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Session de rattrapage : Michael Ras Star aka Haile Maskel.


Avec un père rasta surnommé Lion très respecté à Trenchtown, de surcroît percussionniste, et une mère fréquentant assidûment l'église Pocomonia (Poco-baptist) où elle chantait, la vie de Michael G. Ashley, amorcée le 14 juillet 1952 à Kingston, ne pouvait rimer qu'avec musique et Rastafari. Avant tout bassiste, également auteur, compositeur et arrangeur, c’est en temps que chanteur qu’il va se faire une place dans nos discothèques.

[english version by Deepl below]


Après des débuts chez Coxsone et Duke Reid, il intègre le Soul Tone Sound System de Prince Chapa Chapa. Il rejoint ensuite The Light of Saba mené par Cedric Im Brook. En 1972, à la demande de l'Institute of Jamaica, il suit le groupe représenter la musique jamaïcaine à Cuba devant un public de Fidel ! « La première prestation était à Santiago, nous y avons joué et, man, c'était complètement fou ! Je n'avais jamais vu autant de monde de toute ma vie, l'équivalent de trois stades de football, de football américain ! Tout l'équipement sonore était russe. Ce fut l'un des meilleurs moments de ma vie. »* Durant cette période, en temps que membre à part entière du groupe, il est crédité sous le nom Michael Ras Star (voir plus bas) au lead vocal sur deux singles sortis sur le label The Light of Saba, Some day et l’excellent Words Of Wisdom paru en 1974.


Avec l'appui de son père, musicien de renom, Michael Ashley enregistre à Chanel One où il tient la basse pour différents grands producteurs  tels King Tubby, Tommy Cowan, Lee Perry ou Augustus Pablo, accompagnant ainsi moult artistes de renom comme Little Roy, Linval Thompson, Johnny Clarke, The Itals, Jimmy London ou bien Hugh Mundel. Également, il sera de l'aventure des Aggrovators sans pour autant être toujours crédité.


Ashley engage réellement sa carrière de chanteur soliste en 1974 sous le nom de Michael ‘Mikey’ Ras Star (ou Starr), avec le superbe Jah Man Of Calvary produit par Geoffrey Chung pour son label Jigsaw. Titre emblématique de sa discographie éparse, Jah Man Of Calvary va en effet connaître pas moins de trois pressages américains en maxi successifs, mais jamais sous le même intitulé : en 1977, il devient Be Free en face B de Love Roy avec Son Of Sam sur Ranking, puis Free Up Yourself en 1978 au revers de Jacob Miller et son classique Forward Ever sur Jam Sounds. En 1980, la chose se complique quelque peu : erreur intentionnelle ou pas, le titre est gravé sur le label des frères Lewis, Top Ranking Sounds, en face B de South Africa de Tyrone Taylor et U Brown avec, sous le nom de Johnnesburg (sic) et crédité à Fatman Riddim Section, Mikey Ras Star disparaissant totalement de l’étiquette (voir illustration).

Ami de Peter Tosh, Tapper Zukie ou bien encore de Bob Marley, ce dernier produit en 1975 son deuxième titre, Got To Say Love, édité sur Top Ranking. En 1979, Mikey produit et enregistre à  Los Angeles tout un album qui ne sort que trente ans plus tard, en Mai 2008, sous l’impulsion du label français Makasound. Titré Fire And Rain et agrémenté des titres – et leur version dub, antérieurs préalablement évoqués, l’opus compulse finalement l’intégralité de la discographie de Mikey Ras Star.


Après avoir jouer pour ou avec les plus grands noms, Bob Marley, Peter Tosh, Bunny Wailer, Ras Mickael, Judy Mowatt, Sly and Robbie, Israel Vibration, Jacob Miller, Sugar Minott (au sein des Black Roots Players), Gideon Jah Rubbal ou Winston McAnuff, dans des studios aussi mythiques que Randy's, Black Ark, Aquarius ou Harry J, il part s'installer à Santa Cruz en Californie au crépuscule des années 1980. Il y officie sous le nom de Haile Maskel, son nom de baptême dans l’Ethiopian Orthodox Church qui signifie en amharique La Puissance du Crucifix. Il rejoint le groupe The Rastafarians (au côté de Constatine ‘Vision’ Walker, Patrick Houchen et Woldé Manfesskiddus) qui commet en 1981 sur ULC Inc – pour Universal Life Church Inc, un unique album intitulé Orthodox, enregistré et mixé au studio Fane's. Le label Makasound, encore lui, ressort en 2009 ces dix fabuleux morceaux dont une version du Words of Wisdom de 1974, roots à souhait, emprunts de mysticisme et religiosité.


Depuis sa Californie d'adoption, Haile Maskel reste actif avec la création du label Opulence (Sound) en 1984 sur lequel il produit une poignée de titres et deux albums solo : Let's make it en 1985 et Papa Africa en 2004. Entre temps, il sort en 1995 sur Massive, Clap your hand.


En Décembre 2009, le journaliste Ben Perrone s’entretient avec l’artiste en vu d’un papier qui paraîtra quelques semaines plus tard, en Février 2010 dans le dixième numéro du magazine Reggae Vibes. À l’époque publié tronqué, nous vous proposons aujourd’hui l’intégralité de cet entretien et (re)découvrir un artiste méconnu des plus talentueux au caractère bien trempé.


