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I & I, le documentaire de Julie Hamiti sur la philosophie rastafari est disponible en DVD.

27/03/2019

Native du sud de la France, voyageuse infatigable et activiste pour la cause écologiste et animale, Julie Hamiti découvre la spiritualité rasta durant un séjour au Sénégal. Littéralement happée par cette philosophie, c’est caméra sur l’épaule qu’elle va partir seule de l’Afrique aux Antilles à la rencontre de membres du mouvement rastafari afin d’en saisir les tenants et les aboutissants. De ce voyage de huit mois, Julie rapporte des témoignages et des souvenirs poignants qui vont constituer l’ossature de son documentaire sur la philosophie rasta I & I.
À l’occasion d’une projection parisienne en novembre dernier, nous avons rencontré la réalisatrice pour tout savoir sur son film*, qui aujourd’hui parait en DVD...

« J’ai adoré mes voyages en Afrique, je me sens très proche de ce continent. C’est au Sénégal, que je me suis rendu compte que je ne connaissais rien du mouvement rasta. Auprès d’un ami sénégalais, j’ai appris qui était Haïlé Sélassié, j’ai appris que le mouvement découlait du panafricanisme, d’une recherche d’identité liée à l’esclavage, mais aussi de composantes hors du système. C’était des thèmes qui me parlaient tout à fait. J’ai senti qu’il fallait que je gratte, que j’aille plus loin. À l’époque, je ne me rendais pas compte de la profondeur du mouvement. »

 
Après plusieurs mois de recherches courant 2014 et un petit cou de pouce du destin, Julie se lance dans son projet : « À l’époque, je travaillais pour l’ONG Sea Sheperd. Partis d’Australie pour une campagne en Antarctique, au lieu de retourner en Australie comme nous le faisions habituellement, notre bateau a fait escale pour je ne sais quelle raison au Ghana. Le navire est reparti sans moi. J’y suis restée une semaine à aller au contact des gens, jusqu’au Bobo Camp... et j’y ai acheté ma Bible. De retour en France, j’étais décidée à monter mon projet : donner la parole aux adeptes pour mieux comprendre la spiritualité et philosophie de vie rasta. »

Tout en préparant son voyage, Julie achète le matériel adéquat, une caméra professionnelle de reportage et son trépied encombrant, un enregistreur son, un micro canon et un second dit cravate. Des études de technicienne son en poche, elle se forme à l’image et fin décembre 2015, débute son périple de six étapes par le Ghana, pays où elle a déjà des contacts. Elle s’envole ensuite pour l’Éthiopie, puis traverse l’Atlantique pour la Jamaïque, d’où elle repart vers successivement la Dominique, la Martinique et enfin Sainte Lucie.

« Dans l’ensemble, j’ai reçu un bon accueil... C’est sûr, il y a des endroits où j’ai ressenti au début un peu de réticence, un peu de méfiance. Ils voyaient débarquer de nulle une petite blanche avec sa caméra qui venaient leur poser des questions... Je comprends... Et puis quand j’expliquais mon projet, les gens comprenaient mon désintéressement... Quand on me demandait de l’argent je refusais tout simplement, mais ça a été rare. Je savais le plus souvent où je mettais les pieds : au Ghana, on m’avais dit si tu vas en Éthiopie va voir telle ou telle personne. À Shashamane : tu vas en Jamaïque ? Va voir untel, untel...
Il n’y a véritablement qu’à la Dominique que ce fut compliqué. Le sujet y est disons délicat à aborder, en raison d’un passé peu glorieux avec les Rastas et cette histoire trop peu connue du Dread Act. C’est une loi de 1974 qui donnait l’autorisation à la police de tirer à vue sur tous ceux qui portaient des dreadlocks et qui se réunissaient à plus de trois, donc formaient une association soit disant illégale, dans la rue. La loi n’est plus appliquée aujourd’hui heureusement mais elle est toujours écrite dans le code ! C’est surtout jusqu’en 79/80 que le Dread Act a fait des victimes. Après cette période, l’oppression était toujours présente, sous d’autre forme certes, mais toujours là... C’est un passé récent du reste, alors quand j’arrivais avec beaucoup d’intérêt pour cette histoire, l’accueil étant froid et peu avenant. Je suis allée à la bibliothèque de Roseau la capitale, où il est difficile d’avoir des réponses. Et puis finalement, j’ai été invitée dans le tabernacle de la communauté, j’ai expliqué avec le cœur mes intentions, que cette histoire devait être sue, que je n’étais pas là pour les ridiculiser ou détourner quoi que ce soit... »

