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Tribute Augustus Pablo, à la recherche de la cassette perdue - Part Two.


Trois semaines après son appel, K-Lee était arrivé avant moi au rendez-vous que nous avions convenu à quelques heures de son vol pour les Antilles.

« Voilà tout ce qu’il me reste, annonce-il en me tendant un sac dont j’en connaissais parfaitement le contenu. Tu vas les vendre ?

Déjà, on va leur consacrer un article, depuis le temps. Et si des gens sont intéressés, elles seront disponibles à la vente. »

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Pour K-Lee, tout commença le 18 mai 1999, jour de la disparition de Augustus Pablo : très affecté, K-Lee voulu à sa façon rendre hommage à l’artiste dont il collectionnait les 45t. « Pablo était une référence pour les seuls connaisseurs. Il était totalement inconnu du grand public. L’idée de la cassette s’est imposée d’elle même car c’était la mode à l’époque. Tout le monde sortait des mixtapes. » Passionné de musique jamaïcaine, K-Lee accumule les galettes depuis la fin des années 80 avec une prédilection assumée pour le format roi, le 45t. Natif de Dreux (28), il y fait tourner ses galettes entre 1995 et 99 dans l’émission Dub Wise diffusée sur RTV (Radio des Trois Vallées sur Dreux), au côté de Gadjet et Big Crazy. C’est durant cette période que K-Lee rencontre Fluoman : « J’ai rencontré Fluoman en 97. En fait, Gadjet avait repéré des cartes postales dans une vitrine à Chartres. Le gars de la boutique lui a refilé le numéro de l’artiste, c’était Fluoman. Gadjet a pris contact avec lui et se sont rencontrés chez lui. C'est au cours d'une émission que j'ai fait la connaissance de Fluo. On a même enregistré plusieurs émissions dans son atelier comme une spéciale Bob Wasa dont le dernier album (en 1998, N.D.L.R.) avait été illustré par Fluo. »

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Très populaire, la cassette a favorisé la circulation des œuvres musicales en permettant les enregistrements et compilations « maison ». La popularité de la K7(1) audio est indissociable du succès planétaire du Walkman de la marque Sony, présenté pour la première fois en 1979. Muni d’un casque, ce petit magnétophone transportable permettait une écoute mobile, fut une véritable révolution culturelle.

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En 1979 à Paris, Bob Marley reçoit des mains de Fluoman un T-shirt avec le portrait de Haïlé Sélassié. Impressionné par le talent du peintre, il l'invite en Jamaïque pour qu'il peigne un mur d'une nouvelle pièce qu'il fait construire à Tuff Gong au 56 Hope road, Kingston. Il s'envole pour la Jamaïque l'été suivant et après avoir été accueilli par Aston ‘Familyman’ Barrett, le bassiste de Marley car ce dernier est absent. Il reste un mois et demi dans la propriété du Gong, dormant et mangeant au pied de la fresque. Composée du portait de Son HIM, de Marcus Garvey et de Bob Marley et de visages africains, cette oeuvre malheureusement n'existe plus aujourd'hui. Durant ce mois et demi, Joseph Hill, lead vocal de Culture - son ami depuis la venue de ce dernier en France, lui confie la réalisation d'un portait de Ras Tafari dans sa maison. Au cours de ce séjour, il rencontre Mortimer Planno (mentor de Bob Marley) qui, convaincu du désir de connaître Rasta de Fluoman promet de lui « envoyer » en France un guide spirituel. Ce dernier se manifestera deux ans plus tard en la personne de Ras Michael.