NB : Que #benperrone soit vivement remercier pour l’autorisation de reproduction de son entrevue ainsi que pour son apport iconographique. 

Photos labels : label Top Ranking Sounds, Marin Deep Roots Weiss ; label Jigsaw, discogs.com.


Ben Perronne : Haile Maskel, vous êtes un bassiste de talent, mais vous jouez également de la guitare, du clavier, des percussions… D’où vous vient cette passion pour la musique ? Haile Maskel : C’est simplement que j’aime la musique, ma mère et son église. Ma mère me faisait chanter chaque jour à l'église quand j'étais jeune. Dans ma famille, tout le monde chante et joue de la guitare, du banjo, de la batterie, de la flûte… Même du côté de mon père. Tous les membres de ma famille jouent d’un instrument et chantent, mais aucun n’envisage ça comme une possibilité de carrière. Je suis le premier à le faire.


BP : Vos parents semblent avoir eu une grande influence sur l’homme que vous êtes devenu. Notamment du point de vue de votre spiritualité. Votre père était un rasta reconnu, pouvez-vous nous en dire plus sur qui il était et ce qu’il vous a transmis ? HM : Tellement de choses que je pourrais en écrire tout un livre. Tout, « Positive ! », voilà ce que mon père me disait. Il m’a enseigné comment me comporter avec les gens, quelle église choisir, notamment l’Église Orthodoxe parce que c’est de là d’où nous venons. Il m’a appris que je ne devais rien avoir contre l’homme blanc car je le porte aussi dans mon sang - ma grand-mère étant Irlandaise - alors … Il faut aimer chaque individu sur Terre et respecter chaque personne rencontrée. Il faut juste être une bonne personne et aider ceux qui souffrent. Ne jamais battre une femme (rires)… Oui, j’ai appris toutes sortes de valeurs de lui… Ne frappe pas une femme, et si tu la frappes, c’est qu’il est temps pour toi de partir. Si elle te rend fou et que tu sens que tu vas la frapper, alors tu dois partir ! Toutes mes valeurs, je les ai apprises de mon père, la musique, la culture rasta, les voyages, le sport, comment m’habiller… Cet homme m’a tout enseigné, tout ! Pour moi, Il était l’univers. Il n’y a rien que mon père ne m’ait pas appris. Tous les jours de ma vie, il m’a raconté et expliqué chaque passage de la Bible. Il m’a aussi appris qui était Fidel Castro, Cuba et quels monstres étaient les États-Unis. Et ce bien avant que je connaisse l’existence du livre The Pale White Horse et d’autres livres du même genre. Tout ce qui est écrit dans ces livres, mon père me le racontait alors que je n’étais encore qu’un enfant. Il le savait parce qu’il était là et qu’il a toujours parlé de cette élite qui trompe le peuple.


BP : Quelle a été votre première expérience en studio d’enregistrement ? HM : C’était la plus énorme, man ! Nous étions une cinquantaine de Rastas à chanter sur la chanson de Ras Michael Run Come Rally Rally Round. Bob Marley, The Wailers, The Gaylads, Jacob Miller, Inner Circle, Kiddus I… Je suis certains qu’ils se souviennent de cette session… Une cinquantaine de Rastas, tous chantaient Run Come Rally Rally Round, tout ce monde au Randy’s Studio. On se demandait : « Mais comment diable est-ce qu’on va réussir à faire tenir toutes ces personnes dans le studio ? ! » et Ras Michael a répondu : « C’est comme ça que ça doit se faire, il nous faut toute la nation Nyabhingi, c’est un hymne ! ». Et tout le monde a pu se trouver une place… Cinquante Rastas… C’est à ce moment là que tout le monde a découvert la voix. Quand j’ai commencé à chanter, l’ingénieur du son ne cessait de répéter qu’il y avait une voix trop forte. Il pensait que c’était celle de Jacob Miller alors il lui a demandé de s’éloigner de telle manière qu’il a alors pensé que c’était celle de Ras Michael et ce n’était pas lui. Quand il a compris que c’était moi, il m’a mis dans le fond mais ma voix était toujours trop puissante et il a dit « C’est toujours trop fort, mettez le plus au fond encore ». Bob, Jacob Miller et tous les autres se sont retournés vers moi et m’ont dit : « Man, quelle voix ! ». Ce fut une expérience passionnante.


BP : Vous avez collaboré avec les plus grands noms de la musique jamaïcaine. Quelle est la collaboration qui vous a le plus marquée ? HM : Celle avec Israel Vibration. Quand j’ai enregistré Same Song. C’était un nouveau son, un nouveau style de ligne de basse, personne n’avait jamais entendu une ligne de basse sonner comme ça avant. Ils voulaient savoir comment j’avais trouvé une telle ligne de basse. C’est comme un tambour africain. C’est à ce moment là que Sting est venu pour me trouver, je pense, grâce à cette chanson. Car il a dit qu’il voulait voir le congo bass player, le bassiste qui joue comme un percussionniste. Mais je l’ai raté car j’étais parti me recueillir dans les collines au même moment. À mon retour, Tommy (Cowan, ndt) est venu me voir et m’a dit «Tu sais qui te recherche? La Police ! » et j’ai dit « La Police ? mais qu’est-ce que j’ai fait ? » et il m’a répondu « Non, pas la police, La (The, ndt) Police, le groupe ! Sting voulait voir le congo bass player, mais on ne savait pas où tu étais, on t’a cherché partout »… Une occasion manquée au final…

