african POSTman

Tribute Augustus Pablo, à la recherche de la cassette perdue - Part Three.

23/09/2018

 

​​Je quittais K-Lee en lui souhaitant une belle nouvelle vie, et m’empressais de retrouver dans notre capharnaüm le reste de l’équipe, EKJ et Sista Ahmes, trépignant d’impatience. À peine arrivé que déjà le carton jauni et ridé par les quinze années passées au fond d’une cave bretonne faisait l’objet de toutes les attentions. Surveillé que j’étais par mes deux compères comme du lait sur le feu, j’entrepris précautionneusement d’ouvrir la boîte oblitérée en date du 17 Septembre 2003. Plus de dix années de patience allaient être récompensées.

                                                       *

Depuis là genèse du projet, encore à l’état de la simple idée, pour K-Lee il n’y avait pas à tergiverser, Fluoman devait signer l’illustration. Voyant le projet prendre forme, il demande à l’artiste quelque temps avant qu’il ne quitte Chartres pour Marseille : « Étrangement, Fluo n’avait jamais peint de portrait de Pablo. Alors il en a fait un, pour nous, pour la jaquette ! Il a peint le portrait sur une toile d’un mètre sur un mètre cinquante environ et l’a photographié sous différentes lumières ; il a ensuite reproduit les clichés obtenus au format A4, pour découper tous les éléments – jusqu’au lettrage, et composer la jaquette. Youn s’est occupé de tout mettre en page. »

 

*

Après une exposition que lui consacre à nouveau le Musée de Chartres en 1989, Fluoman se fait beaucoup moins présent dans les 90's de la scène artistique et reggae, continuant occasionnellement à travailler avec différents artistes tel Tonton David, Manu Dibango, Bob Wasa, Jo Corbeau, le Militant Band ou le groupe Jim Murple Memorial. Pour autant, au travers de ses toiles il explore les possibilités de la peinture dorée donnant naissance à sa période éthiopienne, des œuvres époustouflantes se rapprochant de l'art copte.

 

*

La musicassette n’a jamais tout a fait disparu : on trouve aisément sur la toile encore aujourd’hui des cassettes vierges et enregistrées et tout le matériel adéquat. Parmi nos connaissances, il en est une qui acquière sa musique au format vinyle, l’enregistre sur cassette pour seulement ensuite s’en délecter ! D’irréductibles labels, tout style confondu, osent aujourd’hui faire dans la cassette comme Brigante Records. Au Japon, elles font un retour remarquable dans les rayons depuis quelque mois, le baladeur offert comme goodies. La cassette serait même devenue geek !

K-Lee et Youn, début des années 2000. (K-Lee, archives personnelles)

 

*

Si le projet n’avait aucun but lucratif, K-Lee et Youn espéraient néanmoins rentrer dans leur frais. Après avoir envoyé plusieurs exemplaires à chaque artistes participants, ils se partagent les cassettes restantes avec la firme intention de les vendre. « Ce fut un flop commercial total, avoue K-Lee. En même temps, le but n’était pas de nous faire de l’argent loin de là. Nous n’avions rien payé, rien déclaré niveau droit de reproduction des morceaux, tout le monde avait bossé pour rien, nous voulions juste rendre hommage et faire connaître Pablo... On a sorti la cassette au pire moment : le CD était devenu roi en si peu de temps. On ne voyait que dans le CD... et puis les boutiques spécialisées commençaient à disparaître. Au final les quelques magasins qui nous en avaient pris en dépôt ne nous ont jamais payés. Nous en avons vendu quelques-unes de la main à la main. Et puis voilà, la cassette aux oubliettes !... Il me reste quelques copies dans un carton quelque part !  »

 

*

En 2001, Fluoman revient à Marseille où il réalisa des toiles illustrant sa vision fluo du littoral phocéen. Son amour du football et de l’Olympique de Marseille l’a poussé à collaborer avec le club de supporters Marseille Trop puissant. On pouvait encore il y a quelques années admirer deux peintures murales dans les travées du Stade Vélodrome ainsi que drapeaux et grandes voiles déployés lors des matchs.

 

*

Ce qui rapprocha K-Lee et Fluoman c’est aussi la peinture. K-Lee est très bon dessinateur tout comme Gadjet d’ailleurs. Sa rencontre avec le peintre va le faire disciple malgré lui. Durant la poignée d’années qu’il va le côtoyer, K-Lee se laisse envahir par la technique de Fluoman et l'applique avec un talent fou à la quasi totalité de son travail pictural. Comme pour son Maître, la musique jamaïcaine, l'Afrique, Rastafari sont pour lui autant de toiles hautes en couleur que des néons de lumière noire déclinent à l'infini. K-Lee est à notre connaissance l'unique artiste de l'École Fluoman.

 

*

Diagnostiquée quatre mois auparavant à un stade avancé, une tumeur au cerveau terrasse Fluoman le 23 novembre 2005 à l'âge de 53 ans, laissant derrière lui une femme, un fils d'une vingtaine d'année, Elijah, et plus de 500 toiles. Avide de peinture, refusant tout implication dans le business du milieu de l'art allant jusqu'à rejeter des propositions d'exposition à New York, Fluoman, militant, passionné et talentueux, a manqué la renommée internationale. À la mauvaise compagnie de celle qu'il appelait Babylone, il préféra la solitude de son atelier où lorsqu'il travaillait rugissaient ses disques jamaïcains.