De son voyage de huit mois, Julie va rapporter quarante-et-un entretiens qu’il lui faut retranscrire et sélectionner pour le montage de son film. « Tous mes entretiens ne pouvaient se suffire à eux-mêmes pour comprendre la pensée et la vision des Rastas. Ce qui m’intéressait était de montrer l’oppression qu’ils subissaient. Mais pour expliquer ceci, il me fallait faire un rappel historique, expliquer qui était Haïlé Sélassié... J’ai donc articulé le film en chapitre en commençant par l’Afrique, ce qui les relient à ce continent, l’histoire de l’esclavage. Puis, au travers de l’empereur, j’aborde la spiritualité. Les principes établis, je laisse la parole aux frères et aux soeurs... »
 

 

Entre témoignages, récits et réflexions, le documentaire tord le cou aux idées reçues et au folklore. L’image d’Épinal du rasta/reggae/pétard part en lambeau façon Banksy à l’écoute de ces femmes et ces hommes qui ont fait le choix d’une vie simple et rudimentaire loin de l’establishment, centrée sur une quête spirituelle. Placés sous la protection de l’étendard vert jaune rouge, en interaction totale avec la nature, ces Nazaréens comme se qualifie elle-même Empress Elisheba de Martinique, ont pour certains payé un lourd tribu à Babylone pour vouloir vivre libre hors de ses griffes. Le Dominicain Ras Moses James de Délices, rescapé du Dread Act, raconte les violences – et leur séquelles gardées à vie, dont il a été victime pour le simple fait de porter des dreadlocks ; Ras Bongo Wa, compatriote de Giraudel, a écopé de sept ans de prison pour son activisme « politique »... son camarade de lutte, Ras Kabinda, condamné à la pendaison, est parvenu à s’évader pour rejoindre Shashamane où Julie a pu le rencontrer. Le documentaire met ici le doigt sur un pan sombre et fort méconnu de l’histoire du mouvement rasta sur cette petite ile de la Dominique. Mais la foi et la conviction sont plus fortes que tout. Il y a une lueur, un éclat, un sourire étincelants terriblement touchants dans le regard de tous ces protagonistes qui ne trompe pas. Rasta is Love !

« Ce que j’ai voulu faire avec ce film, c’est montrer qu’une autre voix, qu’une alternative au système était possible. Je souhaite que le public s’approprie le film, qu’il s’y identifie en se disant peut-être : " Moi aussi je cherche une vie meilleure, je cherche à manger plus sainement, peut-être avec plus de spiritualité, à vivre hors du sytème de consommation"... I & I est destiné à tout le monde et pas seulement à ceux qui connaissent le sujet ou s’y intéressent. » C’est avec un œil éclairé que Julie Hamiti réalise un formidable documentaire incrusté d’animations sympathiques et pertinentes.

Après multiples projections, dans le sud de l’Hexagone principalement, dont une particulièrement remarquée au festival ibérique Rototom 2018, le documentaire paraît aujourd’hui en DVD. Accompagné d’une belle quantité de bonus, comme celui de proposer des références « pour aller plus loin », I & I trouvera aisément, sans complexe aucun, sa place dans votre vidéothèque entre Le Premier Rasta, Holding on to Jah et Bad Friday.

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I & I, un documentaire sur la philosophie rastafari
de Julie Hamiti
Avec Ras Mweya Masimba, Ras Hailu Tefari, Ras Bongo Wa, Ras Moses "Shuce", Empress Laurina James, Ras Kabinda, Ras Historyman Kiffin, Ras Patrick "Twicka Zebulun" Campbell, Ras Perty, Empresse Elisheba, Ras Paguiel, Empress Sheeba, Ras Nii, Ras Binghi, Ras Prof I, Ras Mose J. James, Ras Takura, Jah Malone, King Yankey, Jah Hero Mawuli, Ras Uncle Nash, Empress Anny Sista Dan, Grace "Mama Africa" Rhoomes, Ras Fofo Levi, Jah Kwesi, Ras Daddy Bosco, Ras Little Joe, Ras Fa Jah Jah, Desmond Martin, King Pele, Priest Archibald, Pump, Ras Black Prince, Ras Man Job, Ras Henry "Jah D" Pierre, Ras Idread.


53'20 - Couleur - PAL

Bonus inclus.

Téléchargement numérique inclu.
Audio : anglais, français
Sous-titres : français, anglais
Montage : Julien Colin et Julie Hamiti
Musique originale: Florent Estienne et Pitchoun dou Baou.

*Les propos de Julie Hamiti ont été recueillis le 5 novembre 2018 à Paris. 

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