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Mister Leu & The Nyabinghers, nés pour le reggae.

24/10/2019

Jeudi 10 octobre, 15h30, quelque part sur la toile.
Le pointeur de notre souris s’apprête à actionner le bouton de mise en relation...


Quelques jours auparavant, nous avions reçu un album qui, depuis lors, n’avait plus quitté le tiroir de notre lecteur CD. Une pochette aguicheuse, des mélodies alléchantes, l’opus de Mister Leu and The Nyabinghers véhiculait également un esprit festif et dansant qui nous rappelait la tradition des groupes de mento. Poussés par notre curiosité légendaire et quelques cliques plus tard, rendez-vous par webcam interposée était fixé avec le fondateur et leader du groupe, David Leriche dit LeuLeu...


À l’heure dite, nous lançons la demande de connexion et après deux tonalités, c’est lunettes écaille, tribly vissé au crâne et sourire en coin, que l’artiste nous apparaît à l’écran. Les politesses d’usage échangées, David engage la discussion :

« Je suis arrivé à l’âge de 15 ans à Perpignan. J’y suis toujours. On me demande souvent : « Mais tu es de Perpignan ? Il est où ton accent ? ». En fait, je suis né en Seine et Marne en 1973. J’ai très tôt été mis au reggae avec mes parents qui écoutaient Bob Marley, IJahMan, Burning Spear... beaucoup de Marley ! Je devais avoir 5 ou 6 ans... J’ai très vite été attiré par le ska, le rocksteady et le early reggae... La soul aussi. J’ai commencé la musique avec les percussions africaines en arrivant dans la région. »
En parfait autodidacte, David s’attaque ensuite à la batterie, à la contrebassine*, à la guitare. « Avec un pote, je jouais parfois dans les rues de Perpignan. Un jour, on a fait la connaissance de membres des 100 Grammes de Têtes. J’ai intégré le groupe en 1997 pour le quitter en 2017. J'y ai alterné percussions, chant et batterie. Durant une période, nous avons eu la chance d'accompagner dans toute l’Europe, Laurel Aitken, The God Father of ska. C’est un souvenir inoubliable. Il avait dans les 73 ou 74 ans, il avait l’esprit toujours aussi rude boy. Il tenait une forme folle !... »

« ... Il y a deux ans, j’ai vu Clinton Fearon sur scène lors de sa tournée acoustique. C’était fort... très fort. J’ai eu comme un déclic. J’ai eu envie de retrouver ce style, cette ambiance. » C’est à ce moment que David fait la connaissance de Jasmin Colomb, bassiste, en quête d’un batteur pour un groupe qu’il est en train de monter, Massa Dub. Cela ne pouvait pas mieux tomber : David cherchait, pour sa part, un bassiste pour un projet qu’il a dans la cœur depuis son départ des 100 Grammes de têtes. Échange de bon procédé, David devient le batteur de Massa Dub et Jasmin assure la basse pour ce qui va devenir The Nyabinghers.

Depuis quelques temps déjà, Mister Leu, c’est ainsi qu’il nous faut dorénavant l’appeler, se produit avec une configuration des plus réduites puisque c’est seulement muni de sa guitare, d’une grosse caisse et d’un shaker aux pieds qu’il se présente sur scène, jouant ses compostions ou faisant des reprises de standards jamaïcains et soul. À la fin d’un de ses concerts, que l’homme-orchestre ponctue de petites interventions sur la musique jamaïcaine, il est interpellé par un jeune saxophoniste, Lucas Ferrer : « Un soir, après un concert, il est venu me trouver en me disant qu’il était à fond jazz mais qu’il s’essaierait bien aux rythmes jamaïcains, surtout le ska et le rocksteady. J’ai dit : chiche !  »
Le quatrième et dernier membre de son groupe, Mister Leu va le trouver en la personne de Robin Marchand, pianiste, à qui il fait découvrir le melodica « qu’il n’a plus quitté depuis ce jour. » Au complet, le quatuor peut commencer les répétitions. « J’ai apporté mes compositions et on a bossé ensemble les arrangements. Je joue avec des jeunes franchement très talentueux. Ils apportent leurs idées, leurs influences. Prends Lucas, par exemple, le plus jeune du groupe. C’est un passionné de jazz et un grand fan de Charlie Parker dont nous nous sommes inspirés sur deux titres. »
Mister Leu and the Nyabinghers se produisent pour la première fois sur scène le 7 décembre 2018 à Perpignan au côté de Calypso Rose dont ils assurent la première partie. « Pourquoi The Nyabinghers ? Et bien, c’est en l’honneur de la princesse Nyabinghi, qui fut tuée en se combattant les esclavagistes. Et puis, c’est son nom que l’on donna aux tambours sur lesquels les Rastas jouent le rythme du cœur, aussi appelé nyabinghi. »
Session après session, concert après concert, le groupe peaufine ses morceaux et sort un premier EP en juillet 2019. « Ce premier quatre titres est constitué de deux reprises, Mad About You de Laurel Aitken et de My Little Suede Shoes, une cover ska de Charlie Parker, et de deux compositions : I Fell In Love et  Give Me Fire, que tu retrouves sur notre premier album qui sort le 25 octobre prochain... »
L’opus annoncé se compose de onze titres bien chaloupés, mélangeant ska, rocksteady, reggae et jazz avec malice. « Born To Reggae, c’est un peu comme la carte de visite du groupe. J'ai voulu que ce premier album soit vraiment représentatif de notre son en live, donc électrifié au minimum, en semi acoustique. » Et modèle confère au groupe une dimension véritablement conviviale et tisse un lien de proximité étroit avec l’auditeur. Passant avec aisance d’un style à l’autre, ou les combinant avec maîtrise, les quatre musiciens s’en donnent à cœur joie. Que le propos soit sérieux ou plus léger, Mr Leu et ses acolytes sont animés par un feu festif communicatif, à l’image du titre d’ouverture qui donne son nom à l’opus, le vivifiant Born to reggae. « Ce morceau est un hommage à Toots & The Maytals avec un style un peu funky. J’adore Toots. »

