african POSTman

BAD FRIDAY - Rastafari after Coral Gardens [DVD]

23/06/2011

BAD FRIDAY Rastafari after Coral Gardens raconte l'histoire de la violence en Jamaïque à travers les yeux de sa communauté la plus emblématique. Il montre comment les gens utilisent leurs souvenirs, les traumatismes du passé pour imaginer de nouvelles possibilités d’un avenir collectif... 


Si pour une grande majorité,  la Jamaïque est synonyme de se faire dorer la pilule sur une plage de sable fin idyllique, de dégustation de cocktails Jamaican passion sur fond de reggae, beaucoup ignorent que le pays est tristement détenteur d’un des plus forts taux des meurtres par arme à feu par habitant. Depuis sa découverte en 1494, le destin de l’île a été jusqu’à aujourd’hui, intimement lié à celui du monde, portant les marques des pages parmi les plus sombres de l’Histoire. Sa population est activement aux prises avec un lourd héritage impérialiste occidental, fondement historique de la violence contemporaine en terre yardie : 400 ans d’esclavage, une  ségrégation raciale à peine déguisée et un nationalisme politique, construit sur un bipartisme dévastateur et meurtrier. La naissance du mouvement Rastafari au tournant des années 1930, fut une réponse, un espoir, une arme face à toutes les souffrances, humiliations et privations subies par une population noire, plus que largement majoritaire. Ses premières fondations sont à peine établies que déjà la communauté des " barbus"  dérange, inquiète, tant et si bien qu’elle est rapidement persécutée, considérée telle une ennemie de l’Empire Britannique puis, à partir de 1962, année d’indépendance de l’île, du tout jeune gouvernement mené par Alexander Bustamante.


En 1963, les violences envers les membres de la Communauté vont atteindre leur paroxysme pour prendre l’apparence d’une véritable épuration : le jeudi 11 avril, à Rose Hall non loin de Coral Gardens, dans la paroisse de Saint James, à une poignée de kilomètres au-dessus de Montego Bay, six barbus  attaquent une station-service machette au point et finissent par y mettre le feu. Les radios relaient  cet incident annonçant le début d’une insurrection des membres d’une communauté installée près de Coral Gardens. Réfugiés dans les collines proches, les malfrats sont repérés par la police et rapidement aculés… A la fin de la journée, on dénombre 8 morts, dont 2 policiers et 3 des 6 agresseurs. L’occasion est trop belle pour le gouvernement qui cherche désespérément une solution au problème rasta !

 

Alexander Bustamante aurait alors publié un rapport demandant l'élimination de tous les Rastas en Jamaïque : " Apportez tous les Rastas, morts ou vifs, tous ceux que ni les prisons ni les cimetières ne peuvent accueillir. Tirez d'abord et posez les questions ensuite ". Ce BAD FRIDAY est le début d’une véritable chasse aux Rastas, menée par une police soutenue par l’armée. Une peur panique s’empare des membres de la communauté de Coral Gardens : on massacre, on organise des rafles punitives, on torture, on interpelle à tour de bras, on rase les têtes… Durant cette répression, la plus terrible que connu le Mouvement, des dizaines de Rastas tomberons sous les bals et coups de machette, sans savoir pour qui ni pourquoi ?


Le documentaire de Deborah A. Thomas, John L. Jackson, Jr. et Junior “Gabu” Wedderburn se concentre sur la communauté rasta de l'ouest de la Jamaïque, qui chaque année depuis 1964 commémore ces Coral Gardens incidents. Durant une journée, on se remémore… on veut se souvenir comme pour chasser tous les démons qui n’ont plus quittés les victimes de ses atrocités. Le film rapporte les témoignages poignants d’hommes et de femmes dont la vie est à jamais marquée par ces événements. Chaque expérience racontée est une preuve de plus de la  persécution aveugle et sans fondement aucun que le pouvoir étatique s’est évertué à nier, à justifier (!) pour s’excuser, il y a quelques année seulement, à demi-mot sans reconnaître véritablement cette barbarie. Entre images d’archives et entretiens, le film au rythme soutenu, ponctuant son propos d’interventions judicieuses et précieuses à l’image de celles de feu Barry Chevannes et Philmore Alvaranga, montre l’étendue infinie de la foi de ces gens qui n’ont jamais dévier du chemin que Jah leur a tracé, ce en dépit de des ignominies les plus abjectes qu’ils ont hélas subir…
Thomas, Jackson et Gabu livrent ici, avec simplicité et efficacité, le premier document sur ces pages sombres de l’histoire du Mouvement,  événements qui ont aussi façonné la pensée Rasta. Après avoir vu BAD FRIDAY, nul ne peut ignorer les difficultés d’adhérer un culte-paria (pour reprendre une expression de Jakes Homiak) les significations d’être dread durant la période pré-reggae. Un document puissant et essentiel…

 

BAD FRIDAY - Rastafari after Coral Gardens - 2011

Produit par John L. Jackson, Jr., Deborah A. Thomas, Junior “Gabu” Wedderburn, Junior “Ista J” Manning.

Tracklist :
- Hard Times Ska
- Saga
- Here Comes the Rastaman
- Supplication Chant
- Stepping Dub
- Binghi Chant
- Take I Home
- Second Line
- Rastaman Chant
- Testify
- The Elders Song (écrit et réalisé par Queen Takiyah)
- Babylon (écrit et réalisé par Uzalo)
- Zion Calling (écrit et réalisé par Uzalo)
- Dry Bones Dub

 

Please reload

  • Facebook Long Shadow
  • Instagram
  • SoundCloud Long Shadow
0