african POSTman

11 septembre 1987

10/09/2019

 

Au soir du Nouvel An éthiopien 1987, 11 septembre, Peter Tosh et sa compagne Marlene Brown reçoivent à l'étage de leur domicile de Plymouth Avenue à Kingston, Mike Robinson, le batteur Carlton 'Santa' Davis et Doc Brown, le ganjaman de Tosh. Arrivent Dennis 'Leppo' Lebban accompagnés de deux individus. Connus des lieux et de leurs propriétaires à qui il vient régulièrement demander un peu d'argent, Leppo monte à l'étage suivi des deux quidams. Soudain, les trois derniers arrivés dégainent leur 9 mm sommant tout le monde de mettre ventre à terre. Ils fouillent la maison et réclament du fric. Dans ce même laps de temps, débarquent Jeff 'Free I' Dixon et son épouse, qui se retrouvent face contre sol à peine avoir franchi la porte.

[english version by Deepl below]


Selon les témoins rescapés, sans aucun événement déclencheur, les trois gunmen tirent à plusieurs reprises. Free I gravement touché plonge dans le comas dont il ne sortira jamais ; Peter Tosh et Doc Brown, à terre, eux, ne se relèveront pas. Leppo et ses acolytes vident les lieux, mais ce dernier vient se livrer à la police quelques heures seulement après le double meurtre.

 

Lui qui n'assistait jamais aux enterrements*, considérant que Rasta n'était que la vie et qu'il ne devait tourner la tête en direction de la mort, Peter Tosh a dû de très haut apercevoir les quelques 12000 personnes** venues se recueillir sur sa dépouille et assister à ses funérailles le 26 septembre 1987, à la suite desquelles il fut inhumé à Belmont, dans Westmoreland***, non loin de Church Lincoln où il était né quarante-trois ans plus tôt.


Il faudra à peine six minutes aux jurés pour délibérer lors du procès éclair de Dennis 'Leppo' Lobban, le 17 juin 1988. Proclamant une dernière fois son innocence, il écope de la peine capitale, la peine de mort, tout en étant encore en vigueur en Jamaïque à l'époque, ne s'applique plus. Jamais il ne dénoncera ceux qui l'accompagnaient ce soir de septembre 1987. Si l'affaire fut classée illico presto, il reste beaucoup de zones d'ombres sur ces meurtres dont, la primordiale question de la motivation de ce guet-apens fort bien orchestré.

Certains avancent l'idée de policiers qui ne le portaient franchement dans leur cœur depuis des années. D'autres y voient des raisons politiques : sans pour autant être affilié à un parti, Peter Tosh a plus ou moins quelques accointances avec le JLP (Jamaica Labor Party). À la veille d'élection nationale, le parti adverse, le PNP (People's National Party), aurait préparé une campagne violente avec l'aide de gangs dont Peter aurait fait les frais. D'autres, encore, suggèrent une participation plus que discrète de personnalités et/ou officiels de l'establishment. En effet, avec Free I, Peter avait le projet de lancer la Rasta Reggae Radio. Quand on connait le tempérament de Tosh, sa personnalité, sa détermination, son franc-parler, sa dénonciation perpétuelle du système et son sempiternel combat mené en faveur de la légalisation de l'herbe, on peut aisément imaginer (!) que sa mort pouvait rendre service et laisser dormir quelques hommes d'importance sur leurs deux oreilles .

 

Les quelques 10 minutes animées et sous-titrée en français qui suivent, reviennent sur ce 11 septembre 1987, faisant intervenir des témoins de la rixe, des amis de Tosh, des anonymes. Ces images passionnantes sont extraites de Stepping Razor - Red X de Nicholas Campbell sorti en 1992 et plusieurs fois réédité en DVD. Plus récemment, en 2013, John Masouri publiait Steppin' Razor, The life of Peter Tosh traduit en français chez Camion Blanc en 2016, unique et finalement suffisante biographie de l'artiste, un travail colossal et passionnant de plus de 800 pages...

Deux indispensables auxquels il faut ajouter le numéro 41 de Natty Dread Magazine qui lui consacrait en février 2007 plusieurs articles et une discographie experte. 

 

PETIT PETER TOSH POUR LES NULS :

Membre fondateur des Wailers avec Bob Marley et Bunny Wailer, Peter Tosh (né Winston Hubert McIntosh le 19 octobre 1944 a Church Lincoln, Wetsmorland, JA) quitte le groupe, suivi de Bunny, en 1973 pour poursuivre une carrière solo ponctuée de plus d'une dizaine d'albums dont certains sont des incontournables tel Legalise it à la couverture des plus enfumées (Columbia, 1976), le révolutionnaire Equal Rights (Columbia 1977), l'homéopathique Bush Doctor (Rolling Stones 1978) ou encore son dernier No Nuclear War (EMI 1987). Rasta convaincu, bien loin du cliché du dreadlockseux peace and love, Peter Tosh était un véritable soldat, un combattant pour la justice faite à tout peuple noir, se positionnant en contestataire invétéré face à l'establishment post-colonial britannique qu'il dénommait shitstem. Sa musique était son arme, son discours virulent et sans concession ses munitions... Mystique, à tendance paranoïaque marquant la fin de sa vie, Peter a laissé des témoignages déroutants, voire inquiétants et très sombres par le biais d'[auto]enregistrements audios et vidéos, qui furent montés et compilés dans le documentaire "posthume" de Nicholas Campbell INCONTOURNABLE et INDISPENSABLE intitulé Stepping Razor Red-X  (tout papier officiel concernant l'artiste aurait été estampillé d'une croix rouge). Reclus dans l'ombre de sa Star internationale d'ami d'enfance qu'était Marley, il reste un exemple et une source d'inspiration pour beaucoup d'artistes de générations plus jeunes. Redoutable et bruyant opposant à toute forme d'oppressions et irrémédiable amateur et défenseur de la consommation de la ganja lui ont valu plus d'un passage à tabac, façon maréchaussée yardie en bonne et due forme...​

* Il n'a pas assisté aux funérailles de Bob Marley en mai 1981.