BP : Comment connaissiez-vous Peter Tosh ? HM : Assez bien pour courir avec lui pendant environ trois ans. Nous avions l'habitude de travailler ensemble, de boire plein de ganja tea et de manger du poisson à la vapeur tous les matins. Ouais, Peter Tosh est un de mes frères spirituels. Je le connais suffisamment bien pour pouvoir chanter n'importe quelle chanson comme il l’aurait chantée.


BP : Et Bob Marley ? HM : Pareil. Mais Bob est vraiment différent de Peter Tosh et de Bunny Wailer. J’ai de bons souvenirs avec tous les deux. Ils étaient comme les grands frères que je n’ai jamais eus. Peter et Bunny me guidaient et m’encourageaient dans ma musique. Bob, lui, m’a beaucoup encouragé aussi, mais il m’a surtout dit des choses qui se sont produites dans ma vie, certaines ne sont pas encore arrivées d’ailleurs, comme aller en Afrique par exemple. Bob venait souvent nous rendre visite à moi et à mon père, au 22 Alexander Road. On avait l’habitude de marcher jusqu’à Greenwich Farm pour voir un Rasta qui péchait en bord de mer. Je ne me souviens plus de son nom mais on allait là-bas, tout le temps, pour manger du poisson rôti.

Quand Bob est mort, cela m’a fait le même effet que si cela avait été mon propre père. C’était comme si tout mon monde s’était écroulé en même temps que Bob disparaissait. J’étais déjà aux États-Unis mais toute ma vie a basculé. Je n’aurais jamais pu croire que Bob puisse partir aussi vite, parce qu’il n’était pas prêt. Depuis ce moment là, je lui parle tous les jours. Je pense à lui tout le temps et à ce que serait ma vie maintenant, si il était toujours là. Ma vie serait totalement différente. Il était comme… Ras Michael était mon premier groupe et tout ça… mais Ras Michael et moi n’avons jamais eu cette connexion que j’ai eu avec Bob. Ras Michael incarnait plutôt une figure paternelle bien qu’il ne m’ait jamais traité comme tel, mais lui est mon père étaient proches. Bob était comme un grand frère, un professeur et un prophète à la fois. Il me disait toujours qu’il était détendu quand il était avec moi et qu’il aimait ça. C’était cool ! Il m’apportait quelque chose et c’était réciproque. Bob m’avait envoyé voir Peter et Bunny pour savoir si ils accepteraient de revenir jouer avec lui car c’est ce qu’il voulait. C’est comme ça que Peter et moi sommes devenus amis, parce que Bob m’avait missionné pour l’interroger. Mais je ne lui ai jamais dit que c’était Bob qui m’avait envoyé poser ces questions et il ne l’a jamais su. Bob ne m’a plus jamais parlé des Wailers. J’étais jeune et je rêvais de voir le groupe se reformer. J’ai tout essayé, TOUT ! Ils étaient tous les trois faits pour être ensemble. Ils ont fait de grandes choses pour tout le monde. Ces trois esprits réunis étaient vraiment spéciaux, ils n’auraient jamais dû se séparer. Ils devraient être encore en vie et nous guider… la Trinité, man ! Mais l’argent a joué un rôle décisif sur eux sur le fait qu’ils ne sont jamais remis ensemble. Toute cette merde, c’est à cause de l’argent. Ce n’est pas de la faute de Bob, mais de l’argent.


BP : Au cours de votre carrière de musicien, on peut vous retrouver sous différents pseudos. Pourquoi avez-vous abandonné celui de Mickey Ras Starr au profit de Haile Maskel ? HM : Je ne l’ai jamais vraiment abandonné. Depuis que j’ai été baptisé par l’Église Orthodoxe, j’ai un autre regard sur la vie. En tant que Mickey Ras Starr, j’étais plus rebelle, comme les Wailers à leurs débuts, un soul rebel. Le prêtre de l’Église Éthiopienne Orthodoxe m’a conseillé d’utiliser Haile Maskel qui signifie en amharique, la puissance du Crucifix !


BP : Il paraît que votre tout premier nom d’artiste était Mikey Dread ! Est-ce vrai ? HM : Oui, c’était mon premier nom, tout le monde me connaissait en tant que Mikey Dread. Mon père n’aimait vraiment pas ce nom ! Un jour, avec mon ami Horsemouth**, nous étions au Black Ark Studio et Michael Campbell est venu voir Lee Scratch Perry pour lui annoncer qu’il souhaitait désormais se faire appeler Mikey Dread. Horsemouth voulait littéralement lui cassait la gueule. Il lui a dit « Eh bwoy yu a thief my bredren name ! » Il voulait vraiment le tabasser, il a fallu que je l’emmène dehors pour le calmer mais il continuait de se prendre la tête avec Michael Campbell à propos de mon nom. Alors je lui ai dit: « C’est bon man, il peut garder ce nom parce que mon père ne l’a jamais aimé de toute façon ! » et j’ai dit à Michael : «C’est bon Dread, ton nom est Mikey Dread, tire-toi maintenant, Mikey Dread At The Control ! » J’avais déjà Mikey Ras Starr comme pseudo, alors… Il voulait s’appeller Mikey Dread et moi Mikey Ras Starr, qui signifie chef de tous les rasta... De toutes les étoiles, je suis la plus grande. La plus grande mais aussi la pire. Yeah ! Et c’est là que je me dois de faire mes preuves… je joue de tous les instruments et je peux chanter tout et n’importe quoi. Seuls quelques Jamaïcains peuvent faire ça. L’un d’entre eux est Noel Sowell***. Il peut chanter et jouer de n’importe quel instrument.