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1999 marque le départ de K-Lee pour Pontivy en Bretagne. Il se rapproche de la radio Bro Gwened, bretonne et bretonnante. Avec Youn il crée l’émission Consciousness en 2001, pour laquelle ils interviewèrent moult artistes jamaïcains et français – pour beaucoup locaux, qui se produisaient dans la région. À chaque rencontre, il y avait toujours une allusion, une question à propos d’Augustus Pablo dont la disparition était encore récente et avait blessé le cœur de beaucoup. Les deux acolytes vont sélectionner avec expertise et patience, piocher dans leur collection, dans des compilations obscures une vingtaine de titres du musicien. Ils envoient la sélection à plusieurs artistes déjà rencontrés avec l’espoir de recevoir gracieusement des versions en retour... K-Lee et Youn reçoivent finalement plus qu’ils n’espèrent : « Beaucoup d’artistes nous ont répondu. Nous avons une nouvelle fois, fait une sélection des meilleures versions que nous avions reçues, celles qui nous paraissaient les plus en phase avec l’esprit du projet et qui respectait l’œuvre de Pablo. La plupart des artistes que tu retrouves sur les versions sont totalement inconnus : le fils de Fluo, ElIjah, qui devait avoir 14 ou 15 ans sur deux versions au saxophone; ABS un groupe de St Rémy près de Dreux avec Gadjet au chant ; Seb Daddy, Jezz I et Elvas, un gars qui nous avait envoyé des morceaux uniquement mélodica que nous avons parsemé un peu partout. Et puis il y a Manuel de Baobab des parisiens qui marchaient bien à l’époque, Shoukri de Radical El Salem un groupe hélas éphémère de Nice. Yanis Odua qui apparaît en fin de face était au tout début de sa carrière. Je l’avais interviewé et il nous avait fait une dédicace...

Au final début 2003 nous avions sous la main vingt-deux titres, neuf versions, des extraits d’interviews et deux ou trois autres bricoles. En deux jours nous avons fait le mix et le mastering au studio de Gorgon Mission Sound System, à Nantes... et on a fait faire 500 cassettes de Tribute to Augustus Pablo que nous avons reçues en septembre. »

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La cassette audio a concurrencé le disque vinyle (2) durant une trentaine d’années, jusqu’à l’apparition en 1983 du compact disc (CD). Vinrent les premiers lecteurs numériques mobile en 2000, invention qui scella définitivement le défunt sort de la cassette. Il faut l’avouer ce support n’offrait pas une restitution parfaite du son, à la différence du CD sans déperdition sonore, au rendu identique à la source originale copiée. Cependant, son format de poche, sa solidité, sa facilité d’utilisation et son baladeur – le magnétophone portatif type Walkman et son casque, en faisaient un support terriblement attachant.


Photo prise par Fluoman lors de l'émission spéciale Bob Wasa dans l'atelier du peintre en 1998. De gauche à droite : Selecta Skanky, Gadjet, Sister Cat, Bob Wasa aux percussions et Elijah, au fond K-lee. (Gadjet, archives personnelles)

Entre 1980 et 1990, Fluoman voyage régulièrement en Afrique. Une valise pleine de peinture, il sillonne les villages de l’Afrique de l’Ouest en donnant une dimension fluo à de nombreuses scènes de la vie quotidienne. En 1983, Fluoman participe au salon de la jeune peinture Convergence au Grand Palais à Paris en y accrochant une peinture de dix mètres sur sept. Cette même année, il expose au Musée de Chartres avec l'artiste africain Babatundé O Banjok. Cette exposition Afrika, Afrika, Afrika fut marquée par un vernissage musical en présence d’un sound system parisien. Son amour pour l’Afrique conduit le peintre à militer en rejoignant le Comité des Artistes du Monde Contre l’Apartheid orchestré par l’UNESCO. L'idée consistait à monter une exposition itinérante qui sera donnée à l'Afrique du Sud le jour où cette dernière aura mis fin à l'Apartheid - fin qui intervient dans les textes en 1994. En1993, il fait une tournée avec les Wailers (sans Bob Marley bien évidemment !) et participe à Paris à un hommage au dub poet Michael Smith (assassiné le 17 août 1983, battu et lapidé à mort devant le siège du JLP à l’âge de 28 ans). C'est également durant cette période qu'il se rapproche de Thomas Sankara.

Figure emblématique de la lutte africaine, le président burkinabais appréciant tout particulièrement le travail du peintre, lui propose de venir s'installer dans son pays. Malheureusement, l'assassinat de Sankara quelques temps après, le 15 octobre 1987, met fin ainsi aux rêves africains de l'artiste. Cette même année, il réalise l’affiche du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESCAPO).

À suivre...

(1) « K7 » est un allographe, une suite de lettres écrites n’ayant de sens que si celles-ci sont prononcées les unes après les autres.

(2) inventé en 1948 par la firme Columbia.

#cassette #fluoman #augustuspablo

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