Et Mr Leu de poursuivre : « Give Me Fire, est une petite chanson d’amour sur fond rocksteady. L’instrumental Flower For Albert, c’est un clin d’œil aux Skatalites. C’est un thème à l’origine de David Murray que les Skatalites ont réinterprété...‪ La Grande Illusion‬ est une critique de la société numérique. Internet c’est bien, c’est pratique. La preuve en est, sans Internet nous ne pourrions échanger comme nous le faisons en ce moment. Mais Internet ou du moins l’utilisation que certain en font a de très mauvais côté, les fake news, le complotisme, la façon dont l’actu est relayée dans les médias qui sont partout, à l’affût du moindre fait.
Le titre suivant,
Le Mento du Poissonnier, est un clin d’œil à Chez Mémain, un poissonnier dans le centre ville de Perpignan. La poissonnerie n’existe plus aujourd’hui mais à une époque, c’était un endroit incontournable. Le patron accueillait dans sa poissonnerie-même des concerts et des festivals, c’était incroyable. Tout le monde passait chez Mémain...
Sur
Hey Man, une sorte de reggae blues, je dénonce l’intolérance, les extrémismes religieux. Quoi de mieux pour vivre ensemble, que l’amour, la laïcité et le respect ? Le morceau d’après, Gamera, est ska instrumental. Son titre fait référence au copain de Godzilla, le monstre du cinéma japonais... Le reggae I Fell In Love est dédié à toutes les femmes du monde, une réponse à la situation en France et tous les problèmes graves qu’elle rencontrent encore aujourd’hui.
Et puis, il y a
Detoxification, un rocksteady sur lequel je parle de la Terre qui parce qu’elle est malade doit se désintoxiquer, comme un être humain qui a besoin d’éliminer les toxines, les mauvaises choses pour aller mieux. Vu le situation actuelle, chaque artiste se doit d’éveiller les consciences à ce sujet. Je dirais même que cela devrait être obligatoire, dans chaque album un titre pour la nature ! (Rire) L’avant dernier morceau, Segment Ska, est une reprise d’un thème de Charlie Parker Segment. »
L’album s’achève sur un ska latino soutenu chanté en espagnol cela va sans dire : « Dieguito est un hommage au seul, à l’unique Diego Maradona. Les paroles ne sont pas de moi. En Argentine, des gens vouent un culte au footballeur et le texte reprend des brèves de prières de l’Église maradonienne. »

 

Mister Leu prêche un convaincu. C'est un formidable album que toute sa troupe s’apprête à partager avec le public : « Nous avons déjà plusieurs dates de programmer dans la région et une pas loin de chez vous dans le 77. Si ça vous tente !?... » Remercié pour sa proposition et surtout pour ce bon moment qu'il nous avait consacré, il nous salue et disparaît de notre écran. La connexion à peine coupée que déjà Born To Reggae reprend sa rotation dans notre lecteur. Impossible de résister à l’appel de Mister Leu & The Nyabinghers ! 

 

 

Mister Leu and The Nyabinghers

Born To Reggae

01. Born To Reggae

02. Give Me Fire

03. Flower For Albert

04. La Grande Illusion

05. Le Mento du Poissonnier

06. Hey Man !

07. Gamera

08. I fell In Love

09. Detoxification

10. Segment Ska

11. Dieguito

Bam Bam Records 2019

* Une bassine retournée flanquée d’un manche à balai. Une unique corde tendue est pincée pour obtenir un son que la fameuse bassine amplifie. 

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