BP : En 1972, vous partez avec les membres du groupe The Light Of Saba pour Cuba afin de jouer devant Fidel Castro. Pouvez-vous nous dire dans quel contexte cela s’est il produit ? HM : C’est par le biais du Centre Culturel de la Jamaïque, c’était un échange culturel entre nos deux pays. Quand le programme a débuté, ils ont voulu envoyer des gens à Cuba pour représenter la Jamaïque et tout le monde avait peur. Tout le monde avait peur d’y aller. On était les seuls à dire : « Ok, on y va ! » Nous y sommes donc allés pour représenter la Jamaïque et sa culture. Ils voulaient savoir comment était notre culture et notre musique, nous leur avons montré et c’était super ! Quand nous sommes partis de là-bas, nous étions connus sous le nom de The Magical Light of Saba. Avant, on nous appelait plus simplement The Light of Saba.


BP : À la fin des années 70, vous avez quitté l’île de la Jamaïque pour les États-Unis, en Californie plus particulièrement. Pourquoi avez-vous quitté votre île ? HM : Parce que j’étais allé à Cuba juste avant, à une époque où tout devenait politique. Comme quand ils ont tiré sur Bob. Je suis parti pour protéger ma vie. J’ai quitté la Jamaïque pour des raisons politiques parce que j’étais puissant dans le ghetto. J’avais un club de jeunes que je sponsorisais moi-même et avec qui je faisais de la musique. Il y avait quelque chose comme 300 membres dans mon club. Les politiques ont concentré leur force sur moi, ils venaient vers moi et voulaient m’offrir tout un tas de trucs et mon père a dit que je ne devais rien accepter venant de leur part. Et puis ce fut une lutte politique partout où j’allais. Ils ont tabassé le percussionniste de Light of Saba, ils ont cassé ses bras, mais il a pu s’enfuir et il venu me voir avec un papier sur lequel notre nom était tout en haut d’une liste. Ils ont dit que nous étions revenus de Cuba pour diffuser le socialisme, mais nous n’avions pas eu à le diffuser… C’est pourquoi j’ai quitté la Jamaïque, c’est aussi simple que ça.


BP : Avec The Rastafarians, vous enregistrez l’album Orthodox qui s’inscrit dans une démarche clairement spirituelle alors qu’au même moment la musique jamaïcaine évolue dans un tout autre sens. Est-ce que cela n’a pas été trop dur de convaincre le public dans un tel contexte ? HM : Et bien... oui et non. Quand le dancehall est arrivé, les plus jeunes étaient en attente de cette musique et les sound systems étaient là, c’est pourquoi il est devenu plus difficile de faire des choses culturelles. Les deejays ont pris la place. Shabba Ranks était au sommet de son art. Mais je n’ai pas vraiment beaucoup de choses de plus à dire à ce sujet. C’est comme ça… la jeune génération aime le dancehall et les anciens aiment la culture.


BP : Orthodox est un album sur lequel les arrangements sont très riches, on peut y entendre des solos de guitares et de piano à la frontière du rock psychédélique. Diriez-vous qu’il s’agit là directement de l’influence du son californien de cette époque ? HM : Non (rires). C’est juste moi. J’ai toujours aimé le rock mais quand j’étais en Jamaïque on ne m’aurait jamais permis d’en jouer. Santa et Chinna me disaient toujours : « Tu essaies d’imiter Jimi Hendrix et sa musique du diable » et je répondais : « Man, ce n’est pas la musique du diable, c’est juste du son et de l’énergie ». Ils avaient l’habitude de me chambrer là-dessus et ça me blessait beaucoup. Je voulais vraiment être un guitariste comme Hendrix, c’est ce que j’aime… des screaming guitares, de l’énergie… J’adore ça ! Et j’aime aussi le son du synthétiseur, il me donne la même énergie, quelque chose de totalement nouveau et d’intense. J’aime les sentiments intenses. Et j’ai toujours voulu mettre de l’émotion dans ma musique.

BP : Est-ce que la façon de jouer du Reggae est la même en Jamaïque qu’en Californie ? HM : Je pense que MON Reggae, celui que je joue en Californie sonne comme le Jamaïcain... avec un supplément de mélodies. Grâce à la guitare, j’ai plus de mélodies que la plupart des Jamaïcains. J’utilise des mélodies pour peaufiner l’orchestration autour du reggae. Mon reggae, je l’aime avec tout un tas de mélodies qui coulent à travers la chanson. C’est du reggae sophistiqué. Ce n’est pas du reggae californien, mais juste Haile Maskel. Si j’étais en Jamaïque, en Afrique ou Japon, il serait le même.