** Bunny Wailer, dernier vivant du trio légendaire, n'est pas présent.

*** À l'extrême Ouest de la Jamaïque, à une cinquantaine de kilomètres au Sud-Est de Negril.

 

Illustration : photo de quatrième de couverture du livre de John Masouri, Steppin' Razor, La vie dePeter Tosh, Camion Blanc, 2016.

ENGLISH VERSION

 

On the evening of Ethiopian New Year's Eve 1987, September 11, Peter Tosh and his girlfriend Marlene Brown received Mike Robinson, drummer Carlton 'Santa' Davis and Doc Brown, Tosh's ganjaman, on the floor of their home on Plymouth Avenue in Kingston. Dennis 'Leppo' Lebban arrives accompanied by two individuals. Known by its owners from whom he regularly comes to ask for some money, Leppo goes upstairs followed by the two quidams. Suddenly, the last three to arrive drew their guns, urging everyone to put their stomachs on the ground. They search the house and ask for money. In the same time, Jeff 'Free I' Dixon and his wife disembark, who find themselves face down on the ground as soon as they walk through the door. 
According to surviving witnesses, without any triggering events, the three gunmen fired several times. Free I, seriously wounded, plunged into a coma from which he would never come out; Peter Tosh and Doc Brown, on the ground, would not get up again. Leppo and his associates cleared the premises, but he came to the police only a few hours after the double murder.

Peter Tosh, who never attended funerals*, considering that Rasta was only life and that he should only turn his head towards death, had to see from a very high angle the 12,000 people** who came to visit him and attend his funeral on September 26, 1987, after which he was buried in Belmont, in Westmoreland***, not far from Church Lincoln where he had been born forty-three years earlier.


It will take just six minutes for the jurors to deliberate during Dennis 'Leppo' Lobban's flash trial on June 17, 1988. Proclaiming his innocence one last time, he was sentenced to death, the death penalty, while still in force in Jamaica at the time, no longer applied. He will never denounce those who accompanied him this evening in September 1987. If the case was closed immediately, there are still many grey areas on these murders, including the primary question of the motivation of this very well orchestrated ambush.

Some people put forward the idea of police officers who hadn't had it in their hearts for years. Others see it as political reasons: without being affiliated to a party, Peter Tosh has more or less some connections with the JLP (Jamaica Labor Party). On the eve of the national election, the opposing party, the PNP (People's National Party), reportedly prepared a violent campaign with the help of gangs, at Peter's expense. Still others suggest a more than discreet participation of personalities and/or officials of the establishment. Indeed, with Free I, Peter had the project to launch Rasta Reggae Radio. When you know Tosh's temperament, personality, determination, frankness, constant denunciation of the system and endless struggle for the legalization of grass, you can easily imagine (!) that his death could be of service and let some important men sleep on their two ears.

 

The next 10 animated minutes, return to September 11, 1987, involving witnesses from the brawl, Tosh's friends, anonymous people. These exciting images are taken from Nicholas Campbell's Stepping Razor - Red X released in 1992 and several times re-released on DVD. More recently, in 2013, John Masouri published Steppin' Razor, The life of Peter Tosh, a unique and finally sufficient biography of the artist, a colossal and fascinating work of more than 800 pages...

Two indispensable items to which must be added the Natty Dread Magazine #41, which in February 2007 devoted to him several articles and an expert discography.

 

Peter Tosh for Dummies...

Peter Tosh (born Winston Hubert McIntosh on October 19, 1944 at Church Lincoln, Wetsmorland, JA) left the group, followed by Bunny, in 1973 to pursue a solo career punctuated by more than a dozen albums, some of which are essential such as Legalise it on the cover of the most smoky (Columbia, 1976), the revolutionary Equal Rights (Columbia 1977), the homeopathic Bush Doctor (Rolling Stones 1978) or his latest No Nuclear War (EMI 1987). A convinced rasta, far from the image of the dreadlocks and peace and love spirit, Peter Tosh was a true soldier, a fighter for justice for all black people, positioning himself as an inveterate contender against the British post-colonial establishment he called shitstem. His music was his weapon, his speech virulent and uncompromising his ammunition... Mystical, paranoid and marking the end of his life, Peter left confusing, even disturbing and very dark testimonies through[auto] audio and video recordings, which were edited and compiled in Nicholas Campbell's essential "posthumous" documentary Stepping Razor Red-X (any official paper about the artist would have been stamped with a red cross). Reclassified in the shadow of his international childhood friend Star Marley, he remains an example and a source of inspiration for many artists of younger generations. Fearful and noisy opponent of all forms of oppression and irremediable amateur and defender of ganja consumption have earned him more than one beating, like a police yardie in good and due form...

* He didn't attend Bob Marley's funeral in May 1981.

** Bunny Wailer, the last living member of the legendary trio, is not present.

*** In the far west of Jamaica, about fifty kilometres southeast of Negril.

 

Illustration: back cover photo of John Masouri's book, Steppin' Razor, The Life of Peter Tosh, Camion Blanc, France, 2016.

 

 

 

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