*

Nos six yeux s’embrumèrent tant par l’émotion que par l’éclat éblouissant du plastique neuf des dizaines de lingotins que nous venions de mettre au jour. « Elles sont neuves, encore sous blister, dans le carton d’origine donc j’imagine que les couleurs des jaquettes sont éclatantes ! » K-Lee avait dit vrai, depuis la duplication, les cassettes n’avaient jamais été exposées à la lumière. Les craintes que nous pouvions avoir concernant la qualité de la bande magnétique furent dissipées dès les premiers tours de bobines, en constatant la bonne qualité et tenue du son que notre magnétophone restituait.

 

Notre quête venait de prendre fin, le temps était venu pour le Monde de (re)découvrir Tribute Augustus Pablo.

 

 

POST SCRIPTUM

 

Il n'aura échappé à personne que jamais il n'est fait mention tout au long de ce récit en trois volets, de la vie et la carrière de Horace Augustus Pablo Swabi. Un oubli intentionnel cela va sans dire, la somme  d'informations biographiques et discographiques que recèle la toile nous a semblé se suffire elles-mêmes. Parmi ces sources, signalons l'excellent site de Ray Angles collectorsrevue.blogspot.com qui lui consacre un article fleuve très intéressant et fort bien illustré (lien direct). Pour les plus mordus, deux lectures sont vitales : le numéro 42 de Natty Dread (Avril-Mai 2007) qui contient un dossier superbement documenté suivie d'une discographie établit par Olivier Albot ; le livre - en anglais - de Lol Bell-Brown, Augustus Pablo: Original Rockers: The Lol ' Boom Shaka Laka' Bell-Brown Discography, une discographie définitive très, mais alors vraiment très précise.

 

Archvives Rootsblogreggae

À droite, les pages 50 et 51 du catalogue de l'exposition Fluoman, Lumière noire Rétrospective #1 qui s'est tenue à Chartres en 2007 (couverture à gauche). On retrouve le portrait original de Augustus Pablo que Fluoman réalisa pour les besoins de la jaquette de Tribute Augustus Pablo. (Archives Rootsblogreggae)

 

>>> Écouter/Listen to TRIBUTE AUGUSTUS PABLO (mix)

 

>>> Commander/Order TRIBUTE AUGUSTUS PABLO

 

 

Tribute Augustus Pablo

Various artists

Cassette, 90min.

Consciousness 2003.

 

> Face A

Intro : Dillinger

Augustus Pablo - August *

Interlude : Mickey Dread / Hot shot dub

Augustus Pablo - My guiding red

Augustus Pablo - Monkey rinch

Manuel (Baobab) - Tomber les guns

Augustus Pablo - Pablo in Black Ark

Augustus Pablo – Hot & cold vers.1

Interlude : Max Romeo / Vibrate dub

Augustus Pablo & Lloyd Young – Vibrate on

Augustus Pablo – Our man flint

Interlude : Don Carlos / Upsetters – Brad draw

Seb Dady – Ose

Mista Samy – Lyrics fondation

ABS – Vétérans

Augustus Pablo – Jah light

Augustus Pablo – Skanking easy

Augustus Pablo & Dillinger – Downtown rock

Interlude : Prince Alla / Havendale rock

Outro : Yanis Odua

 

> Face B

Intro : Sister Carol

Augustus Pablo – Kid Ralph

Elijah – Saxo & mélodica version

Shoukri (Radical El Salam)

Augustus Pablo – Lightning chap

Pablo All Stars – New style

Jezz I – Blanc et noir

Augustus Pablo – Cornerstone dub

Interlude : Apple Gabriel

Augustus Pablo – Up Wareika Hill

Seb Daddy – Foundation

Augustus Pablo – Pablo in dance / Dub

Interlude Macka B

Augustus Pablo – Beat street rock

Elijah – Special

Interlude : John Wayne

Augustus Pablo – Pablo in moonlight city / Dub

Augustus Pablo – Valley of Jehasophat

Outro : Yanis Odua

 

Des interludes au mélodica jouées par Elvas sont disséminées tout au long des deux faces.

 

* Morceau sorti sur le label Soul Fire en 1973 en face B de Poor man cry de Marcus Reid sous le titre Soul on fire des Marcus All Stars, produits par Victor ‘Marcus’ Reid. Reid affirme en avoir pressé plusieurs dizaines en 1978. Le 45t est ressorti en 1992 sur le label LMS de David Madden qui se déclare faussement détenteur des droits : Poor man cry devient Blues in the city crédité à Max Edward et la version est renommée August de Augustus Pablo. En 2014, le 45t est repressé sur notre label King Rocky Records pour rétablir la vérité.

Please reload

  • Facebook Long Shadow
  • Instagram
  • SoundCloud Long Shadow
0