BP : Bien qu’il y ait encore un public pour le reggae roots, la Jamaïque n’en produit quasiment plus. Le public est donc résigné à se contenter des rééditions d’albums enregistrés à son âge d’or. Selon vous est-il encore possible aujourd’hui de produire un reggae roots et authentique ? HM : Oui, c’est possible. Mais pourquoi voulez-vous revenir à ces âges sombres alors que nous sommes dans une période éclairée? Je dis NON. Nous pouvons l’enregistrer mais pourquoi? Nous avons besoin de progresser. Bob voulait que la musique progresse et je le rejoins sur cet avis. Il ne voulait pas que nous revenions à cette sombre période où seize musiciens jouaient sur un seul micro, une seule piste ! Non ! Arrête s’il te plait ! Nous pouvons enregistrer un reggae authentique, de la musique roots, mais la méthode d’enregistrement sera différente. Parce que nos connaissances se sont développées, la musique doit elle aussi progresser. Je ne vois pas pourquoi je devrais revenir en arrière. Ce n’est pas constructif. J’ai besoin d’aller de l’avant et de continuer à avancer. De toute manière, tous ces vieux morceaux de reggae… Tu ne peux même pas entendre le batteur, ni la puissance de la basse. Ecoute la plupart des titres Studio One, Tu n’entendras jamais le batteur nettement, le son n’est pas propre réellement. C’est impossible à gérer. Tout est beaucoup mieux maintenant. Amélioration de la vie, amélioration dans tous les domaines. Nous respectons tous ces vieux enregistrements, mais nous ne pouvons pas continuer travailler de cette façon. J’ai évolué et je vais de l’avant.


BP : Beaucoup d’artistes jamaïcains ayant collaborés avec le label Makasound semblent s’inscrire dans une collaboration sur le long terme. Winston McAnuff a sorti plusieurs albums depuis, Kiddus I vient tout juste de sortir l’album Green For Life, idem pour Linval Thompson. Peut-on espérer la même chose pour vous ? HM : Plusieurs albums avec Makasound ? Je ne sais pas. Je veux dire, Makasound et moi n’avons pas de projet en cours pour le moment. Et ils sont les seuls à faire quelques choses pour moi… Alors, je ne sais vraiment pas… Fire & Rain et Orthodox étaient les deux seuls albums que Makasound voulait. Tout dépend de Makasound, mais je ne sais pas ce qu’ils veulent faire ou si ils veulent travailler avec moi encore un peu. Parce qu’ils veulent du vieux reggae et la majorité de mon reggae est moderne. Je n’ai plus de vieux reggae à leur donner, alors je ne sais pas ce qu’ils vont encore pouvoir faire pour moi, ni combien de temps notre relation va encore durer, à moins que Makasound accepte de prendre le reggae que je fais aujourd’hui. Ces morceaux sont aussi bons que ceux que je composais à l’âge de 19 ans. De toute manière, je les ai tous écrit à l’âge de 19 ans mais je les ai enregistrés là dernièrement. Ma musique est intemporelle. Toutes mes chansons suivent les progressions, au début je faisais du jazz et puis j’ai évolué en même temps que les époques, les années 1980, 90,… Je fais du reggae cool, romantique, doux et sophistiqué. C’est ce que je veux.


BP : Comptez-vous venir présenter votre musique au public sur les scènes françaises ? HM : Oui !

*Livret de l'album Fire & Rain, Makasound, 2008.

**Le batteur Leroy 'Horsemouth' Wallace.

*** Noel' Sowell' Baley, membre fondateur des Roots Radics, était un guitariste de studio de renom (1953-2014).


ENGLISH VERSION


With a Rastafarian father nicknamed Lion, a highly respected lion in Trenchtown, and a mother who was a regular attendee at the Pocomonia (Poco-baptist) church where she sang, Michael G. Ashley's life, which began on July 14, 1952 in Kingston, could only rhyme with music and Rastafari. Above all a bass player, also a writer, composer and arranger, it was as a singer that he made his mark in our collections.


After debuts with Coxsone and Duke Reid, he joined the Soul Tone Sound System of Prince Chapa Chapa. He then joined The Light of Saba led by Cedric Im Brook. In 1972, at the request of the Institute of Jamaica, he followed the band to represent Jamaican music in Cuba before an audience of Fidel! "The first performance was in Santiago, we played there and, man, it was crazy! I've never seen so many people in my life, the equivalent of three football stadiums, American football! All the sound equipment was Russian. It was one of the best moments of my life. " * During this period, as a full member of the band, he is credited under the name Michael Ras Star (see below) with the lead vocal on two singles released on The Light of Saba label, Some day and the excellent Words Of Wisdom released in 1974.


With the support of his father, a renowned musician, Michael Ashley records at Chanel One where he plays bass for various major producers such as King Tubby, Tommy Cowan, Lee Perry or Augustus Pablo, accompanying many famous artists such as Little Roy, Linval Thompson, Johnny Clarke, The Itals, Jimmy London or Hugh Mundel. Also, he will be part of the Aggrovators' adventure without always being credited.


