des rois d'Éthiopie. Ces clichés sont répartis et ordonnés selon une logique thématique (faste, intimité, mythe...) et chronologique (naissance, couronnement, résistance contre l'Italie fasciste, création de l'Unité Africaine...) racontant ainsi le destin d'une des plus étonnantes figures du XXème siècle. devenue, de son vivant, une divinité pour les Rastas.

 

  Rappelons succinctement que Lij Tafari Makonnen est né en 1892 à Harar. À l'âge de 24 ans il devient gouverneur de province sous le nom de Ras Tafari. En quelque 15 années, il va se hisser au sommet du pouvoir et se fait sacrer Empereur à Addis Abeba en 1930. On le dit descendant de la fabuleuse dynastie des Salomonides issue des amours légendaires du Roi Salomon et de la Reine de Saba. Sous le nom de Haïlé Sélassié (puissance de la Trinité), il règne sur un vaste empire indépendant. En 1936, trahi par les “nations civilisées” qui abandonnent l'Éthiopie à l'armée de Mussolini, il incarne à la tribune de la Société des Nations, la résistance contre les fascismes. La paix et son empire reconquis, il participe à la création de l'ONU, à celle de l'Organisation de l'Unité Africaine, au mouvement des pays non alignés. Personnalité politique internationale de tout premier plan, il échouera pourtant en partie à transformer un royaume devenu anachronique. Il est déposé en 1974 par une junte militaro-marxiste et meurt assassiné dans des circonstances obscures. Avec lui disparaît l'un des derniers et des plus vieux empires.

 

 Voici deux extraits du livre qui, nous le souhaitons vivement, ne manqueront pas de vous donner l'envie de feuilleter ce magnifique ouvrage :

 

Cet homme est un pont. Toute sa vie et même après sa mort, il n'a pas cessé de réunir : l'Afrique et l'Europe, la monarchie et la république, le monde des dieux et celui des hommes, la tradition et la modernité, le passé le plus lointain et le futur le plus imprévisible. Haïlé Selassié fut le souverain d'un lieu, l'Éthiopie et d'une époque, qu'il a marquée, mais il est aussi un personnage universel et intemporel. On peut détourner pour lui le mot de souverain pontife, terme qui désigne un chef spirituel qui relie les humains et les lieux. Relier, religion, on est au cœur de ce qui constitue à la fois une activité humaine et la manifestation première du sacré.

Un pont entre l'Afrique et l'Europe, il faudrait mieux dire «l'Occident», Haïlé Selassié l'a d'abord été chez lui. Né dans l'Éthiopie de Ménélik, pays de haute tradition mais longtemps fermé aux influences étrangères, Haïlé Selassié sera celui qui ouvrira résolument son empire aux idées et aux objets du monde occidental. L'université, les langues, les sciences entreront en Éthiopie grâce à lui mais aussi les voitures, les avions, le cinéma. En soi, cette ouverture serait banale si, en retour, Haïlé Selassié n'avait pas équilibré l'échange en faisant entrer à son tour l'Éthiopie sur la scène mondiale. La guerre lui en donna la tragique occasion. Son discours à la SDN a été une véritable pour le monde entier. Ce pays lointain, inconnu, sauvage peut-être, prenait d'un coup et pour longtemps la voix, la silhouette, la force, de ce petit homme raffiné au beau visage antique.

Un pont entre la monarchie et la république. L'a-t-il voulu ou fut-ce un évolution inévitable ? Le fait est qu'Haïle Selassié a porté à l'extrême l'exercice du pouvoir monarchique et que, ce faisant, il a crée les conditions de la révolution qui l'a emporté. C'est une figure bien connue des politologues que celle du «tyran modernisateur», décrite par Leo Strauss. "

 

" Tafari est le nom que sa mère Yeshimabet lui a donné à sa naissance. Comme c'est souvent le cas en Éthiopie, ce nom a une signification : « Il sera craint ». Haïlé Selassié (ou «Puissance de La Trinité») est son nom de baptême ; il ne sera utilisé publiquement qu'à partir du jour où il sera couronné empereur ou Roi des rois en 1930). Le ras Makonnen, son père, est un «moderniste», il confie l'éducation de son fils Tafari à Monseigneur Jarrosseau, l'évêque capucin de Harar. Ce dernier lui enseigne le français, qui deviendra sa langue de prédilection, les mathématiques, les sciences ; abba Samuel, un autre missionnaire capucin (de nationalité éthiopienne), s'occupera de son éducation traditionnelle : l'amharique, le gheze (la langue liturgique), l'histoire de l'Éthiopie, les usages. Tafari est studieux et apprend vite.

Lorsque son père meurt en 1906, il n'a pas encore 14 ans. Il quitte Harar pour Addis-Abeba où l'empereur Ménélik II le prendra sous son aile (il est son “petit cousin”). Il poursuit ses études à l'école Ménélik et assiste avec intérêt aux séances de la cour de justice royale (le tchi-loi). Lorsqu'il revient au palais, il partage ses repas avec d'autres jeunes princes ; avec lidj Yassou notamment, le petit-fils de l'empereur qui peut prétendre au trône. Yassou était un peu plus âgé que Tafari, préférant la chasse, les filles et la bonne chère aux études. Un complexe de supériorité vis-à-vis de Tafari, le frêle intellectuel, le rend provocateur. « Il le tapait sur la tête pour l'obliger à manger de la viande crue et à boire du tedj (l'hydromel local), il le traitait de minus. Tafari, ne répondait pas, restait sur sa réserve, attendait... » affirme aujourd'hui lidj Boyalew, le fils de l'un des compagnons des deux princes.

 

Le livre de Denis Gérard regroupe des photographies  de collections personnelles et n’ayant encore jamais été éditées ce qui ajoute à la richesse et au caractère exceptionnel de cet ouvrage qui apporte  des repères et des notions clés sur la vie de l’Empereur. Il y adopte un ton neutre pour évoquer les différentes facettes d'un homme véritable figure mythique pour les Rastas, despote et autocrate rétrograde éclairé pour d'autre... 

 

RAS TAFARI Haïlé Sélassié

Denis Gérard

L'archange Minotaure 2006,

Coll. aux Abyssinies

160 p.

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