Ashley really started his career as a solo singer in 1974 under the name Michael 'Mikey' Ras Star (or Starr), with the superb Jah Man Of Calvary produced by Geoffrey Chung for his label Jigsaw. Emblematic title of his scattered discography, Jah Man Of Calvary will indeed know no less than three successive US 12", but never under the same title : in 1977, he becomes Be Free on the B-side of Love Roy with Son Of Sam on Ranking, then Free Up Yourself in 1978 on the reverse of Jacob Miller and his classic Forward Ever on Jam Sounds. In 1980, the thing gets a bit complicated: intentional mistake or not, the track is engraved on the Lewis brothers' label, Top Ranking Sounds, on the B side of Tyrone Taylor and U Brown's South Africa with, under the title of Johnnesburg (sic) and credited to Fatman Riddim Section, Mikey Ras Star totally disappearing from the label (below).

Friend of Peter Tosh, Tapper Zuki and Bob Marley, the latter produced in 1975 his second track, Got To Say Love, released on Top Ranking. In 1979, Mikey produced and recorded a whole album in Los Angeles, which was only released thirty years later, in May 2008, under the impetus of the French label Makasound. Titled Fire And Rain and embellished with tracks - and their dub version, previously mentioned - the opus finally compiles Mikey Ras Star's entire discography.


After playing for or with the biggest names, Bob Marley, Peter Tosh, Bunny Wailer, Ras Mickael, Judy Mowatt, Sly and Robbie, Israel Vibration, Jacob Miller, Sugar Minott (with the Black Roots Players), Gideon Jah Rubbal and Winston McAnuff, in studios as mythical as Randy's, Black Ark, Aquarius and Harry J, he moved to Santa Cruz, California in the twilight of the 1980s. There he officiates under the name Haile Maskel, his baptismal name in the Ethiopian Orthodox Church which means in Amharic The Power of the Crucifix. He joins the Rastafarians (alongside Constatine 'Vision' Walker, Patrick Houchen and Woldé Manfesskiddus) who in 1981 on ULC Inc. - for Universal Life Church Inc., a unique album entitled Orthodox, recorded and mixed at Fane's studio. The Makasound label, again, released in 2009 these ten fabulous tracks, including a version of the 1974 Words of Wisdom, roots at will, borrowed from mysticism and religiosity.


Since his adopted California, Haile Maskel remains active with the creation of the label Opulence (Sound) in 1984 on which he produced a handful of tracks and two solo albums: Let's make it in 1985 and Papa Africa in 2004. In the meantime, he released in 1995 on Massive, Clap your hand.


In December 2009, journalist Ben Perrone interviewed the artist for a paper that was published a few weeks later, in February 2010 in the tenth issue of Reggae Vibes magazine. At the time published truncated, we offer you today the whole of this interview and (re)discover a talented artist with a strong character.


NB: Let #benperrone be warmly thanked for the permission to reproduce his interview as well as for his iconographic contribution. Photos labels: label Top Ranking Sounds, Marin Deep Roots Weiss; label Jigsaw, discogs.com.


Ben Perronne: Haile Maskel, you are a talented bass player, but you also play guitar, keyboard, percussions... Where does this passion for music come from?

Haile Maskel: It's just that I love music, my mother and her church. My mother used to make me sing every day in church when I was young. Everyone in my family sings and plays guitar, banjo, drums, flute... Even my father's side of the family. Everyone in my family plays an instrument and sings, but none of them see it as a career opportunity. I'm the first one to do it.


BP: Your parents seem to have had a great influence on the man you have become. Especially in terms of your spirituality. Your father was a well-known Rasta, can you tell us more about who he was and what he passed on to you?

HM: So many things that I could write a whole book about. Everything, "Positive! "that's what my father used to say to me. He taught me how to behave with people, which church to choose, especially the Orthodox Church because that's where we come from. He taught me that I should have nothing against the white man because I also carry him in my blood - my grandmother being Irish - so ... You have to love every individual on Earth and respect every person you meet. You just have to be a good person and help those who are suffering. Never hit a woman (laughs)... Yes, I learned all kinds of values from him... Don't hit a woman, and if you hit her, it's time for you to leave. If she drives you crazy and you feel like you're going to hit her, then you have to leave! All my values I learned from my father, music, Rasta culture, travel, sports, how to dress... That man taught me everything, everything! To me, he was the universe. There's nothing my father didn't teach me. Every day of my life, he told me and explained every passage in the Bible. He also taught me who Fidel Castro was, Cuba and what monsters the United States was. This was long before I knew about The Pale White Horse and other books like it. Everything that is written in these books, my father told me when I was just a child. He knew it because he was there and he always talked about this elite that deceives the people.


BP: What was your first experience in a recording studio?

HM: It was the biggest, man! There were about fifty of us Rastas singing on the Ras Michael Run Come Rally Round song. Bob Marley, The Wailers, The Gaylads, Jacob Miller, Inner Circle, Kiddus I... I'm sure they remember that session... About fifty Rastas, all of them were singing Run Come Rally Rally Round, all of them at Randy's Studio. We were wondering, "How the hell are we going to get all these people in the studio?! "and Ras Michael said, "That's how it's got to be done, we need the whole Nyabhingi Nation, it's an anthem! ». And everyone was able to find a place... Fifty Rastas... That's when everyone discovered the voice. When I started singing, the sound engineer kept repeating that the voice was too loud. He thought it was Jacob Miller's so he asked him to move away so that he thought it was Ras Michael's and it wasn't him. When he realized it was me, he put me in the background but my voice was still too strong and he said "It's still too loud, put it in the background again". Bob, Jacob Miller and all the others turned to me and said, "Man, what a voice! ». It was an exciting experience.


BP: You've worked with some of the biggest names in Jamaican music. What is the collaboration that has marked you the most?

HM: The one with Israel Vibration. When I recorded Same Song. It was a new sound, a new style of bass line, nobody had ever heard a bass line sound like that before. They wanted to know how I found such a bass line. It's like an African drum. That's when Sting came to find me, I think, with this song. Because he said he wanted to see the congo bass player, the bass player who plays like a percussionist. But I missed it because I was out in the hills at the same time. When I came back, Tommy came up to me and said "You know who's looking for you? The Police! " and I said "The Police? but what did I do? and he said, "No, not the police, the police, the band." Sting wanted to see the congo bass player, but we didn't know where you were, we looked everywhere for you." A missed opportunity in the end...

BP: How did you know Peter Tosh?

HM: Well enough to run with him for about three years. We used to work together, drink lots of ganja tea and eat steamed fish every morning. Yeah, Peter Tosh is one of my spiritual brothers. I know him well enough to be able to sing any song the way he would have sung it.


BP: What about Bob Marley?

HM: Same. But Bob is really different from Peter Tosh and Bunny Wailer. I have good memories with both of them. They were like the big brothers I never had. Peter and Bunny guided me and encouraged me in my music. Bob encouraged me a lot too, but he mostly told me things that happened in my life, some of them haven't happened yet, like going to Africa for example.

Bob used to come and visit me and my father a lot at 22 Alexander Road. We used to walk to Greenwich Farm to see a Rasta that was fishing by the sea. I don't remember his name but we used to go there all the time to eat roasted fish.

When Bob died, it felt the same as if it had been my own father. It was like my whole world fell apart as Bob disappeared. I was already in the States, but my whole life changed. I could never have believed that Bob could leave so quickly, because he wasn't ready. I've been talking to him every day since then. I think about him all the time and what my life would be like now, if he were still here. My life would be totally different. He was like... Ras Michael was my first band and everything... but Ras Michael and I never had that connection that I had with Bob. Ras Michael was more of a father figure although he never treated me like one, but he and my dad were close. Bob was like an older brother, a teacher and a prophet at the same time. He always told me that he was relaxed when he was with me and that he liked it. It was cool! He'd bring me something and he brought me something and it was mutual. Bob had sent me to Peter and Bunny to see if they would come back and play with him because that's what he wanted. That's how Peter and I became friends, because Bob had sent me to interview him. But I never told him it was Bob who sent me to ask those questions, and he never knew. Bob never told me about the Wailers again. I was young, and I had a dream that the group would come together again. I tried everything, EVERYTHING! The three of them were meant to be together. They did great things for everybody. Those three spirits together were really special, they should never have been apart. They should still be alive and guiding us... the Trinity, man! But money played a big part in them never getting back together. All this shit is because of the money. It's not Bob's fault. It's money.


BP: In the course of your career as a musician, you can be found under different pseudonyms. Why did you give up Mickey Ras Starr's name to Haile Maskel?

HM: I never really gave it up. Ever since I was baptised by the Orthodox Church, I've had a different outlook on life. As Mickey Ras Starr, I was more of a rebel, like the Wailers in their early days, a rebellious soul. The priest of the Ethiopian Orthodox Church advised me to use Haile Maskel, which in Amharic means the power of the Crucifix!


BP: I heard that your very first artist name was Mikey Dread! Is that true?

HM: Yes, that was my first name, everyone knew me as Mikey Dread. My father really didn't like that name! One day, my friend Horsemouth** and I were at the Black Ark Studio and Michael Campbell came to Lee Scratch Perry and told him that he wanted to be called Mikey Dread from now on. Horsemouth literally wanted to kick his ass. He said "Hey bwoy yu a thief my bredren name ! "He really wanted to beat him up, I had to take him outside to calm him down but he kept arguing with Michael Campbell about my name. So I told him: "It's ok man, he can keep that name because my dad never liked it anyway ! " and I said to Michael: "All right Dread, your name is Mikey Dread, get out of here now, Mikey Dread At The Control ! "I already had Mikey Ras Starr as my nickname, so... He wanted to be called Mikey Dread and I wanted to be called Mikey Ras Starr, which means chief of all the rasta... Of all the stars, I'm the greatest. I'm the biggest, but I'm also the worst. Yeah! And that's where I have to prove myself... I play all the instruments and I can sing anything and everything. Only a few Jamaicans can do that. One of them is Noel Sowell***. He can sing and play any instrument.


BP : In 1972, you leave with the members of the band The Light Of Saba for Cuba to play in front of Fidel Castro. Can you tell us in which context this happened ?

HM: It was through the Cultural Centre of Jamaica, it was a cultural exchange between our two countries. When the programme started, they wanted to send people to Cuba to represent Jamaica and everybody was afraid. Everybody was afraid to go. We were the only ones who said, "Okay, let's go! "So we went there to represent Jamaica and its culture. They wanted to know what our culture was like and what our music was like, and we showed them and it was great! When we left there, we were known as The Magical Light of Saba. Before, we were more simply called The Light of Saba.


BP : In the late 70's, you left the island of Jamaica for the United States, California in particular. Why did you leave your island?

HM: Because I'd been to Cuba just before, at a time when everything was becoming political. Like when they shot Bob. I left to protect my life. I left Jamaica for political reasons because I was powerful in the ghetto. I had a youth club that I sponsored myself and made music with. There were like 300 members in my club. Politicians focused their strength on me, they came to me and wanted to offer me a lot of things and my father said I shouldn't accept anything from them. And then it was a political struggle everywhere I went. They beat up the percussionist from Light of Saba, they broke his arms, but he was able to run away and he came to me with a piece of paper with our name at the top of a list. They said we came back from Cuba to spread socialism, but we didn't have to spread it... That's why I left Jamaica, it's as simple as that.



BP : With The Rastafarians, you record the album Orthodox, which is clearly a spiritual album while at the same time Jamaican music is moving in a completely different direction. Wasn't it too hard to convince the audience in such a context?

HM: Well... yes and no. When dancehall came, the younger people were waiting for this music and the sound systems were there, so it became more difficult to do cultural things. The deejays took the place. Shabba Ranks was at the top of his art. But I don't really have much more to say about that. That's the way it is... the younger generation loves dancehall and the older generation loves culture.


BP : Orthodox is an album with very rich arrangements, you can hear guitar and piano solos at the border of psychedelic rock. Would you say that this is directly influenced by the Californian sound of the time ?

HM: No (laughs). That's just me. I've always loved rock but when I was in Jamaica I would never have been allowed to play it. Santa and Chinna would always say to me, "You're trying to imitate Jimi Hendrix and his devil's music" and I'd say, "Man, it's not devil's music, it's just sound and energy. They used to bother me about that and it hurt me a lot. I really wanted to be a guitarist like Hendrix, that's what I like... screaming guitars, energy... I love it! And I also love the sound of the synthesizer, it gives me the same energy, something totally new and intense. I like intense feelings. And I've always wanted to put emotion in my music.

BP: Is the way of playing Reggae in Jamaica the same as in California?

HM: I think MY Reggae, the one I play in California sounds like Jamaican... with extra melodies. Thanks to the guitar, I have more melodies than most Jamaicans. I use melodies to fine-tune the orchestration around reggae. I love my reggae with a whole bunch of melodies flowing through the song. It's sophisticated reggae. It's not Californian reggae, it's just Haile Maskel. If I was in Jamaica, Africa or Japan, he'd be the same.


BP: Although there's still an audience for roots reggae, Jamaica hardly produces any anymore. So the public is resigned to re-releasing albums recorded in their golden age. In your opinion, is it still possible to produce authentic roots reggae today?

HM: Yes, it's possible. But why do you want to go back to those dark ages when we're in a brighter period? I say NO. We can record it but why? We need to progress. Bob wanted the music to progress and I agree with him. He didn't want us to go back to that dark time when sixteen musicians were playing on one mic, one track! No! Please stop! We can record authentic reggae, roots music, but the recording method will be different. Because our knowledge has grown, the music has to grow too. I don't see why I should go back. It's not constructive. I need to move forward and keep moving forward. Anyway, all these old reggae songs... You can't even hear the drummer or the power of the bass. Listen to most of the Studio One tracks, you'll never hear the drummer clearly, the sound isn't clean really. It's impossible to handle. Everything's much better now. Better life, better everything. We respect all these old recordings, but we can't keep working this way. I've evolved and I'm moving forward.


BP: Many of the Jamaican artists who have collaborated with the Makasound label seem to be in a long term collaboration. Winston McAnuff has released several albums since then, Kiddus I has just released the album Green For Life, as has Linval Thompson. Can we expect the same for you?

HM: Several albums with Makasound? I don't know. I mean, Makasound and I don't have any project in progress at the moment. And they're the only ones doing something for me... So, I really don't know... Fire & Rain and Orthodox were the only two albums that Makasound wanted. It all depends on Makasound, but I don't know what they want to do or if they want to work with me a little bit more. Because they want old reggae and most of my reggae is modern. I don't have any old reggae to give them any more, so I don't know what they're going to be able to do for me any more, or how long our relationship's going to last unless Makasound agrees to take the reggae I'm doing today. These tracks are as good as the ones I was composing when I was 19. Anyway, I wrote them all when I was 19 but I recorded them there recently. My music is timeless. All my songs follow the progressions, at the beginning I was doing jazz and then I evolved along with the times, the 80s, 90s,... I do cool, romantic, soft and sophisticated reggae. That's what I want to do.


BP: Do you plan to come to present your music to the public on the French stages?

HM: Yes!

*in the booklet of the album Fire & Rain, Makasound, 2008.

**Leroy 'Horsemouth' Wallace, drummer.

*** Noel 'Sowell' Baley, founding member of the Roots Radics, was a renowned studio guitarist (1953-2014).


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